« Lier nos expériences de vie et de foi »

Depuis environ deux ans,des paroissiens de N.-D.des Foyers (19e) se réunissent une fois par mois pour partager leurs joies et leurs difficultés. Un rendez-vous dédié à la parole qui leur apporte un réel soutien et nourrit leur foi.Reportage.

JPEG - 41.9 ko
Première rencontre annuelle de l’équipe “Mission ouvrière N.-D. des Foyers” autour du P. Jean-Pierre Dauphin. Photo : PIERRE-LOUIS LENSEL

Si, en ce début de mois d’octobre, pour la première rencontre annuelle de l’équipe « Mission ouvrière N.-D. des Foyers », le nombre de participants est un peu plus faible que la petite quinzaine de personnes habituellement réunies, la bonne humeur, elle, est toujours au rendez-vous. Après la pause estivale, on se retrouve avec plaisir, le temps de cette soirée, dans un local paroissial décoré par des dessins d’enfants ; on s’embrasse avec une affection visible. Quelques ados courent dans les couloirs et on entend le lointain murmure d’un groupe d’aumônerie, mais peu importe, la porte de la petite salle reste toujours ouverte pour d’éventuels retardataires.

Partager ses joies et ses difficultés

Le thème choisi pour cette réunion de rentrée est de circonstance. Chacun est invité à partager ce qu’il a vécu pendant la belle saison et comment il a pu y discerner une "présence de Dieu". A partir de ce point de départ, tous les sujets, toutes les préoccupations peuvent être librement abordées : « On parle de ce qui fait notre quotidien dans ce quartier : le travail, la famille, la cohabitation entre différentes cultures et religions, mais aussi des problèmes de chômage, de papiers ou de logement, explique Solange, l’une des “anciennes” de l’équipe. On trouve au sein de ce groupe un respect et une écoute qui manquent souvent dans notre société. Ici, personne ne nous juge ou nous regarde de haut. » Ainsi, au cours de la soirée, chacun s’exprime avec ses mots, en toute simplicité, et les émotions se succèdent. Quand Célestine, jeune Adsem [1] d’origine ivoirienne, évoque le bonheur que lui apporte son métier auprès des enfants de l’école maternelle, elle donne à réfléchir sur les petites joies du quotidien et suscite volontiers quelques éclats de rire ; quand Ledy, venue il y a un an du Burkina-Faso, exprime pudiquement ses difficultés à trouver des petits boulots, c’est toute l’équipe qui se sent concernée. Car ici le soutien ne se limite pas à une simple écoute ; on est bien entre amis. « Lorsqu’il y a des coups durs, nos liens se manifestent et se resserrent », insiste Solange. « Récemment, des deuils ont touché des personnes de l’équipe, ajoute le P. Jean-Pierre Dauphin, accompagnateur du groupe. Nous sommes tous allés chez nos amis pour participer aux veillées de prière. Il était très important pour nous d’être présents. »

Des paroles éclairées par la parole de Dieu

A travers tous ces échanges, la parole n’est jamais loin. « Ce que nous faisons ici n’est pas nouveau. C’est tout simplement de la “révision de vie”, insiste le P. Dauphin, riche d’une expérience de plusieurs décennies en Mission ouvrière dans différents quartiers populaires parisiens. Aujourd’hui, par exemple, en revenant sur ce que nous avons vécu pendant l’été, nous cherchons à voir comment la présence de Dieu s’est manifestée dans notre quotidien. » Une démarche que le prêtre souhaiterait voir encouragée plus encore : « C’est essentiel d’aller de la vie à la foi et de la foi à la vie : ces deux notions s’éclairent l’une l’autre, souligne-t-il. Exprimer le lien qui les unit au sein de petites équipes comme celle-ci est un grand enrichissement : je crois vraiment que, dans ce domaine, l’Eglise a un vrai rôle à jouer. » • Pierre-Louis Lensel

TÉMOIGNAGE

JPEG - 3.2 ko
JOSETTE JOHNSON, membre du groupe Afrique Evangile, paroisse St-Bernard de la Chapelle (18e). Photo : PIERRE-LOUIS LENSEL

