L’expérience inédite du jeûne intégral

Ils ont décidé vivre cette expérience spirituelle avec des amis ou en lien avec une paroisse parisienne. Sûrs de se mettre ainsi à l’école du Christ, ils se sont lancés dans un jeûne complet à l’occasion du carême. Enquête.

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Photo : D.R.

« Moi qui suis très gourmande et nulle pour faire des efforts, je ne me pensais incapable d’aller jusqu’au bout de cette expérience », raconte Charlotte, jeune trentenaire, anciennement paroissienne de St-Nicolas des Champs (3e), qui n’en revient pas d’avoir pu ne vivre que d’un bouillon le soir pendant une semaine, et ce, à deux reprises. Comme elle, ils sont plusieurs dizaines à Paris à se lancer chaque année ce défi. Par bouche à oreille ou par la paroisse, ils entendent parler de cette possibilité de vivre un« jeûne intégral » et sont séduits par la proposition. « Concrètement, nous suivons la méthode dite de Buchinger, qui se déploie sur quatre semaines : un agenda idéal pour le carême », explique Charlotte. « Les deux premières semaines, nous réduisons progressivement notre alimentation ; la troisième, nous nous privons de nourriture ; nous pouvons boire de l’eau dans la journée et avons droit à un jus de fruit dilué le matin et du bouillon de légumes à midi et le soir, développe Olivia, 33 ans, son ancienne colocataire ; la quatrième semaine, nous rompons le jeûne progressivement. » Pour les deux femmes qui ont vécu cette expérience avec leurs deux autres colocataires, comme pour tous ceux qui pratiquent ce jeûne, il est fondamental de ne pas le vivre seul. D’une part, cela aide à tenir, d’autant que des temps d’échange réguliers sont prévus entre jeûneurs et avec un médecin, permettant d’exposer difficultés et satisfactions, et de s’encourager mutuellement. D’autre part, cela favorise la fraternité et le partage. « Ce temps fort commun a forgé une vraie unité au sein de notre colocation, estime Isabelle, 35 ans ; et cela a créé des liens avec les personnes qui ont partagé l’expérience avec nous. Tout cela dans une ouverture à une dimension ecclésiale plus large lors d’un temps liturgique fort ». Car il s’agit bien de cela : jamais le jeûne ne doit être vécu pour lui-même, mais toujours comme un moyen de se rapprocher du Christ et de se préparer à la semaine sainte. Les jeûneurs vivent comme une retraite, dégageant du temps pour prier davantage, profitant par exemple de leur pause-déjeuner pour aller à la messe.

Il n’est pas rare que les jeûneurs prennent un engagement entre eux : ce peut être une nuit d’adoration, comme le fait de verser l’argent économisé sur leur nourriture à une bonne œuvre, ou encore le fait d’accompagner leur démarche d’une intention de prière. « Nous avons prié une année pour la France, une autre fois pour les familles », se souvient Isabelle, encore émue des fruits concrets obtenus, comme l’apaisement de situations conflictuelles entre des proches. « Le fait de se décentrer est un très beau cadeau qui éduque à la sobriété ; cela permet de se rendre davantage disponible aux autres et à Dieu », se réjouit-elle, sûre de recommencer un jour cette forme d’engagement. • Ariane Rollier

Témoignage
Philippe Faure, coordinateur avec sa femme Anne, de la proposition de jeûne intégral à la Ste-Trinité (9e) au mois de mars.

« À la question pourquoi jeûner, plusieurs réponses : tout d’abord, cela correspond à un mystère de la foi, la motivation principale étant de regarder le Christ qui a jeûné au désert pendant quarante jours ; c’était une pratique courante dans l’Ancien testament qui s’est émoussée avec le temps. En imitant le Christ, il nous donne ses bienfaits. De plus, le jeûne est une façon de se rendre dépendant de Dieu : comme on se dépossède de tout, on s’ouvre à l’action de l’Esprit saint en nous. Cela fait tomber notre orgueil, notre principal péché. En outre, le fait de se sentir pauvre nous rapproche des autres, et nous aide à les regarder chrétiennement. Enfin, cela enrichit notre communion au Christ. A l’image de Marthe Robin, notre eucharistie quotidienne est notre seule nourriture. C’est une expérience bouleversante, dont je fais régulièrement mémoire pendant l’année. » • Propos recueillis par A. R.

CONSEILS PRATIQUES

Le jeûne intégral mérite un discernement préalable. Certaines conditions physique et psychologique doivent être réunies pour qu’il soit vécu de façon positive et porte du fruit. Pour en savoir plus, lire L’art de jeûner : Manuel du jeûne thérapeutique Buchinger de Françoise Wilhelmi de Toledo. • A. R.

Contact à la Ste-Trinité (9e)
Philippe Faure : fauranne@libertysurf.fr

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