Intervention du Cardinal André Vingt-Trois lors de la célébration de lancement de l’Année famille et jeunesse, 2e année de Paroisses en mission

Cathédrale Notre-Dame de Paris – Samedi 25 septembre 2010

Ce document donne seulement les principaux points de l’intervention orale du samedi 25 septembre 2010 matin. La partie sur le bilan des Assemblées paroissiales et des modules étaient plus développée.

- Lire le compte-rendu de cette rencontre.
- Lire la lettre pastorale “La famille et la jeunesse : une espérance !”

Assemblée diocésaine de lancement

Une première étape

Il y a juste un an, j’ouvrais notre rencontre ici même en invitant les participants à l’action de grâce. Permettez-moi aujourd’hui de renouveler cette invitation avec les mots de l’Apôtre :
« Nous rendons continuellement grâce à Dieu pour vous tous quand nous faisons mention de vous dans nos prières ; sans cesse, nous gardons le souvenir de votre foi active, de votre amour qui se met en peine, de votre persévérante espérance en notre Seigneur Jésus-Christ, devant Dieu notre Père, sachant bien, frères aimés de Dieu, qu’il vous a choisis. » (I Thes. 1, 2-3)

Ce que Paul écrivait aux chrétiens de Thessalonique exprime fortement ce qui habite ma pensée et mon cœur au moment où nous nous retrouvons ce matin. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qui est entrepris et réalisé par les catholiques de Paris au nom de l’Évangile. Il les anime et les fortifie, et grâce à lui, en eux et par leur vie, la foi, l’espérance et la charité produisent beaucoup, plus encore que nous ne savons voir. C’est pourquoi je souhaite d’abord que notre rencontre de ce matin soit placée sous le signe de l’action de grâce. Rendons grâce à Dieu qui nous a rassemblés aujourd’hui de toutes les paroisses du diocèse de Paris et des mouvements et services qui contribuent tous à la vitalité de notre Église.

Aujourd’hui, non seulement je n’ai rien à retrancher à cette action de grâce, mais je dois encore reconnaître qu’elle est plus forte et plus justifiée que l’an dernier. Elle se nourrit et s’augmente de tout ce qui a été vécu au cours de l’année scolaire écoulée dans le cadre de notre projet diocésain « Paroisses en mission », de tous les fruits de cette première année centrée sur le thème « Eucharistie et Mission. » Il est bon d’en tracer un premier bilan.

Notre objectif était de fortifier la participation de tous à l’œuvre commune d’annonce de l’Évangile, en manifestant comment l’Eucharistie dominicale fait grandir en chacun la vie du Christ et rend capable de témoigner du Seigneur en actes et en paroles.

Ce fut l’occasion d’un renouvellement et d’un approfondissement de la vie eucharistique de nos communautés. Nous avons mis en lumière le lien du peuple de Dieu à l’Eucharistie. Par le partage vécu dans les assemblées paroissiales sur leur participation à l’Eucharistie, les chrétiens ont mieux réalisé comment elle marque leurs vies. Ils ont goûté la joie de s’édifier les uns les autres.
Dans notre diocèse, ce thème a donné une coloration spéciale à l’année sacerdotale. Certes, cette année fut une année d’épreuves à cause des scandales largement médiatisés causés par des prêtres ; elle fut d’autant plus une année de prière pour que les prêtres redoublent de fidélité. Pour chacun d’eux, portés par vous, frères et sœurs, elle fut une année d’action de grâce pour leur ministère.
Cette année de « Paroisses en Mission » a été marquée par deux propositions qui furent largement suivies : les assemblées paroissiales et les modules de formation diocésains.

[...]

Cette première année de notre parcours a débouché sur la célébration diocésaine des ordinations des nouveaux prêtres. Elle marquait la clôture de l’année sacerdotale. Dix mille personnes qui représentaient les différentes paroisses du diocèse y ont pris part.

Ainsi, pas à pas, le chemin de cette première année de « Paroisses en mission » nous a permis de vivre une participation plus active et fraternelle à l’Eucharistie dominicale en élargissant la conscience d’appartenir à une communauté locale et en expérimentant comment cette communauté locale est en communion avec l’Église entière. Dans beaucoup de lieux cette première année a aussi permis de mieux mettre en œuvre la mission des conseils pastoraux qui relève de la vie et de la mission de l’Église entière. Votre présence ce matin en est un bon signe.

