La famille, héritage ou avenir ? (3/6)

Face à la tentation de
s’approprier l’enfant
dans un contexte où la
médecine offre de
nombreuses possibilités,
que proposent
l’Eglise et la tradition
chrétienne comme
garde fou ? Que dit la
Bible des relations entre
parents,enfants et
frères et soeurs et de la
façon dont elles structurent
les personnes ?
C’est à ces questions
que répondent
Françoise Dekeuwer-Defossez, juriste, et le
P.Alexis Leproux, théologien, lors de la 3e Conférence
de carême, le
dimanche 27 mars, à
16h30, à N.-D.de Paris.

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Illustration : Natacha Lebrun

DIMANCHE 27 MARS : « Paternité,Maternité, Fraternité : comment vivre une relation structurante entre parents et enfants ? »

Françoise Dekeuwer-Defossez, professeur de droit, juriste

P.N.-D.–Qu’évoque pour vous le thème de la « relation structurante entre parents et enfants ? » choisi pour cette 3e Conférence de
carême ?

Françoise Dekeuwer-Defossez –
Deux grandes questions me viennent à l’esprit
 : celle des structures
de la parenté et celle de l’autorité
parentale. La première renvoie à la
multiplication actuelle des structures
parentales, répondant aux
attentes des adultes, mais qui parfois font de l’enfant un objet au lieu
de le respecter comme personne.
Il y a toujours eu ce risque de la
toute-puissance des parents sur les
enfants, mais les progrès actuels de
la médecine la facilitent. Je pense
au sujet des mères porteuses ou de
la famille homoparentale, qui
transforment des modes de procréation et de filiation structurants.

Autrefois, il y avait une forme d’immanence de la nature :
les enfants arrivaient lorsqu’ils le voulaient.
Aujourd’hui, on revendique le droit
a avoir un enfant, sans nécessairement
penser au respect qu’on lui
doit, à sa dignité en tant que personne
humaine. L’enfant trop désiré peut
souffrir de l’emprise que
ses parents auront sur lui...
La deuxième grande question est celle du
rôle de l’autorité parentale, nécessaire
pour la structuration de
l’enfant. A une époque où la séparation
des couples est de plus en
plus fréquente, celle-ci est mal menée.
Pour se développer, l’enfant
a besoin de l’altérité de ses
parents, d’être confronté à chacun
d’entre eux, et qu’ils respectent ce
rôle mutuel qui leur est imparti. Or,
il n’est pas facile pour les membres
d’un couple séparé de respecter
l’autorité de l’autre conjoint et sa
façon d’élever les enfants.
Critiquer l’autre ou sa façon de faire est nocif
pour l’enfant qui vit alors un conflit
de loyauté.

P.N.-D. – Y a-t-il d’après vous
des garde-fous à ces dérives ?

F. D.-D. – Oui, je pense notamment
à la Convention internationale
des droits de l’enfant datant
du 20 novembre 1989, qui pose
l’intérêt de l’enfant comme notion
fondamentale dans le droit et qui
est contraignante pour la loi. Dans
ce texte adopté par de nombreux
pays, l’enfant est présenté comme
une personne existant par elle même.
Il a ainsi le droit de connaître
ses origines, ce qui pose des
questions pour la procréation médicalement
assistée avec le don
anonyme de sperme, comme pour
l’accouchement sous x. L’enfant a
également un droit d’expression et
ainsi d’être entendu par un juge
lors de la séparation de ses parents.

P.N.-D. – Que pensez-vous du
rôle de l’Eglise par rapport à ces
questions ?

F. D.-D. – Je parle comme juriste
et non comme théologienne. Je
pense que dans notre société, les
droits de l’enfant et la dignité humaine
sont des valeurs importantes et partagées,
sur lesquelles nous
devons tous nous appuyer.
Néanmoins, pour moi, dans une culture
de la diversité et du vivre ensemble,
il est important que l’Eglise
puisse exprimer sa vision anthropologique,
qu’elle puisse dire ce à
quoi elle croit. Il y a des éléments
importants et valables de façon
universelle dans son mode de raisonnement,
notamment en ce qui
concerne la procréation. • Propos recueillis par
Ariane Rollier

L’ÉCLAIRAGE DU… P. Alexis Leproux, théologien

La loi mosaïque comme fondement de la relation familiale

« Les livres de Moïse (Pentateuque) constituent
un fondement réflexif pour poser la
relation familiale et sociale. Les chapitres 18 à
22 de la Genèse, qui montrent la valeur de la
relation entre Abraham, Isaac, Ismaël et Sarah,
permettent de comprendre la structure familiale
du patriarche et de sa race à jamais. Le sacrifice
d’Isaac révèle la filiation, l’hospitalité des trois
hommes à Mambré permet de comprendre la
dimension de la paternité comme accueil de
l’étranger, et l’accueil de la vie par Sarah, la
maternité comme la reconnaissance de ce qui se
passe en elle. La révélation mosaïque donne
ainsi une réponse à la question de la personne
humaine, tout en nous renvoyant au dialogue
avec la société dans ce qu’elle vit de bien – la
place des femmes, les valeurs de l’égalité, de la
fraternité et de la liberté - et dans ses écueils –
les points limites du statut de l’embryon et de la
personne malade ou handicapée. » • Propos recueillis par A.R.

TÉMOIGNAGES

Gabriel, St-Augustin (8e), 32 ans.

« En tant que père de deux
petites filles, je pense qu’il
est nécessaire de me poser la
question des modèles que j’ai
reçus et de ce que je veux
transmettre à mes enfants.
Ce qui est relativement nouveau
pour ma génération en
terme de conception de
l’éducation, c’est qu’un enfant
existe par lui-même. Cela
implique, entre autres, que
l’adjectif structurant ne veut
plus dire enfermant, mais
plutôt donner des bases ou
des fondements solides, sur
lesquels l’enfant pourra bâtir
ses propres expériences.
Cela signifie aussi, pour les
parents, être à l’écoute et
laisser une place à l’expression
de l’enfant. »

Pascale, St-Roch (2e), 58 ans.

« Donner l’exemple est la
façon la plus simple et la plus
efficace de transmettre ce qui
me tient à coeur àmes enfants
et petits-enfants. Or, je crois
que dans notre société judéochrétienne,
nous avons une
certaine réserve, qui nous empêche
de dire ce que l’on fait
pour les autres, ou de parler
de nos doutes. Cette pudeur
qui nous pousse à ne pas dire
ce que nous vivons spirituellement,
voire cette crainte de
parler de nos fragilités à nos
enfants, est regrettable à
mon sens. Le fait de nommer
les choses, de montrer ce qui
est important pour soi et
d’accueillir ses vulnérabilités,
est constructif et structurant
pour eux. »

REPÈRES

- 20 136, tel est le nombre d’enfants
nés par AMP (Assistance médicale à
la procréation) en 2008, en France,
pour un total de 834 000 naissances,
soit 2,41% d’entre elles.
(Source : www.fivfrance.com et Insee).

- 1,2 million d’enfants de moins de
18 ans vivent dans une famille recomposée
en 2006 en France. Parmi
eux, 800 000 vivent avec un parent et
un beau-parent. Un tiers d’entre eux
vit sans autre enfant dans la famille.
400 000 enfants sont nés après la
recomposition familiale et résident
donc avec leurs deux parents et un
demi-frère ou une demi-sœur.
(Source : Insee.)


- Les textes des conférences sont publiés chez Parole et Silence le 17 avril 2011.
- Horaires et détails pratiques sur les Conférences de Carême.

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