La famille, héritage ou avenir ? (1/6)

En lien avec le thème
de Paroisses en mission,
les Conférences de
carême à N.-D. de Paris
invitent cette année de
nombreux spécialistes
à échanger autour de
la famille, à la croisée
des regards et des
disciplines. Pour le premier
rendez-vous de
cette édition 2011, le
dimanche 13 mars, ce
sont Martine Segalen,
directrice de la revue
Ethnologie française,
et le P. Jacques de
Longeaux, théologien,
qui proposeront leur
analyse devant un
public nombreux, invité
lui aussi à nourrir le
débat.

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Dessin : Natacha Lebrun

DIMANCHE 13 MARS : « La famille : questions actuelles et avenir des diversités ? »

MARTINE SEGALEN, sociologue

« La famille reste la colonne
vertébrale de la société »

P. N.-D. – Par quelles grandes
transformations la famille a-t-elle
été marquée dans les dernières
décennies ?

Martine Segalen – Quand on
s’intéresse aujourd’hui à la question,
on peut considérer que rien
n’a vraiment été bouleversé : la
famille a toujours été et reste la
colonne vertébrale des sociétés.
Mais, si l’on compare une époque
avec l’autre, tout a changé. Ni en
miettes, ni dés institutionnalisée, la
famille est en partie méconnaissable
en ce début de XXIe siècle. A
partir des années soixante, notre
société a été marquée par d’importantes
évolutions qui ont touché la famille avec,
notamment, le
triomphe de l’amour comme fondateur du couple,
les améliorations
biomédicales qui ont dissocié
sexualité et procréation, la montée
de mœurs plus permissives ou
l’avènement de l’égalité entre
hommes et femmes.

P.N.-D. – Quelles en sont les
conséquences ?

M. S. – Les trois principales sont
une fragilisation du lien conjugal,
un renforcement de ceux de filiation
et de nouveaux rapports vis à-
vis d’un enfant désiré, programmé
et fantasmé. Cela a peu à peu
abouti à un éclatement et à des
recompositions des structures
familiales. De nouvelles questions
se sont posées. Par exemple, dans
les familles recomposées, quelle
est la place de chacun de ses membres–
de la mère, du père, des nouveaux compagnons,
etc.– par rapport
à l’enfant ? Dans ces contextes,
il n’y a pas de réponse unique
ni de véritable modèle.

P.N.-D. – Quel rôle l’État a-t-il
devant ces changements ?

M. S. – Sur cette question, il y a un
paradoxe : alors que les individus se
réclament de plus en plus de leur
vie privée, ils s’appuient toujours
plus sur l’État, partenaire omniprésent de la famille.
L’État providence a développé une politique active de
soutien, par ses aides et sa politique
fiscale notamment ; l’État législateur
se fait le garant de la double filiation
tout en se faisant le protecteur du
meilleur intérêt de l’enfant.

P.N.-D. – Quels sont, selon vous,
les grands défis de la famille d’aujourd’hui
et de demain ?

M. S.–D’un point de vue collectif, il
y en a deux principaux. Maintenir le
taux de fécondité, ce qui passe notamment par
la poursuite des politiques publiques visant à donner les
moyens aux femmes d’être à la fois
des mères et des travailleuses. Le
vieillissement de la population est
également une grande question
pour l’avenir. Là aussi, l’État providence
doit pouvoir intervenir
pour soutenir la famille. Notons
d’ailleurs que, face à ces défis, la
France n’est pas si mal placée.

P.N.-D. – A votre avis, les institutions
religieuses ont-elles un rôle
à jouer auprès des familles ?

M. S. – Les Églises ont modelé les
Règles familiales pendant des siècles
et c’est en partie contre elles que les
évolutions récentes se sont réalisées.
Je pense par exemple à la liberté de
la femme. Aujourd’hui, dans un
contexte de déchristianisation, les
Églises sont devenues en partie
inaudibles. Cependant, je crois que
dans une société qui porte trop souvent
des valeurs d’une médiocrité
accablante, nous avons besoin que
leur discours se fasse entendre. • Propos recueillis par Pierre-Louis Lensel

L’ÉCLAIRAGE DU…

P. JACQUES
DE LONGEAUX, théologien

« L’Eglise propose
son discernement,
nourri de la Parole
de Dieu »

« Quatre traits majeurs peuvent être distingués
dans la situation contemporaine
du mariage et de la famille : le triomphe du
mariage d’amour, l’évolution de la condition
de la femme, l’évolution – voire parfois l’inversement
– des repères moraux en matière
sexuelle et la maîtrise de la fécondité.
Devant ces évolutions, qui marquent profondément
les sociétés occidentales, l’Eglise ne
cherche ni à défendre un ordre social ancien
ni à s’adapter à tout prix pour tenter de plaire
à la majorité. Elle veut être le témoin fidèle
de la Bonne Nouvelle sur l’amour, le mariage,
la famille. Elle se tient à l’écoute de la
Parole de Dieu et s’efforce de transmettre
l’actualité de Son message. Elle propose son
discernement, au service du bien commun de
la société, quitte à être, parfois, signe de
contradiction. » • Propos recueillis par P.-L. L.

TÉMOIGNAGES

Pierre, 37 ans, de N.-D. de
l’Assomption de Passy (16e).

« Même si je ne suis pas la
personne la plus pratiquante
de mon entourage, je suis
croyant et ce que dit l’Église
m’interpelle. Nous voyons tous
autour de nous que la société
évolue très vite. C’est particulièrement
le cas des familles
et du rapport à l’éducation.
Face à cela, le discernement
qu’apporte le message du
Christ me paraît nécessaire.
C’est un repère. Mais pour le
suivre, il faut déjà le comprendre.
C’est pourquoi je trouve
important que l’Église dialogue
avec le monde contemporain,
avec les intellectuels, mais
aussi et surtout avec la société
tout entière pour toujours
actualiser son enseignement
et le transmettre. »

Sophie, 48 ans, de
St-François-Xavier (7e).

« Tous
les individus sont concernés
par la famille, cellule essentielle
et structurante de la
société. Elle est le premier
lieu d’apprentissage et le
terreau privilégié de transmission
des valeurs. En tant
que catholique, je pense qu’il
est évident que l’Église, institution
chargée d’instruire et
de conduire le peuple chrétien,
a sa place dans le débat
actuel sur la famille ; elle
reste une boussole pour
tenir le cap du salut sur une
mer agitée. La conférence de
carême est une occasion
d’apporter un éclairage très
utile pour répondre aux
interrogations soulevées par
les modes de vie de nos
contemporains. »

REPÈRES

- 251 479, c’est le nombre de mariages
à la mairie en France en 2009,
20% environ des personnes contractantes
ayant déjà été précédemment
mariées.

- 54,8%, c’est le taux de naissances
hors mariage en France en 2010.

- 1 758000, c’est le nombre de familles
monoparentales (constituées d’un
seul adulte, sans conjoint, avec un ou
plusieurs enfants de moins de 25 ans),
comptabilisées en France, en 2005.
1 486 000 concernent une mère seule
et 272 000 un père seul. Selon la
même étude, 2 844 000 enfants vivent
dans une famille monoparentale.
Note : données Insee (www.insee.fr)


- Les textes des conférences sont publiés chez Parole et Silence le 17 avril 2011.
- Horaires et détails pratiques sur les Conférences de Carême.

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