Nos diacres, des serviteurs essentiels pour notre Église

Restauré par le Concile Vatican II, le diaconat permanent est parfois peu connu. Voici quelques pistes pour mieux le comprendre, avec le P. Jean Laverton, délégué diocésain au diaconat permanent, et Jacques Bonnin, diacre.

Le diaconat, une nouveauté dans l’Eglise ?

Non, car les diacres existent dès les débuts de la vie de l’Eglise. En effet, les douze apôtres ne suffisent pas à la tâche et ils vont choisir des collaborateurs que seront les diacres.

Comment a-t-on choisi les premiers diacres ?

« Cherchez parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis d’Esprit et de sagesse... On les présenta aux apôtres, on pria et on leur imposa les mains », lit-on au chapitre six des Actes des Apôtres.

Histoire d’un renouveau

Après plusieurs siècles, le diaconat vécu de manière permanente a disparu (vers les 9e-10e siècles) pour n’être plus qu’une étape pour ceux qui avaient la vocation de devenir prêtre. Déjà, le Concile de Trente (1545-1563) avait demandé la restauration du diaconat, mais c’est le Concile Vatican II qui restaure ce premier degré du sacrement de l’ordre vécu de manière permanente. Au Concile, en effet, les évêques ont souhaité mettre en œuvre de manière renouvelée tous les dons dont le Seigneur avait dès l’origine doté son Eglise. « Ils ont voulu rendre davantage présent le Christ à son peuple par la diversité des ministères : évêque, prêtre et diacre », indique le P. Laverton, délégué diocésain pour le diaconat permanent. « Les évêques ont reçu le ministère de la communauté pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres. » (Vatican II, Lumen Gentium 20).

Qui peut être diacre ?

La proposition renouvelée, récente de l’Eglise et donc l’absence de modèle font qu’il faut souvent appeler ceux en qui on a reconnu certaines aptitudes : « Accepteriez-vous de vous interroger sur un éventuel appel de Dieu à l’ordination comme diacre ? » Si après un temps de prière et de réflexion la personne pressentie donne une réponse positive, commence alors un parcours d’au moins trois ans dont l’essentiel est d’aider au discernement : « être ministre, c’est-à-dire serviteur du Christ, est-ce bien ma vocation ? » C’est un peu la rencontre de deux libertés : d’un côté celle du candidat qui se présente et de l’autre l’appel par l’évêque qui est le critère décisif pour reconnaître la vérité de l’appel ressenti. Car il ne s’agit pas d’abord de compétence, de dévouement ou de générosité : ainsi, de très nombreux laïcs à Paris ont des responsabilités dans l’Eglise mais ils ne se sentent pas appelés au ministère diaconal.

Qui propose au fidèle de réfléchir à une éventuelle vocation ?

Assez souvent, c’est un prêtre. « Si l’Eglise ne m’avait pas appelé, je ne me serais pas présenté, assure Jacques Bonnin, diacre à St-François de Sales (17e). Le diaconat, je ne savais pas ce que c’était. Mais, à deux reprises, j’ai été appelé. D’abord en 1987, par le P. Philippe Breton, alors curé de St- Ferdinand des Ternes (17e). J’y ai réfléchi plusieurs semaines avec mon épouse, avant de refuser. Pourquoi le curé m’avait-il posé cette question ? J’étais heureux comme laïc, engagé dans la conférence Saint-Vincent-de-Paul et au Secours Catholique. Trois ans plus tard, deuxième appel, par le P. Jorens, alors curé de St-François de Sales. Les deux curés ne s’étaient pourtant pas concertés. Cette fois, ma réponse fut positive. Mais j’ai demandé à pouvoir arrêter le parcours si ce n’était pas ma vocation. Notre discernement a été vécu de manière très heureuse, pour aboutir à l’appel du Cardinal C’était un appel par l’Eglise, à approfondir pour y rencontrer l’appel du Christ. »

Pour certains, le diaconat est une étape vers la vocation sacerdotale ; pour d’autres, un état permanent, pourquoi ?

Pour les premiers, le diaconat n’est qu’une étape car leur vocation est d’être prêtre ; pour les seconds, leur vocation plénière est d’être diacre.

« Un postulant au diaconat permanent ne débute pas dans la vie, indique le P. Laverton. Dans son ministère il engage toute sa vie, et une fois ordonné, il ne peut plus changer d’état de vie. Par l’ordination, le Christ le saisit et le consacre. Un célibataire ou un veuf ne peut plus se marier ou devenir prêtre. Il témoigne ainsi du don qu’il a fait de sa vie au Christ, dans l’état qui est le sien. C’est pourquoi, si l’on est marié, il faut l’être depuis au moins 10 ans et avoir 35 ans au minimum. Si l’on est célibataire, il faut avoir fait clairement le choix du célibat. L’Eglise signifie ainsi que c’est quelqu’un de bien engagé dans son état qui recevra l’ordination. »

L’épouse, quelle est sa place ?

Pendant les années de discernement, l’épouse participe à tout le parcours pour être très informée, exprimer ses difficultés, et pouvoir échanger de tout cela avec son mari. Son accord profond sera indispensable. Dans la liturgie de l’ordination, elle est interrogée par l’évêque devant toute l’assemblée et doit donner sa réponse. Parfois, elle pourra être ensuite associée à la mission de son mari, par exemple pour la pastorale familiale.

Quelle mission ?