« Au départ, il y a eu, en 2000, le souhait de plusieurs catéchumènes adultes de continuer à se retrouver après leur baptême. D’autres amis les ont ensuite rejoints : le groupe réunit aujourd’hui une quinzaine de personnes chaque mois. Parmi elles, beaucoup sont africaines. Nous aimons échanger sur nos pays d’origine, nos différences, ce qui nous rapproche. Mais c’est un groupe ouvert à tous, chacun y trouve sa place. Nous parlons un peu de tout. Ces rencontres nous permettent de nous arrêter pour réfléchir ensemble et de remercier le Seigneur. Chacun prépare à tour de rôle ce rendez-vous avec le P. Giovanni Borin, autour d’un thème, qui est souvent l’Evangile du jour. » • Propos recueillis par P.-L. L.

RENCONTRE AVEC…le P. Alain Patin, vicaire à N.-D. de la Gare (13e) et accompagnateur de la « Mission ouvrière “Le Lien” », qui suit des « groupes de parole » depuis quarante-cinq ans.

JPEG - 6.7 ko
P. Alain Patin, vicaire à N.-D. de la Gare (13e) et accompagnateur de la « Mission ouvrière “Le Lien” ». Photo : PIERRE-LOUIS LENSEL

P. N.-D. : Qu’est-ce qu’un « groupe de parole » ?

P. Alain Patin – Ce terme est un peu vague et regroupe différentes réalisations. De manière générale, on parle plutôt d’équipes. Celles-ci réunissent régulièrement des personnes – souvent une fois par mois pour les adultes – qui souhaitent confronter leur vie et leur foi. Selon la démarche de « voir, juger et agir », qui est celle de l’Action catholique, elles proposent d’apprécier les événements de nos vies à la lumière de l’Evangile pour déboucher sur une nouvelle façon d’aborder les personnes et les choses. Ces rencontres font partie intégrante de la vie chrétienne de leurs participants. Et puis il y a ce qu’on appelle des « plateformes de partage ». Organisées par exemple à N.-D. de la Gare trois ou quatre fois par an, elles proposent un échange autour d’un thème. Cela s’adresse plus à des personnes de façon ponctuelle. C’est une sorte de tremplin qui peut donner envie d’entrer dans une démarche plus régulière. Les groupes s’adressent à tous. Certaines équipes réunissent plutôt des adultes, d’autres des jeunes ; certaines sont plus constituées de personnes d’une même origine, d’autres proposent un véritable brassage. Il n’y a pas de règle. Mais le but est le même : avancer ensemble, se demander comment nous répondons dans nos vies à l’appel du Christ.

De quand date l’existence de ce type de groupes ?

A. P. – C’est une tradition assez ancienne dans le milieu ouvrier qui s’est ensuite étendue à d’autres. Au départ, il y a eu un constat que le monde populaire regroupait des personnes très différentes, venues pour beaucoup de province ou de l’étranger, qui vivaient dans des conditions difficiles, souvent isolées et loin de l’Eglise. Des laïcs notamment, dès le XIXe siècle, ont cherché à les soutenir et à les accueillir, à travers des mouvements comme la Société Saint-Vincent de Paul. Puis, c’est d’abord avec la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), dans l’Entre-deux-guerres, qu’ont commencé à se créer des groupes d’échange qui, peu à peu, se sont multipliés. Tout cela a contribué à une prise de conscience dans l’Eglise, qui a cherché de plus en plus à se mettre à l’écoute des réalités des milieux populaires – l’idée étant notamment de ne pas proposer la Parole indistinctement, mais de mieux comprendre où elle tombe. Ces équipes offrent un lieu pour découvrir qu’on est un corps vivant. Elles jouent un rôle dans la société, en créant du lien entre des personnes parfois isolées et de cultures diverses. • Propos recueillis par P.-L. L.

[1Atsem : Agent territorial spécialisé des écoles maternelles.

Articles

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse