La personne et ses actes : quel jugement porter ?

P. Jacques de Longeaux, supérieur de la Maison St-Augustin (8e) et codirecteur du département de recherche « Sociétés humaines et responsabilités éducatives » au Collège des Bernardins. Il sera président de la faculté Notre-Dame à la rentrée.
P. Jacques de Longeaux, supérieur de la Maison St-Augustin (8e) et codirecteur du département de recherche « Sociétés humaines et responsabilités éducatives » au Collège des Bernardins. Il sera président de la faculté Notre-Dame à la rentrée.
Photo : Agnès de Rivière

P. N.-D. - Récemment, l’« affaire Cahuzac » nous a montré combien l’homme juge facilement son prochain sur ses actes. Quel regard porter sur les personnes dont la conduite nous choque ?

P. Jacques de Longeaux – Nous avons toujours tendance à réduire une personne aux actes qu’elle commet. Nous traitons celui qui a volé de voleur, celui qui a menti de menteur. Nous regardons celui-ci à travers son orientation sexuelle, celui-là avec sa tendance à boire, etc. En faisant cela, nous réduisons la personne à un seul aspect de sa personnalité. Or, une personne ne se résume jamais à ses actes. Elle est toujours davantage que ce qu’elle fait. Aujourd’hui, la société, qui se veut libérale, est en même temps impitoyable. Le christianisme, c’est l’inverse. Il enseigne une morale exigeante et porte toujours un regard d’espérance sur les personnes. Il suffit de contempler Jésus qui visite Zachée ou qui promet au bon larron le paradis. Jésus nous dit, à travers la parabole de la poutre dans l’œil, de ne pas juger nos frères.

P. N.-D. - Et quand un acte blesse une autre personne ?

P. J. L. – On ne doit pas faire comme si la faute n’avait pas eu lieu et on doit la réparer le cas échéant. Mais, parce que l’acte n’enferme pas la personne, la relation peut perdurer au-delà de la faute. Pardonner à un ami, c’est lui assurer que la relation a un avenir malgré l’acte qui l’a blessée. Dans la parabole du fils prodigue, on voit bien combien l’amour du père est plus important que la faute.

P. N.-D. - Pourtant, nos actes ne disent-ils pas quelque chose de nous-mêmes ?

P. J. L. – Oui, les actes que nous posons participent de notre personnalité. Cette double vision est fondamentale : d’un côté, nous sommes plus que nos actes et, en même temps, ces derniers nous façonnent et nous entraînent parfois là où nous ne voudrions pas aller. Certains actes, que nous posons librement au début, peuvent nous conduire à des habitudes et nous rendre dépendants. C’est l’exemple de l’alcool ou de la drogue. D’où l’importance de la moralité. Le jugement moral proposé par l’Église veut aider les personnes à voir clair, à décider en conscience d’une façon juste. Elle ne condamne pas les personnes en jugeant les actes. Ni la femme qui avorte, ni celui qui se suicide. Le seul risque de condamnation que nous encourons c’est, lors du Jugement dernier, de refuser le pardon de Dieu offert pour nos péchés, que nous verrons alors en pleine lumière.

P. N.-D. – Comment estimer la gravité d’un acte ?

P. J. L. – Nous pouvons qualifier les actes au plan objectif : un vol est un vol, un mensonge est un mensonge, etc. Les dix commandements donnent une base pour juger la gravité d’un acte. Mais sa moralité et sa gravité dépendent aussi de l’intention et des circonstances. Nous savons d’expérience que plus on aime quelqu’un, plus une indélicatesse peut être blessante. Un même acte vis-à-vis d’un proche ou d’une personne inconnue n’aura pas la même portée. Autre exemple : un acte qui paraît désintéressé peut en fait être motivé par l’orgueil ou bien résulter de circonstances extérieures. Les saints ont une telle conscience de l’immensité du don de Dieu que le moindre acte allant à l’encontre de son amour leur paraît très grave. Finalement, Dieu seul est juge de nos actes. Nous nous en remettons à sa miséricorde. • Propos recueillis par Agnès de Rivière

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