« Par l’ordination, le diacre reçoit la mission et la grâce de servir le Christ, d’aider les baptisés à marcher dans les pas du Christ, d’aider à vivre le sacerdoce commun des fidèles, explique le P. Laverton. Si cela passe par des services, il s’agit surtout pour tous, d’entrer dans l’Etre du Christ. Littéralement (du grec diakonos ?) le diacre est serviteur. Le Christ-Serviteur venu pour servir et non pour être servi ? (Mathieu 20, 28) révèle l’amour de son Père pour chaque homme et le livre au monde. Le Seigneur, au long des siècles, veut se rendre présent par ses frères, il veut continuer à rendre présent l’acte de la Rédemption du monde par les vocations diverses dans l’Eglise. Les diacres, mariés ou non, apportent là , quelque chose d’irremplaçable, en s’engageant avec toute leur expérience de la vie familiale, professionnelle ou sociale dans un ministère ordonné. » Il se déploie suivant trois charges :

  • Serviteur de la Charité : le diacre s’engage et engage les chrétiens à être artisans actifs de l’amour de Dieu pour les hommes, et des hommes entre eux dans la communauté, dans le quartier.
  • Serviteur de la Parole : il aide l’évêque et les prêtres dans cette première charité d’annoncer la Bonne Nouvelle par l’homélie, la catéchèse...
  • Serviteur de la prière et de la vie sacramentelle : recevant la charge de la prière officielle de l’Eglise, matin et soir, associé de manière particulière à l’Eucharistie, il baptise et bénit les mariages et accompagne chacun vers les sacrements.

Qu’est-ce qui empêche le diacre de dire la messe ?

La vocation la plus haute, fondamentale dans l’Eglise est le baptême, l’appel à la sainteté : vivre dans l’amour en Jésus. Et au service de cette vie du Christ, le prêtre et le diacre n’ont pas la même mission. Ainsi, le diacre, très inséré dans son milieu, son quartier, va être en même temps au cœur de la célébration eucharistique bien qu’il ne la préside pas. Au cours de la liturgie, il apportera ce qui vient de la communauté : intentions de prière, offrandes, et il portera aux fidèles ce qui vient du Seigneur : Corps du Christ, Parole, geste de paix, envoi. Ces gestes liturgiques signifient ce rôle d’échange des dons et de service, propre au diacre.

Les diacres permanents remplacent-ils les prêtres en nombre insuffisant ?

Non. D’ailleurs, quand le Concile a restauré le diaconat il y avait beaucoup de prêtres, au moins en Occident. Le Concile a voulu une réflexion et une décision fondamentale pour l’Eglise et non en fonction des circonstances. « C’est encore une fois ce redéploiement du peuple sacerdotal participant au Christ, l’unique Grand Prêtre : des vocations différentes qui doivent s’appuyer les unes sur les autres pour construire l’Eglise. Il faut des baptisés. Il faut des prêtres. Il faut des diacres », indique le P. Laverton. « Chacun agit selon sa vocation », ajoute Jacques Bonnin. Chacun agira en effet selon sa spécificité : un diacre, par exemple, ne prêchera pas comme un prêtre car il va engager autre chose : sa vie d’homme marié, de père de famille. La Parole de Dieu aura une autre résonance en lui, une autre humanité.

Une place encore à trouver

« A St-François de Sales, témoigne Jacques Bonnin, je vis sereinement dans l’équipe paroissiale, un peu comme dans une famille, avec les prêtres et les autres diacres. Homélies et baptêmes sont assurés à tour de rôle. J’aime célébrer des baptêmes, ce premier rendez-vous d’amour avec Dieu. Je prépare aussi des fiancés au mariage ; je leur fais découvrir l’Evangile. Par ailleurs, nous avons de bons contacts avec les paroissiens. Il n’est pas simple d’être signe et acteur au milieu d’eux. Mais, mois après mois, des grâces me sont données. » « Laïcs, évêques, prêtres, diacres, doivent avoir des relations de frères, compagnons du Christ, explique le P. Laverton. En particulier, c’est au quotidien, dans une découverte permanente, que se fait ce vivre ensemble ? des prêtres et des diacres. » De manière très diverse, suivant des responsabilités variées, tous essaient de répondre aux appels de la mission. Au moment où l’Eglise insiste sur l’importance de la responsabilité des laïcs, elle appelle aussi avec force au sacrement de l’Ordre déployé dans la richesse de ses trois degrés. « Que nos communautés soient des relais des appels de Dieu pour toutes les vocations dans l’Eglise, invite le P. Laverton. Il y a encore trop peu de diacres (une centaine à Paris). C’est une richesse, un don de Dieu, dont l’Eglise ne doit pas se priver. » • Claire Folscheid et Bénédicte Hériard, avec le P.Laverton, délégué diocésain pour le diaconat permanent, et Jacques Bonnin, diacre à St-François de Sales.

Les épouses, dans la liturgie d’ordination

Dans la liturgie d’ordination, l’épouse est interrogée par l’évêque devant toute l’assemblée et doit donner sa réponse. Voici ce passage du rituel d’ordination :
– Le Cardinal :
Dieu vous a appelées par la grâce de votre baptême. Le sacrement de mariage, qui vous a liées pour toujours à votre mari, vous donne de vivre le mystère de l’amour du Christ et de son Eglise.
Aujourd’hui, l’Eglise me demande d’ordonner diacre votre mari. Cette ordination est un don de Dieu, pour lui, pour l’Eglise et pour vous aussi.
Au cours de ces dernières années, votre discernement, votre appui et votre présence ont accompagné celui que l’Eglise appelle, aujourd’hui, à son service. Elle sollicite votre concours librement consenti. Acceptez-vous les appels et les grâces qui s’ensuivront pour votre vie conjugale et familiale ?
– Les épouses l’une après l’autre :
Oui, je l’accepte.

Article de Paris Notre-Dame – 7 octobre 2004

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