L’Église
Catholique
À Paris

La responsabilité de notre mode de vie

Par Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris
Photo : Charlotte Reynaud

P. N.-D. - Vous avez lancé l’année « Éthique et solidarité ». La solidarité interpelle, mais qu’en est-il de l’éthique ?

Mgr André Vingt-Trois – « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1 Jn 4, 20). Comme chrétiens, quand nous essayons d’avoir le cœur et les yeux attentifs à nos frères souffrants ou fragilisés, nous constatons un certain nombre d’urgences et de situations préoccupantes pour lesquelles l’amour du Christ nous presse d’agir. J’ai attiré l’attention des paroisses et des mouvements du diocèse sur trois de ces urgences : la solitude, le fait que beaucoup soient indignement logés et la difficulté que des hommes et des femmes éprouvent à être accueillis dans notre société. Bien d’autres appels retentissent sans cesse en France, en Europe et dans le monde : la famine dans la Corne de l’Afrique qui sévit actuellement en est un et nous en connaissons tous quantité d’autres.

En expérimentant que de nouvelles situations préoccupantes surgissent sans cesse, nous sommes amenés à nous poser la question des causes de la pauvreté, et à reconnaître que notre mode de vie peut porter une part de responsabilité. Dès lors, la question de l’éthique est posée, puisqu’il s’agit d’interroger la manière dont nous vivons et la cohérence de toute notre vie à l’Évangile du Christ.

Par exemple, nous voyons bien que si le développement de la crise économique et financière oblige à prendre des décisions urgentes, la situation nous conduit également à poser des questions d’éthique sociale et politique : quels critères vont guider les choix et les décisions rendues indispensables ? Quelles mesures d’économie privilégier dans les dépenses publiques ? Si nous reconnaissons que traiter les questions marginales ne suffit plus, et que le simple jeu des marchés ne résout rien tout seul, nous devons affronter des choix qui sont bien des choix éthiques.

P. N.-D. - Éthique, solidarité et tempérance sont des mots entendus partout. Quelle est leur spécificité chrétienne ?

Mgr André Vingt-Trois – La spécificité chrétienne vient de la source de notre engagement : la mission reçue du Christ pour incarner son amour à l’égard de tous les hommes dans ce monde. La réponse à cet unique appel passe par des œuvres de charité mais aussi par la mise en œuvre d’une manière de vivre (une éthique). Celle-ci doit être marquée par un sage détachement des biens de ce monde, puisque nous n’y sommes que des pèlerins qui attendons la manifestation des temps nouveaux et le retour du Christ. C’est ce qui peut fonder une approche chrétienne de la tempérance. Cette unité entre l’acte de foi, l’engagement de la charité et la conversion de sa propre vie manifeste la façon dont la foi irrigue et transforme toute la vie. Cette cohérence intime est le signe que, pour les chrétiens, le service des plus fragiles n’est pas une activité de plus ou une concession à l’air du temps, mais bien la mise en œuvre d’une manière de vivre à la suite du Christ qui s’est fait humble et pauvre pour notre Salut. • Propos recueillis par A. R. et P.-L.L.

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