L’enluminure, un art à redécouvrir

Jusqu’au 10 octobre, le musée du Louvre propose l’exposition « Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise
en page », véritable occasion de découvrir les plus belles œuvres,
sur des sujets souvent sacrés, d’un fonds exceptionnel, conservé
par le musée. Plus de précisions avec le conservateur en chef au département des Arts graphiques, Dominique Cordellier.

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Enlumineur anonyme, L’Ascension dans une initiale P, enluminure antérieure au XIVe siècle, Département des Arts graphiques, musée du Louvre, INV 33411 (Détail)
© RMN / Thierry Le Mage

Paris Notre-Dame : Pourquoi proposer une telle exposition consacrée à l’enluminure au musée du Louvre ?

Dominique Cordellier : Ce n’est pas la vocation initiale du Louvre de conserver des livres ou des pages détachées d’ouvrages. Cependant, les circonstances ont conduit à la constitution d’un fonds d’environ 180 pièces depuis 1853. Celles-ci ont récemment été étudiées et nous avons souhaité, à l’occasion de la parution du catalogue qui en a résulté, proposer une exposition au grand public. Plutôt qu’une démonstration, celle-ci est une monstration. Cette présentation ne répond pas à une problématique : nous avons simplement voulu exposer les plus belles pièces d’un fonds, dans un ordre chronologique, du XIe au XVIe siècle.

Les enluminures sont parfois considérées comme des œuvres un peu secondaires. En quoi appartiennent-elles à un art majeur ?

Il est vrai que l’enluminure a pu être moins visible, moins remarquée que d’autres formes d’art. Il s’agit d’œuvres « discrètes », petites, souvent enfermées dans des livres et donc non exposées. De plus, étant subordonnées à un texte, elles ont parfois été considérées comme secondaires. Pourtant, avec le temps, cette idée a pu s’inverser : plus les enluminures ont progressé en beauté et en puissance picturale, plus des amateurs leur ont accordé une valeur importante, certains allant jusqu’à les couper du livre qui les contenait, comme c’est le cas pour les œuvres exposées au musée du Louvre.

Je crois qu’il faut regarder l’enluminure comme de la peinture réalisée dans un registre particulier. Certains de ces artistes, Jean Fouquet par exemple, ont des ambitions similaires à celles de la « grande » peinture, même si leurs œuvres sont exécutées à petite échelle.

Quel est le statut de ces artistes à cette époque ?

Des clercs travaillant dans leur monastère au XIe siècle aux artistes recherchés par les grandes familles vénitiennes ou romaines de la Renaissance, il y a une profonde évolution de l’organisation sociale de ce métier. Cependant, y compris pour les premiers, on peut penser que ce travail n’était pas si anonyme que cela. Il y avait un savoir-faire et de véritables spécialistes reconnus.

Quel est le but de l’enluminure ?

Il faut bien penser qu’à cette époque, même parmi les personnes alphabétisées, la lecture n’est pas abordée avec la même agilité par tous. Les illustrations sont alors un support, comme une lecture à haute voix. Il y a bien entendu une correspondance entre l’enluminure et le texte et on peut même parler d’une codification quasi impérative. Par exemple, on voit bien dans les livres de choeur que l’illustration qui ouvre un chant correspond souvent à la fête au cours de laquelle il est chanté. On voit aussi souvent des enlumineurs reprendre délibérément des compositions d’artistes célèbres. Leur idée est ainsi d’intégrer la forme la plus noble d’un thème, la plus porteuse de sens. C’est le cas de Giulio Clovio, qui s’appuie sur des compositions de Raphaël ou de Michel-Ange. • Propos recueillis par Pierre-Louis Lensel

« Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise en page », jusqu’au 10 octobre.
Aile Denon, 1er étage, salles Mollien. Accès avec le billet d’entrée au musée (tarif normal : 10 €).
Renseignements : 01 40 20 53 17 ou www.louvre.fr

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