Jean Villeminot : “Mon épouse a-t-elle une place dans mon diaconat ?”

Article paru dans la revue Diaconat aujourd’hui n° 155 de décembre 2011.

Mariés en juin 1968, nous avons connu, Geneviève et moi, alors que nous étions jeunes mariés, la grave crise des années 70. Crise du mariage, crise dans l’Église. Nos cinq enfants, tous mariés, nous ont donné, à ce jour, 18 petits-enfants ! Ordonné diacre pour le diocèse de Paris en 1991, mon ministère « officiel » est orienté sur la famille : préparation au mariage, formation et accompagnement des couples, ceux qui vont bien et ceux qui connaissent l’épreuve. Par ailleurs, prédicateur de retraites et de récollections, j’interviens régulièrement pour des conférences.

C’est l’expérience très concrète de ma vie, et aussi de la parole de l’Église, qui m’amènent à témoigner de la place de Geneviève dans ma vocation et dans l’exercice de mon ministère.

J’ai été appelé au diaconat par un prêtre, en présence de Geneviève. Ma première réaction a été une violente colère, ce qui est très rare chez moi. J’ai pris conscience qu’elle provenait du refus de ce qui m’apparaissait être une trahison de mon amour pour Geneviève. « Tu n’es pas contraint d’accepter, réfléchis », m’a-t-elle dit pour me pacifier. Dans la prière, j’ai osé demander un signe au Seigneur : « Si c’est elle qui me reparle du diaconat, ce sera oui, sinon ce sera non. » 15 mois après, au cours d’une prière commune, voilà qu’elle m’appelle : « Où en es-tu ? » Et tout s’est mis en route.

Quant à l’Église, elle affirme que le discernement, pour un homme marié, ne peut faire l’économie de ce que dit l’épouse. Si la femme dit non, ce n’est pas qu’elle s’oppose à l’appel du Seigneur mais le signe que son mari n’est pas appelé à devenir diacre.

Il n’y a que deux chemins de sainteté du baptême : le mariage et le célibat. Pour le diacre marié, il est fondamental d’affirmer que le mariage est son seul chemin de sainteté. C’est Geneviève que Dieu a choisie pour mon salut et réciproquement. Je suis donc marié pour ma sanctification, je suis ordonné pour servir mes frères. Bien sûr, l’exercice de mon ministère me sanctifie, mais ma vocation au diaconat est le fruit, l’écoulement permanent d’une source qui est l’amour de « cette » femme pour moi. Heureux diacre serai-je si j’ai bien compris cela et si j’en vis. En revanche, « répudier » ma femme, soi-disant pour le service des frères, est un véritable adultère spirituel. Un diacre dont l’amour de son épouse est source de l’exercice de son ministère, c’est « un diacre et demi » !

Un événement familial m’a illuminé. Quatre mois avant mon ordination, sur la demande de Geneviève, je suis allé voir, sans délai, ma chère belle-mère à qui une amie avait dit : « Qu’est-ce que ta fille n’a donc pas donné à Jean pour qu’il veuille devenir diacre ? » Je l’ai invité à poser la question autrement : « Qu’est-ce que Geneviève a donné à Jean pour qu’il soit appelé au diaconat ? » La question était, pour elle, définitivement réglée. L’amour est un don donné. Geneviève a donné son mari à l’Église : on est dans la logique de l’amour. L’exemple d’un très cher frère diacre, veuf, me fait dire que nous avons là le fondement anthropologique de la discipline qui veut qu’un diacre veuf ne se remarie pas.

Il n’est alors plus question d’équilibre : l’amour ne connaît pas l’équilibre ! La vraie question est celle de l’ordre : si je ne roucoule pas, je ne peux être en vérité au service de mes frères, m’étant coupé de la source. Au cours d’une retraite que je prêchais, on m’a demandé une photo de Geneviève, tellement elle était « présente » : j’étais au comble de la joie intérieure. Combien de fois, en accueillant des retraitants mariés, les ai-je aidés à résister à la tentation d’abandonner leur vie affective, et de mettre un voile de sainteté sur ce qui est, en réalité, un refus de se donner, et donc un manque à l’authentique chasteté conjugale ! « Un couple chrétien ne peut faire de plus grande expérience mystique que dans l’humble exercice de son amour conjugal. » Un diacre, selon saint Paul, doit être d’abord un bon époux.

Ainsi, peut-on vivre, dans l’amour, les incontestables difficultés liées à l’ordination diaconale d’un homme marié. Difficulté de l’emploi du temps, difficulté du conflit d’autorité : Geneviève « obéit » aussi à la mission qui m’est confiée. J’ai en revanche demandé à Geneviève de décider de la réponse à donner à toutes les sollicitations autres que le ministère « officiel », et qui sont nombreuses. Cela me donne une liberté extraordinaire !

L’ordination brûle tout ce qui reste fusionnel dans un couple. Cette altérité, poussée à l’extrême, est une épreuve qui permet de vivre un amour purifié et fécond.

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