Intervention du Cardinal André Vingt-Trois lors de la quatrième congrégation générale du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation

Rome – Mardi 9 octobre 2012

La nouvelle évangélisation dans une société sécularisée. (I.L. n° 49)

En France, comme en beaucoup d’autres pays occidentaux, l’annonce de la Bonne Nouvelle se réalise dans le contexte d’une sécularisation culturelle et pratique presque généralisée. Ce contexte impose à notre Église une réflexion et un discernement spécifiques et réellement nouveaux. Il ne suffit plus pour nous de rejoindre les strates enfouis d’une ancienne formation chrétienne que l’on pourrait se contenter de raviver en faisant appel aux souvenirs d’une culture diffuse. Il s’agit le plus souvent d’une nouvelle annonce. Cette nouvelle annonce s’exprime dans un univers culturel qui n’est pas seulement coupé de toute référence chrétienne, mais encore de toute référence religieuse. Elle rencontre une culture ambiante dans laquelle l’exercice de l’intelligence et de la raison est souvent conditionné par la généralisation d’une communication médiatique dominée par l’instantané et l’appel à l’affectivité.

Ce contexte a été analysé et développé dans l’Instrumentum laboris. La question à laquelle nous sommes confrontés est de savoir comment engager plus largement l’évangélisation pour atteindre les libertés humaines et les encourager à choisir ce qui est meilleur pour l’homme. Nos expériences de ces dernières décennies nous conduisent à souligner deux lignes fortes qui peuvent paraître exclusives l’une de l’autre et qu’il est cependant nécessaire de tenir ensemble : le témoignage explicite de la foi et la pédagogie de la culture.

Le témoignage de la foi. Il est rendu spécifiquement par la vie de l’Église entière dans la communion de tous ses membres : les déclarations magistérielles, les prises de position publiques sur différents sujets, la vitalité des paroisses et des communautés chrétiennes, la référence manifeste de chaque chrétien à la vie du Christ, par la parole et par la manière de vivre. Nous savons d’avance que ce témoignage n’est pas nécessairement compris ni accepté par ceux-là même auxquels il s’adresse, mais nous savons aussi que les exemples vécus dans toutes les situations de l’existence sont un langage qui touche le cœur des hommes. Notre Église a besoin que tous ses membres soient impliqués dans ce témoignage. Que tous acceptent d’assumer la singularité de la vie évangélique et la fracture que ce mode de vie instaure avec les standards communément reconnus. Mais ce témoignage est d’autant plus fort et a d’autant plus de chance d’être pris au sérieux qu’il s’enracine profondément dans la communion entre les différents acteurs ecclésiaux.

C’est pourquoi nous ne craignons pas de proposer des signes de cette communion par des rassemblements et des célébrations qui donnent une image visible de notre communauté dans l’espace public. Ces signes de vitalité ecclésiale sont déjà en eux-mêmes un message et un témoignage. Ce signe public est d’autant plus significatif qu’il est porté par tous les membres de l’Église. Notre Église en France appelle sans relâche les chrétiens à une plus grande conscience missionnaire. Elle les appelle à s’affranchir de la crainte du prosélytisme qui risque de les inhiber dans leur mission.

La pédagogie de la culture. Elle se réalise à plusieurs niveaux.

• D’abord, il est nécessaire de développer et d’approfondir notre implication dans les systèmes éducatifs : écoles, mouvements de jeunesse, animation des loisirs, etc., de façon à aider nos contemporains, et spécialement les jeunes, à se réapproprier et à développer leurs capacités rationnelles et l’exercice plénier de leur intelligence, et donc de leur liberté. Nous ne pouvons pas faire appel à la conscience libre si cette conscience est ignorante ou aveuglée sur les enjeux de ses décisions. Nous ne devons pas craindre de nous impliquer dans les programmes d’éducation morale qui peuvent fournir les premiers repères du jugement naturel ainsi que dans les débats de société qui engagent une vision anthropologique. Sans doute devrions-nous méditer plus souvent le ministère de Jean le Précurseur.

• Ensuite, nous devons développer dans notre Église la conviction qu’il n’y a pas de contradiction entre l’exercice de la raison et l’adhésion à la foi chrétienne. Je ne développerai pas davantage cet objectif qui a été si souvent mis en valeur par le Saint-Père au cours de ses voyages apostoliques, et mieux que je ne saurais le faire. Cet objectif suppose un double investissement. Il demande une mobilisation permanente des universitaires et des théologiens pour développer une intelligence de la révélation et de la foi au regard de la raison humaine. Il demande aussi une extension la plus large possible des moyens de formation des chrétiens pour qu’ils deviennent de mieux en mieux capables de rendre compte de leur espérance (cf. I P. 3, 15). Dans les débats qui traversent nos sociétés, il demande enfin une vigilance accrue pour présenter notre discours public non pas d’abord comme la revendication d’une confession particulière, mais comme une contribution de la Sagesse chrétienne à la recherche commune.

• Enfin, par notre capacité à déployer les richesses d’une anthropologie inspirée par la foi chrétienne, nous sommes porteurs d’une espérance dans une culture où l’effacement de la référence à Dieu aboutit trop souvent à l’ignorance ou au mépris de la valeur transcendante de la dignité personnelle des hommes et sème le désespoir et une crainte de la fatalité.

+ André, cardinal VINGT-TROIS,
Archevêque de Paris
Président de la Conférence épiscopale de France.

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