Le long chemin du pardon

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P. Marc Rastoin, s.j., enseignant au Centre Sèvres, prêtre à l’église St-Ignace (6e).
Photo : D.R.

Le pardon au cœur des Écritures

Dès le premier livre de la Bible, la Genèse, transparaît l’idée selon laquelle notre vie humaine se joue fortement sur la question du pardon. Caïn va-t-il surmonter sa jalousie et éviter de s’en prendre à Abel ? Jacob va-t-il réussir à se réconcilier avec son frère Esaü ? La phrase par laquelle les deux frères se retrouvent a déjà un avant-goût d’Évangile : « Ésaü, courant à sa rencontre, le prit dans ses bras, se jeta à son cou et l’embrassa en pleurant » (Gn 33,4). Enfin, Joseph va-t-il réussir à trouver le moyen de se réconcilier avec ses frères ? Et quelle place Dieu aura-t-il dans ce processus de pardon ? Pardonner implique un chemin long et qui demande beaucoup d’intelligence et de courage. On y découvre un Dieu à nos côtés pour transformer le mal subi en pardon accordé et reçu. La conclusion théologique du livre de la Genèse anticipe déjà sur le mystère de la croix : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu a voulu en tirer du bien, afin de donner la vie à un peuple nombreux » (Gn 50, 20).

Quelle est la spécificité chrétienne du pardon ?

Le pardon n’a rien d’automatique ou de facile. Il ne dispense pas du chemin de la justice et il n’est ni oubli de ce qui s’est passé, ni instantané. Pas de pardon sans prière. La foi chrétienne nous dit que le pardon est au cœur de Dieu et de son projet pour le monde et que l’être humain, créé à son image, est capable du pardon. C’est en pardonnant que l’être humain se montre le plus semblable au Père qui l’a créé. Tant de paraboles de Jésus et surtout le Notre Père placent au centre de notre vie spirituelle le motif du pardon : « En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi » (Mt 6,14). Et ce sera encore l’une des dernières paroles de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font » (Lc 23, 34). Le pardon chrétien désire imiter le pardon de Dieu et reconnaît que le pardon est ce qui se rapproche le plus de la recréation. Tout comme il est au cœur de la famille des enfants de Dieu qu’est l’Église, il est au cœur de la vie des familles humaines auxquelles il ouvre l’avenir. Donner la vie et pardonner sont les deux lieux où l’être humain se rapproche au plus près de son Créateur.

Comment la tradition catholique vit-elle le pardon ?

La réconciliation dans la Bible n’est jamais conçue comme une affaire en quelque sorte “privée” entre un individu et Dieu. Il s’agit d’une réinsertion dans la communauté qui est collectivement témoin de l’Alliance et qui est chargée de porter le message du Christ. C’est pourquoi la recherche du pardon se fait en Église. C’est comme communauté que nous implorons la miséricorde au début de chaque eucharistie, demandant pardon pour le fait que nous ne faisons pas assez place à l’action de l’Esprit Saint, et c’est en rencontrant un homme qui représente les apôtres que nous signifions verbalement notre désir de réconciliation, selon la parole du Seigneur : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 23). Elle dit bien l’importance de la communauté, de l’Église. Nous sommes des êtres de parole et de relation et le chemin, difficile mais essentiel, du pardon, passe par la parole et la relation au Christ et aux frères, à commencer par nos plus proches, au sein de la famille. Nul ne peut se réconcilier avec Dieu sans se réconcilier avec ses frères et vice versa. • P. Marc Rastoin, s.j.

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