L’Église
Catholique
À Paris

Mgr Éric de Moulins-Beaufort : Discours de clôture de l’ordination épiscopale

Après l’eucharistie de leurs ordinations le 5 septembre 2008, les deux nouveaux évêques auxiliaires sont montés à l’ambon pour prononcer quelques mots de remerciements.

Devant vous et avec vous, chers amis, frères et sœurs, je voudrais au terme de cette célébration, à l’exemple de l’Apôtre Paul, « fléchir les genoux devant le Père de qui toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre » (Ep 3, 14).
Car, dans la célébration d’une consécration épiscopale comme, en réalité dans toute célébration sacramentelle mais avec une intensité particulière, le mystère de Dieu nous saisit et nous nous trouvons entraînés par lui, chacun selon le don qui nous revient en partage, plus avant dans ce que Dieu attend de nous. C’est pourquoi deux formules montent de mon cœur à mes lèvres en ce moment : « Béni soit Dieu » et « Priez pour nous ».

Béni soit Dieu donc pour le mystère de sa volonté. Saint Paul nous dit qu’il est de donner à tous les hommes, les païens aussi bien que les Juifs, part à son unique héritage, au pardon des péchés, à la purification du cœur, à la liberté et à la vie éternelle que le Seigneur Jésus a acquis pour nous dans sa mort et sa résurrection. Béni soit Dieu pour ce mystère qui se réalise en son Église et par elle car nous y sommes rapprochés les uns des autres, si divers que nous soyons, à mesure que nous nous ouvrons au don de Dieu. La présence parmi nous, ce soir, de membres des autres Églises chrétiennes venus en leur nom propre ou en tant que représentants de leurs communautés est le gage de l’unité où le Seigneur nous a placés, malgré les complications et les douleurs que l’histoire humaine y a apportées, et dont nous aspirons à vivre visiblement à la face du monde.
Béni soit Dieu encore qui nous donne de vivre en avançant sur ses chemins en ce début du XXIème siècle. Chaque époque est passionnante ; la nôtre a quelques caractéristiques qui la rendent fascinante. La génération à laquelle Renauld et moi appartenons a eu la chance en notre pays de ne pas connaître d’autre guerre que la guerre froide, et de celle-là même nous avons vu la fin inattendue. Que prépare l’avenir ? Nous le verrons, mais avant tout, que faisons-nous de ce privilège dont si peu de générations et dans si peu de pays ont pu jouir ? Nos sociétés, à force d’être riches et sophistiquées, sont devenues compliquées. La technologie nous permet de lever chaque jour de nouvelles contraintes qui jusqu’ici appartenaient à la fatalité pesant sur les hommes. Plus que jamais, par conséquent, il nous revient à nous, hommes et femmes, de repérer clairement ce qui est mauvais et de le rejeter, et de rechercher ce qui est bon, qui fait du bien et nous rend bons, et de le choisir. Nous trouvons dans le Christ une lumière formidable car il éclaire en profondeur notre condition humaine et il nous donne en partage la liberté de nous détacher du mal et celle plus grande encore de nous engager dans le bien avec détermination et paix. En ce temps où, plus qu’en aucun autre, les hommes se croisent et échangent, béni soit Dieu qui nous donne l’espérance que nous sommes tous appelés à la même destinée et que nous pouvons nous entraider, tendus dans une unique recherche de la vérité et de la bonté, profitant des apports de toutes les cultures.

Béni soit Dieu qui nous donne de vivre en cette ville de Paris. La lumière de la foi et la beauté de l’amour y sont souvent éclipsées par des scintillements plus spectaculaires, mais l’une et l’autre existent et depuis longtemps. La foi, l’espérance et la charité ont tracé dans notre ville un chemin de lumière qui ne s’interrompt pas, qui se renouvelle sans cesse et que nous sommes appelés à rejoindre. Sur ce chemin, nous retrouvons tant d’hommes et de femmes de bonne volonté en qui nous apprenons à reconnaître avec joie et espérance le travail patient de l’Esprit-Saint. Les visages que nous croisons dans notre ville se font chaque jour plus différents ; bien des gens y cherchent la possibilité de vivre, fuyant la pauvreté ou la misère, la guerre, l’injustice. Des évidences culturelles sont ainsi bousculées, des habitudes rassurantes sont ébranlées. Béni soit Dieu qui construit le Corps grâce auquel nous n’avons pas trop peur de voir passer la figure de ce monde.
Béni soit Dieu pour la variété et la densité des liens dont nous vivons et qui nous constituent peu à peu : liens de l’engendrement, liens de la chair et du sang dont la force est promesse de liens spirituels ; liens de l’amitié, gage déjà de nos relations dans l’éternité ; rencontres plus fugaces dont l’impact pourtant demeure comme une espérance de fraternité. Dieu soit béni encore pour la densité de notre vie humaine, pour la variété de ses étapes, pour la capacité qu’il nous donne de les traverser en approfondissant notre capacité de nous donner et d’accueillir ce qui nous est offert. Dieu soit béni pour la beauté du mariage où l’amour de l’homme et de la femme trouve de quoi s’épanouir en creusant le cœur de chacun, et Dieu soit béni pour la grâce du célibat qu’il donne à ceux qu’il choisit : par cette grâce, l’âme et le corps sont travaillés pour qu’ils trouvent leur unité, dilatés à la taille de l’Église entière.

Alors, priez pour nous, frères et sœurs, chers amis.
Priez pour nous afin que notre parole soit une parole de paix, de bonté, de consolation, d’encouragement, mais aussi une parole claire et lumineuse. Priez pour que nous sachions servir en vous la liberté la plus profonde, celle qui mobilise l’être entier et permet de choisir la vie sans jamais céder aux sirènes de la mort.

Priez pour nous afin qu’à l’exemple de l’Apôtre, nous soyons humbles, toujours, conscients d’être comme vous des pécheurs comblés par un pardon immérité et appelé à aimer dans la sainteté. Priez pour que nous vous aimions d’un amour sincère et concret, consentant jour après jour à porter les tribulations qui nous reviennent et partageant avec douceur les biens que le Seigneur met entre nos mains : la connaissance de Dieu, le pardon des péchés, l’espérance de la vie éternelle, et son corps livré et son sang versé.
Priez pour nous et nous prions pour vous, afin que tous nous nous réjouissions d’avoir à vivre à la suite du Christ, ici et maintenant, heureux de tirer de tout de quoi aimer avec plus d’exactitude, heureux de porter devant tous ceux qui veulent bien les voir les fruits que le Seigneur nous donne. Priez pour nous et nous prions pour vous, frères et sœurs, chers amis, pour que l’émotion de la célébration de ce soir se distille en émerveillement de chaque jour devant ce que Dieu fait pour nous, souvent, à travers ceux qu’il met sur notre route.

« A celui qui a le pouvoir de vous affermir conformément à l’Évangile que j’annonce en prêchant Jésus Christ, écrit saint Paul, à lui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen » (Rm 16 25…27).

Mgr Éric de Moulins-Beaufort,
évêque auxiliaire de Paris

- Lire le compte-rendu de l’ordination épiscopale de Mgr Éric de Moulins-Beaufort et Mgr Renauld de Dinechin.

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