Les enjeux éthiques de l’évolution de la législation

P. N.-D. -Quels sont les points essentiels encore discutés dans la révision de la loi de bioéthique de 2004 ?

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P. Brice de Malherbe, délégué de l’archevêque auprès des établissements hospitaliers catholiques, coprésident du département d’éthique biomédicale au Collège des Bernardins.
© D. R.

P. Brice de Malherbe - Les discussions portent surtout autour du maintien ou non de l’interdiction de la recherche sur l’embryon, sur la levée ou non de l’anonymat des donneurs de gamètes dans le cadre d’une Assistance Médicale à la Procréation avec donneur extérieur au couple, sur l’accès de l’AMP à des femmes seules ou « en couple », et, enfin, sur l’extension possible des dons d’organes au de là du cercle familial.

P. N.-D. - Quels sont les enjeux éthiques de cette révision ?

P. Brice de Malherbe - Je relèverai un silence assourdissant sur le glissement en matière de suivi de la grossesse d’une logique de diagnostic prénatal à une logique de dépistage : le projet veut obliger les médecins et sages femmes à proposer systématiquement à toute femme enceinte des examens pour déceler un éventuel handicap. Il y a vraiment risque d’une sélection systématique des enfants à naître, ce serait de l’eugénisme. En matière de procréation artificielle et de recherche sur l’embryon, il s’agit de savoir si nous voulons sacrifier l’embryon humain au désir devenu tout-puissant des parents ou des chercheurs. L’existence de souffrances réelles, comme la stérilité ou encore les maladies auxquelles on veut remédier, n’autorise pas tout. La valeur du lien conjugal peut aussi être remise en cause par l’extension des autorisations d’AMP à des personnes dans d’autres situations. Enfin, la finalité de la médecine et de la science doit rester le bien de l’homme et non la seule prospérité économique de ses acteurs. Je suis inquiet d’un certain acharnement procréatif. De même, le don d’organes est une bonne chose,mais ne doit pas devenir source de pression.

P. N.-D.-Qu’en est-il des propositions de loi autour de l’euthanasie ?

P. Brice de Malherbe - La proposition d’une « assistance médicalisée pour mourir » présentée au Sénat est en contradiction avec le développement du traitement de la douleur et des soins palliatifs. A l’opposé de l’effort solidaire vis-à-vis des personnes dépendantes, elle est source d’exclusion des plus vulnérables par la solution inhumaine de la mort provoquée. La loi actuelle permet déjà un véritable accompagnement des personnes proches de leur mort et écarte résolument l’acharnement thérapeutique.

P. N.-D. - Que peuvent faire les chrétiens dans un tel contexte ?

P. Brice de Malherbe - S’informer précisément sur ces enjeux d’humanité. Si possible, s’engager dans le débat, ce qui nécessite une formation. Prier pour les décideurs. Discerner dans leurs propres comportements ce qui est conforme ou non à notre relation au Christ, leur Sauveur. Il ne s’agit pas de se positionner par rapport à des principes abstraits mais, éclairés par la Parole de Dieu écrite ou transmise par l’enseignement de L’Église, de vivre en enfants du Père qui nous a donné la vie. • Propos recueillis par Ariane Rollier

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