Jean-Marie Lustiger, le cardinal prophète

« Cinq ans après sa mort, le 5 août 2007, le cardinal Lustiger laisse le souvenir d’un homme de foi exceptionnel, atypique, inclassable, déconcertant, qui aura bousculé, à la puissance d’un ouragan, son Église et son temps. » C’est ainsi que commence ou presque la biographie Jean-Marie Lustiger, le cardinal prophète tout juste écrite par le journaliste Henri Tincq. Pour Paris Notre-Dame, l’exécuteur littéraire de l’ancien archevêque de Paris, Jean Duchesne livre son regard sur ce livre.

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D.R.

Cinq ans bientôt après avoir, pour ses obsèques, fait déborder sa cathédrale en plein mois d’août, avec aux premiers rangs les grands de ce monde, le cardinal Lustiger continue d’intéresser, voire de passionner. Il a sa place dans la galerie de portraits qu’a récemment publiée le commentateur politique Alain Duhamel [1]. Et surtout, Henri Tincq, ancien chroniqueur religieux à La Croix et au Monde, vient de publier sa première biographie complète [2].

On y trouve, retracées dans un style alerte après de patientes enquêtes, les étapes d’un itinéraire qu’aucune science humaine n’aurait pu prévoir : celui du fils d’immigrés juifs, qui demande le baptême à 14 ans et dont la mère périra à Auschwitz, avant qu’il devienne prêtre, aumônier d’étudiants, curé de paroisse, puis évêque d’Orléans, archevêque de Paris, et enfin cardinal et membre de l’Académie française. La première des trois parties de l’ouvrage décrit ce « destin singulier ». La deuxième aborde le rôle, à la fois pratique (avec des initiatives aussi décisives que discrètes, par exemple dans l’affaire du carmel d’Auschwitz) et théorique (à travers diverses prises de parole [3]),du cardinal Lustiger dans ce que lui-même a nommé « les retrouvailles » entre Juifs et chrétiens. La troisième section traite des « engagements dans le siècle » d’un personnage inclassable et écouté – et pas seulement par les catholiques, ni seulement en France.

Un travail qui fait référence

Ce travail constituera à l’évidence une référence. Il s’efforce de comprendre et d’expliquer les motivations d’une activité intense, qui n’a pas toujours eu que des admirateurs. Les faits sont donc réunis là avec une objectivité où l’attention prêtée aux réticences n’empêche pas une réelle sympathie. Les historiens insisteront peut-être davantage à l’avenir sur d’autres aspects de l’œuvre du cardinal. On peut déjà penser à l’influence peu médiatisée et parfois indirecte qu’il a eue dans les domaines de la catéchèse, de la liturgie et des nominations épiscopales, à ses contributions pour définir l’Europe et pour redéfinir la place du prêtre dans l’Église et dans la société, ou à la confiance redonnée aux croyants dans la création artistique, la recherche universitaire et la participation aux débats d’éthique.

Un prophète

Le bilan s’enrichira en se décantant au fil du temps. Il est à parier que la personnalité de Jean-Marie Lustiger et ses réalisations y compteront moins que la transparence à son Seigneur qui, suprêmement dans sa prédication inspirée par l’expérience priante, a fait de lui, comme le qualifie Henri Tincq dans son titre, un prophète – c’est-à-dire un homme de Dieu qui a partagé, en plus de son intelligence de la foi, l’intelligence qu’elle donne de la vie et de l’Histoire. •

Repères

La biographie Jean-Marie Lustiger, le cardinal prophète a été publiée aux Éditions Grasset (2012) il y a quelques semaines. Dans ce livre nourri de témoignages et d’archives inédites, le journaliste Henri Tincq fait le portrait de l’ancien archevêque de Paris, revenant à la fois sur son histoire personnelle et ses divers engagements d’homme d’Eglise. Une œuvre de 366 pages qui se lit avec curiosité et intérêt et qui fait revivre l’homme prophétique qu’était l’ancien archevêque de Paris. A lire. • A.R.
Prix : 20,90 €.2010

Retrouvez Jean Duchesne, le mardi 26 juin à 18h, lors d’une table ronde organisée par l’Espace Georges Bernanos autour d’Henri
Tincq pour son livre sur Jean-Marie Lustiger.
Espace G. Bernanos, Auditorium, 4 rue du Havre (9e). Plus d’infos sur www.espace-bernanos.com

[1Portraits-souvenirs, 50 ans de vie politique, Plon, Paris, 2012, p. 224-227

[2Il y avait déjà eu, dix ans avant la disparition de l’archevêque de Paris entre 1981 et 2005, Lustiger, « cardinal, juif, fils d’immigré » de Robert Serrou, Olivier Neri et Bruno Serrou, Perrin, Paris, 1997.

[3Notamment avec plusieurs chapitres du Choix de Dieu (Éd. de Fallois, Paris, 1987, qui a été un bestseller international), La Promesse (Parole et Silence, Paris, 2002) et L’Alliance (Presses de la renaissance, Paris, 2010 – publication posthume qu’il avait lui-même préparée).

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