Inconvenient Speech

Romain Bernini

Du 20 juin au 2 septembre 2012 - prolongation jusqu’au 2 octobre - la Galerie Saint-Séverin présente, Inconvenient Speech, une œuvre de Romain Bernini, sur une proposition de Daria de Beauvais.
Vernissage « Inconvenient Speech ».
L’exposition est visible jour et nuit, 4 rue des Prêtres-Saint-Séverin, Paris 5e. M° Cluny-la Sorbonne, Saint-Michel.

- Vernissage en présence de l’artiste le 20 juin 2012 de 19h à 21h.

Romain Bernini, Parrot, 2012, huile sur toile, 73 x 54 cm, courtesy galerie Suzanne Tarasiève, Paris.

Romain Bernini, Inconvenient Speech, du 20 juin au 2 septembre 2012 - prolongation jusqu’au 2 octobre

« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l’Evêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité. » Ainsi débute la nouvelle de Gustave Flaubert, Un Cœur simple (1877). Mais c’est la toute fin de ce texte qui nous intéresse ici : la bonne Félicité, après une longue vie d’abnégation, meurt en confondant dans un délire extatique, une figure divine avec un perroquet empaillé, son seul compagnon : « Une vapeur d’azur monta dans la chambre de
Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements du cœur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entrouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête. »

Inconvenient Speech (discours inopportun) est une installation inédite de Romain Bernini, réalisée spécialement pour la galerie Saint-Séverin. A partir de la scène quasi-mystique relatée par Flaubert, l’artiste questionne le rapport à la foi et l’équilibre précaire des
croyances de chacun, qu’elles soient d’ordre culturel ou social. C’est ainsi qu’il réalise un portrait de cacatoès plus grand que nature, évoquant le portrait de cour plutôt que la peinture animalière. Mais cet animal parlant, dont la voix relève plus de la logorrhée verbale que du
discours construit (d’où cet « inconvenient speech »), est également présent en tant que vanité, nous mettant en garde contre la parole facile et inconsidérée (tout comme dans la Chambre du Perroquet au couvent de la Trinité des Monts, à Rome où l’artiste a vécu).

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Romain Bernini, Upside Down Sadhu, 2011, huile sur toile, 200 x 160 cm, courtesy galerie Suzanne Tarasiève, Paris

Le contraste est fort entre l’iconographie flamboyante du perroquet telle qu’évoquée dans le texte et ce tableau utilisant des couleurs sourdes, dans lequel la tête de l’animal apparait comme suspendue dans l’espace. Dans les tableaux de Romain Bernini, le sujet apparait
souvent en lévitation, qu’il soit humain, animal ou végétal. Travaillant par grands aplats de couleurs entrecoupés de coulures, alternant tons sourds et vifs, le peintre offre au regard des scènes très ouvertes, multipliant les possibilités d’interprétation. Mais les personnages
représentés sont souvent de dos, la tête en bas, parfois même absents, mettant à distance le contemplateur. Ses œuvres sont des territoires à part entière, dans lesquels le fonds reste suffisamment indéterminé pour que la figure puisse s’y mouvoir librement et intensément, dans une alliance de cultures et de références mêlées. La question de la chute, de l’histoire ou de son héroïne, est mise en avant par l’équilibre instable de la chaise installée sous le tableau,
laissant en imaginer à la fois le tragique et le comique.

Daria de Beauvais

Romain Bernini est né en 1979, il vit et travaille à Paris. Il a bénéficié d’une résidence à la Villa Médicis à Rome en 2010-2011. Il fait partie de l’exposition collective « La belle peinture est derrière nous », qui après Istanbul et avant Los Angeles, s’est arrêtée au printemps 2012 au Lieu Unique à Nantes. Il a récemment exposé à l’Institut Culturel Bernard Magrez (Bordeaux) avec Marc Desgrandchamps et prépare pour 2013 une exposition personnelle à Toulouse, organisée par le musée des Abattoirs au Château de Taurines. Romain Bernini, Installation, 2012, Galerie Saint-Séverin, Paris. Photo IRC.

- L’exposition est visible jour et nuit du 20 juin au 2 septembre 2012 à la Galerie Saint-Séverin : prolongation jusqu’au 2 octobre.
- Pour plus d’informations voir le site de l’artiste.
- L’artiste est représenté par la galerie Suzanne Tarasiève.

Lire aussi le commentaire de Voir&Dire.

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