Une nouvelle étape

Nous voici maintenant au seuil d’une nouvelle étape de notre programme « Paroisses en mission ». L’année écoulée, consacrée à « Eucharistie et mission », avait pour premier objectif de nous aider à mieux identifier la force spirituelle dont nous vivons et quelle richesse elle représente pour l’action.
Les participants à la Messe dominicale étaient tous invités à faire un pas de plus pour développer la dimension missionnaire de nos célébrations eucharistiques. Comme j’ai eu souvent l’occasion de le dire, ces assemblées sont la première ressource humaine et chrétienne dont dispose notre Église pour accomplir sa mission. Après ce temps de recueil de nos forces et de développement de nos capacités d’action, notre deuxième étape qui commence est centrée sur « Famille et Jeunesse ».

Vous vous rappelez peut-être qu’en décembre 2005, ici-même, j’avais présenté quatre champs prioritaires pour l’action missionnaire : le champ de l’éthique, le champ social, le champ de la famille et le champ de la jeunesse. Je voulais montrer comment ces champs de l’expérience humaine étaient au cœur de tout progrès de notre société et donc au cœur des domaines où devait se développer la mission de l’Église. Ces quatre champs ont orienté le choix des thèmes annuels de « Paroisses en mission. »
Presque cinq ans après, je ne crois pas avoir besoin de modifier ces propositions tellement les questions qui y sont liées sont au cœur des préoccupations de nos contemporains.
Elles sont au cœur de nos préoccupations parce qu’elles renvoient à une expérience humaine commune et fondatrice. Tous nous avons été, nous sommes et nous serons acteurs d’expériences familiales. Nous y sommes impliqués, que nous le voulions ou non, pour le meilleur et pour le pire.
Tous nous sommes concernés par l’avenir de la jeunesse et nous partageons la responsabilité de lui transmettre les richesses que nous avons reçues. D’autre part, la famille et la jeunesse sont des domaines dans lesquels l’Église est fortement impliquée et pour lesquels elle mobilise des forces nombreuses.
C’est pourquoi il me parait important que chacune de nos paroisses et de nos communautés fasse le point sur ses réalisations actuelles, ses initiatives possibles et ses projets dans ces deux domaines d’action si étroitement liés. Par les visites pastorales des années écoulées, je sais combien les conseils pastoraux et les équipes sacerdotales sont attentifs à ce qui peut aider les familles à vivre et à assumer leurs responsabilités éducatives.

Je sais aussi que les situations sont très mouvantes et que les besoins et les moyens sont aussi en perpétuelle évolution. Les familles d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’en 1960, les enfants d’aujourd’hui ne sont plus ceux de 1960, les adolescents et les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus ceux de 1960. Et nous devons aussi ajouter que nos moyens d’action ne sont plus ceux de 1960. Dans beaucoup de cas, nous sommes acculés à des choix.
Nous ne pouvons plus tout faire et nous devons définir plus clairement ce que nous voulons faire en priorité. Mais comprenez-le bien : ce n’est pas qu’un travail d’ajustement à nos effectifs ; c’est un travail de discernement et d’appel. Le travail de discernement doit être partagé dans la communauté toute entière mais, bien sûr, il est surtout mis en œuvre par les conseils pastoraux.
Chez vous, dans votre paroisse, que pouvez-vous faire pour la famille et la jeunesse ? Quels moyens êtes-vous prêts à mobiliser ? De même, le travail d’appel concerne toute la communauté paroissiale et il est exercé par le conseil pastoral : Quels volontaires êtes-vous disposés à appeler ? Qui répondra à cet appel ?

C’est sur ces questions et sur d’autres du même genre que nous sommes appelés à réfléchir et à répondre au cours de cette année scolaire. Pour progresser dans ce travail de discernement commun, je vous propose trois moyens :

1. Une lettre pastorale : « La famille et la jeunesse, une espérance ! »

Il m’a semblé utile de proposer aux chrétiens de Paris quelques réflexions sur la situation de la famille et de la jeunesse pour les aider à aborder cette étape en renouvelant leur regard et leur approche.
La famille est aujourd’hui un lieu de grande épreuve. Dans beaucoup de cas, elle est un lieu de souffrance et même parfois de violence. Cependant, les développements de la violence sociale nous permettent de vérifier combien l’expérience familiale est à la fois un creuset pour l’apprentissage de la vie collective et une instance de régulation irremplaçable dans l’éducation des jeunes à la vie sociale. Nous, chrétiens, ne pouvons pas nous contenter de proposer un modèle de la famille, comme si nous étions les dépositaires attitrés de sa réussite, sans nous engager, à tous les niveaux, dans un travail de longue haleine pour aider au développement de meilleures conditions pour la vie familiale.

