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L’embryon, matériel de laboratoire ?

Lever l’interdiction de recherche sur l’embryon est le souhait d’un certain nombre de chercheurs. Cette position soulève de graves questions éthiques.

Il existe deux types de cellules souches : les cellules souches adultes (extraites du corps adulte) et les cellules souches embryonnaires (extraites du fœtus ou de l’embryon) qui sont généralement obtenues à partir d’embryons dits « surnuméraires » conçus dans le cadre de l’assistance médicale à la procréation [1]. Pour qu’on puisse prélever des cellules souches, ces embryons sont détruits. Or, si l’on reconnaît l’embryon comme un être humain, alors on ne peut le traiter comme un matériau de laboratoire.

En France, en 1994, la première loi de bioéthique interdisait toute recherche sur l’embryon qui n’était pas en rapport avec l’intérêt de celui-ci.

En 2004, la première révision de cette loi a maintenu l’interdiction de recherche sur l’embryon, mais a introduit une exception sous deux conditions : un progrès thérapeutique majeur ; pas d’autre alternative d’efficacité identique.

Des faits contradictoires

Aujourd’hui, en vue de la nouvelle révision, deux rapports parlementaires préconisent la levée de l’interdiction de recherche sur l’embryon. Pourtant, les promesses de guérison des maladies dégénératives grâce à ces cellules souches issues d’embryons n’ont pas été tenues. En revanche, les cellules souches adultes et les cellules issues du cordon ombilical, qui ne posent aucun problème éthique, ont donné des résultats thérapeutiques respectivement dans 58 et 85 pathologies différentes.

Le clonage en question

L’autre question est celle du clonage par transfert de noyau d’une cellule somatique (peau, sein) vers un ovule pour obtenir des cellules souches embryonnaires histocompatibles (non rejetées par le patient). Outre le problème d’induire une existence non singulière, cela conduit à créer un embryon humain pour la recherche qui finalement sera détruit. Si on le laissait se développer, on serait dans le cas du clonage reproductif condamné par la loi.

Aujourd’hui, grâce à la découverte du professeur japonais Yamanaka de reprogrammation des cellules somatiques (peau), on peut obtenir des cellules souches ayant les propriétés des cellules souches embryonnaires sans poser les problèmes éthiques graves du clonage thérapeutique par transfert de noyau. On comprendrait mal la volonté de transgresser sans raison les interdits fondateurs de la suppression de la vie, de chosification de l’humanité et de production humaine en série. • La Rédaction, en collaboration avec Mgr Michel Aupetit, vicaire général

L’avis d’un expert

Marc Laffineur, député UMP du Maine et Loire

« La recherche sur l’embryon est, il me semble, une question essentielle. En 2004, la loi l’a autorisée pour cinq ans et il faut donc revoir la loi. C’est une question extrêmement complexe : on sait bien, même si on n’est pas d’accord, suivant sa religion, du moment où l’embryon devient un être humain, qu’un embryon n’est pas de la matière. C’est une chose spécifique. Mais il faut aussi permettre à la recherche scientifique de continuer à progresser. C’est un sujet de politique au sens noble du terme car il pose de vrais problèmes de société et les politiques, comme leurs concitoyens y portent un réel intérêt. Il est donc important d’en discuter car chacun doit se faire son avis. J’ai plutôt l’habitude de voter les lois en conscience et sur un sujet comme celui-là, encore plus. Je n’accepterai pas que l’on me donne des consignes de vote. »

[1Dans le cas de l’assistance médicale à la procréation, pour augmenter les chances de grossesse , on insémine plusieurs ovules. 1 à 3 embryons sont ensuite transplantés dans l’utérus de la mère. Les autres sont congelés afin d’être transplantés plus tard quand les parents souhaiteront avoir un nouvel enfant. Si ce n’est pas le cas, ils sont conservés pendant cinq ans au plus, avant d’être soit détruits, soit donnés à un autre couple (« accueil » d’embryon) soit servir à la recherche.

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