Le genre en questions

À l’initiative du P. Philippe Marsset, curé de N.-D. de Clignancourt (18e), les prêtres et responsables pastoraux de son doyenné ont été invités cette semaine à s’informer sur la théorie du genre. Rencontre avec Catherine Denis, intervenante.

Catherine Denis est membre de la communauté du Chemin Neuf. Médecin et mère de famille, elle est diplômée en théologie morale.
Catherine Denis est membre de la communauté du Chemin Neuf. Médecin et mère de famille, elle est diplômée en théologie morale.
Photo : D.R

Paris Notre-Dame - Quand on parle de théorie du genre, à quoi fait-on référence exactement ?

Catherine Denis – Il faut distinguer les « études de genre » de la « théorie du genre ». Les premières sont nées aux États-Unis dans les années 1960. Elles ont été menées à l’époque pour lutter contre des pathologies exceptionnelles et analysent la distinction entre le sexe biologique et le genre qui relève, lui, du domaine psychosocial. Ces études sont plutôt une bonne chose : elles étudient la manière dont la culture peut influencer le comportement et le rôle d’un homme et d’une femme dans une société. La « théorie de genre » correspond pour sa part à une radicalisation de ces études par des lobbies féministes américains, reprise en Europe. D’une étude de cas, nous sommes passés à une obligation de reconnaître la neutralité des sexes comme une règle absolue. De là est né un nouveau vocabulaire, notamment le terme « parentalité » qui abolit de facto l’idée de complémentarité homme-femme dans la fécondité.

P.-N.-D. : Quelle notion cette théorie attaque-t-elle selon vous ?

C.D. – Notre rapport à la différence. D’après le théologien Xavier Lacroix, la société a cinq attitudes face à la différence : la domination, la ségrégation, la guerre, la neutralisation ou la rencontre. Ne serait-ce pas plutôt cette dernière qui devrait prévaloir dans nos systèmes éducatifs ? En valorisant la théorie du genre [1], ceux-ci établissent un non-sens : l’épanouissement des différences se trouverait dans leur abolition. On est ici au cœur du problème de notre civilisation ultra-individualiste où l’absolutisation du choix personnel – je décide tout, jusqu’à mon identité sexuelle – prime sur le « vivre ensemble ».

P. N. -D. – Face à cette radicalisation, quel est l’enjeu pour des éducateurs ?

C.D. – L’enjeu pour un enfant est d’être soi-même, sans rêver à devenir quelqu’un d’autre. Les éducateurs peuvent donc inviter les jeunes à regarder leur corps en vérité, et à l’aimer. Toute l’anthropologie chrétienne nous invite à être un : corps, âme, esprit. La théorie du genre voudrait transformer notre corps « sujet » en corps « objet ». Elle propose une liberté désincarnée qui voudrait nous faire oublier une donnée existentielle : personne ne choisit son corps. Je me reçois d’un autre, dans cette différence homme femme, structurelle et incomparable. • Laurence Faure

Éducateurs, prêtres, responsables pastoraux : quelle réaction ?

Point de vue de P. Philippe Marsset, curé de N.-D. de Clignancourt (18e) et aumônier national du CLER.

« La priorité est de s’informer. L’ignorance nourrit la peur et le fantasme, et nous empêche, comme éducateurs, d’opérer un discernement et de considérer avec raison de quoi nous parlons : “études de genre” ou “théorie du genre” ? Quand on parle du genre aujourd’hui, on pense essentiellement à ce courant très dangereux qui dénaturalise la différence sexuelle en affirmant que le sexe est purement une affaire culturelle et non naturelle. Ce que j’apprends en travaillant la question, c’est à nuancer sans diaboliser ni faire de l’angélisme. Car dans ces études, il y a du vrai, du faux et du flou. Xavier Lacroix, le psychanalyste Jacques Arènes ou encore la Fondation Jérôme Lejeune expliquent de façon documentée la vérité anthropologique et nous donnent des outils [2]. Nous avons dans notre patrimoine humain et spirituel ce qu’il faut pour réfléchir. » • Propos recueillis par L. F.

[1L’Assemblée nationale a adopté le 19 mars, en première lecture, la loi d’orientation et
de programmation pour la refondation de l’école de la République. Dans son article 31, le projet de loi stipule que l’école devra assurer « les conditions d’une éducation à l’égalité de genre ».

[2La question du “genre” ou la défaite de l’homme hétérosexuel en Occident, Jacques Arènes, revue Études, janv. 2007 ; Le corps retrouvé (Éd. Bayard 2012),
Xavier Lacroix ; Fondation Jérôme Lejeune : « théorie du genre : décryptage à l’intention des jeunes » sur www.fondationlejeune.org

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