Nous avons fait beaucoup, et nous faisons encore beaucoup, pour la préparation au mariage et le soutien à un engagement sérieux des époux. Nous savons que cela ne suffit pas. Il faut aussi accompagner les familles dans leur aventure et leurs épreuves. Pour trop d’entre nous, la famille et la jeunesse sont plus vécues comme un problème que comme une espérance. Les difficultés rencontrées par tant de familles comme notre incapacité à intégrer les jeunes dans notre société engendrent souvent le sentiment d’une impuissance définitive à vivre positivement l’expérience familiale. Alors que tous attendent beaucoup de la famille, beaucoup semblent renoncer à réussir en ce domaine.

Devant cette situation paradoxale, nous devons faire l’inventaire de nos espérances et de nos convictions. Notre expérience de la fidélité indéfectible de Dieu inspire et nourrit notre confiance dans la possibilité de vivre nous aussi l’amour dans la fidélité. Cette fidélité de Dieu nous permet d’espérer en la fidélité des hommes, même si celle-ci est toujours une épreuve qui demande un effort persévérant pour être vécue comme un chemin de bonheur.
Notre premier travail dans ce domaine est donc de vérifier et de partager nos convictions et d’accepter d’en porter témoignage. Ensuite nous devons nous convaincre que la bataille n’est pas perdue d’avance et qu’il y a quelque chose à faire, que nous pouvons faire quelque chose. Pour fortifier notre conviction et notre résolution à agir nous avons tous besoin du témoignage les uns des autres. Chacun de nous est capable d’éprouver ses faiblesses. Tous nous avons besoin des autres pour garder notre fidélité. Tous nous avons besoin de nos communautés pour rendre témoignage à la fidélité comme une véritable dimension de l’amour, de tout amour humain.

A partir de ce socle de la fidélité, nos communautés sont invitées à prendre des initiatives pour promouvoir des actions en faveur des familles et de toutes les générations. La lettre pastorale en énumère quelques-unes. Chaque conseil pastoral aura à chercher quoi faire et comment le faire.

Nous voyons bien que notre société a une difficulté particulière avec sa jeunesse. D’un côté, les liens affectifs des parents avec leurs enfants sont vécus et présentés comme prioritaires et ils ne le sont pas toujours d’une manière très réaliste ni très éducative. D’un autre côté, il est clair que la jeunesse dans son ensemble est perçue comme un problème. Si bien que nous pourrions dire, sans trop de paradoxe, que si les Français aiment beaucoup leurs enfants en particulier, ils craignent la jeunesse en général.

Est-ce la pyramide des âges ou la crispation sur une situation économique fragile, je ne sais, mais il n’en faudrait pas beaucoup pour que la jeunesse soit ressentie comme une menace. Or, nous le savons, avant d’avoir trouvé sa place dans la société, un jeune a besoin de confiance. Et c’est la confiance raisonnée qui est le meilleur vecteur de progrès et donc la disposition principale de l’éducation. Comment pratiquons-nous cette confiance envers les jeunes ?

Nous devons nous interroger sur la hiérarchie des priorités dont notre société fait la promotion. A nous voir vivre, à nous entendre parler, à considérer nos choix, à regarder nos « reality-show », quel idéal de vie s’offre à notre jeunesse ?

2. Les assemblées paroissiales.

Le deuxième moyen d’action que je vous propose est de renouveler l’expérience des assemblées paroissiales que nous avons vécues l’an dernier. Malgré les difficultés rencontrées et les succès inégaux, nous avons constaté que ces assemblées ont été un véritable temps de partage et de joie pour les participants. C’est pourquoi je crois qu’il ne faut pas nous résoudre à simplifier le format de ces rassemblements. Instruits par l’expérience, nous pouvons poursuivre ce mode de sensibilisation des fidèles du dimanche à des questions importantes de la vie de nos contemporains, cette opportunité de leur faire découvrir que chacun et chacune d’entre eux compte pour l’action de la communauté, que chacun et chacune peut faire quelque chose.

Je vous rappelle donc les grands repères que nous avions donnés pour ces assemblées et auxquels vous serez attentifs :

  • Une invitation large et répétée pendant plusieurs semaines qui atteigne le plus grand nombre des participants aux messes dominicales, y compris les enfants et les jeunes : on a souligné l’effet positif d’une communication soignée, de courts témoignages de paroissiens au cours des semaines précédentes, d’un envoi en mission des paroissiens pour inviter des nouvelles personnes, ou pour participer aux modules diocésains, etc.
  • Un temps convivial qui permette réellement aux participants de vivre une relation plus personnalisée entre eux.
  • Un temps d’accueil de la Parole de Dieu.
  • Un temps de travail et d’échange au cours duquel on veillera à donner à tous l’occasion de prendre la parole.
  • Un temps de prière.

Les expériences de l’an passé ont montré l’intérêt de faire ces assemblées le dimanche dans la suite des messes du matin.

3. Les modules diocésains de formation.

Comme l’an dernier nous en proposons quatre dont vous trouverez les dates et les lieux dans le fascicule de la lettre pastorale. Je vous rappelle que nous avons mis en œuvre ces modules de formation pour répondre à la demande qui avait été formulée d’une formation commune aidant à mener les différentes actions dans les paroisses. L’expérience de l’année dernière a montré leur intérêt soutenu. Ces modules permettent des échanges féconds sur des textes fondamentaux et ces échanges ont pu être préparés grâce à la mise en ligne des documents avant la rencontre elle-même. A travers l’apport propre à chaque rencontre, les modules permettent en outre de rôder une méthode qui peut aussi servir pour conduire les assemblées paroissiales.

D’autres activités sont aussi proposées pour soutenir la réflexion et l’action au cours de cette année. Je les cite sans espérer être exhaustif : les conférences de Carême 2011 à Notre-Dame de Paris porteront sur la famille, les activités de l’Institut de la Famille, la poursuite du déploiement dans les paroisses des pôles adolescents, des propositions de formation pour les jeunes, des évènements pour la jeunesse (rallye des 6ème, Frat de Jambville, Pèlerinage de Chartres, JMJ à Madrid en août prochain), la veillée pour la vie organisée par les évêques d’Ile-de France le 26 mai 2011 à 20h30 à Notre-Dame de Paris, la marche des Pères de famille le 19 mars et sans doute encore d’autres choses qui seront annoncées sur le site diocésain.

Comme vous pouvez le constater, nous ne risquons pas de manquer de moyens pour mener à bien cette année sur la famille et la jeunesse.

Conclusion

Le but, cette année, n’est pas d’entretenir en nous la nostalgie d’un modèle social disparu et idéalisé. Il est de nourrir et de fortifier notre capacité de dire la bonté et la beauté de la vie familiale, quelles que soient ses épreuves. Dieu nous a voulus homme et femme, il a voulu que l’union de l’homme et de la femme soit source de vie, il a voulu que nous nous engendrions les uns les autres et que nous nous accompagnions au long de la vie. Il a voulu que nous ayons à grandir, à apprendre, que nous ayons longtemps besoin de ceux qui nous ont donné la vie pour trouver notre place en ce monde et il a voulu aussi que nous ayons à nous séparer de nos pères et mères, non pour les honorer moins, au contraire pour les aimer mieux.
Cette année veut nous aider à repérer ensemble l’enjeu spirituel qui se vit dans la famille en ses formes concrètes. Que veut dire « donner la vie » ? Quelle richesse de sens, quelle espérance, portent ces mots tout simples ? Que veut dire être époux, être parents, être fils ou fille, ou frère et sœur… ? Qu’est-ce qui se dévoile de notre commune humanité et que nous pouvons nous aider mutuellement à mieux viser, à mieux chercher à vivre en acte et en vérité ?
La Révélation nous donne un trésor d’intelligence pour comprendre ce que nous vivons et de volonté pour oser correspondre à la richesse de la vie. Nous ne vivons pas pour nous seulement, mais pour faire briller devant les hommes une lumière qui leur donne d’espérer, qui les aide à ne pas sombrer dans la peur de la mort et du manque et de l’injustice.

Chers amis, prêtres et diacres et membres des conseils pastoraux, vous aussi qui êtes engagés dans des mouvements de pastorale familiale, vous diocésains de tous ordres, merci à vous d’être là aujourd’hui. Merci à vous de prendre au sérieux l’invitation que je vous lance au nom de la mission reçue du Seigneur et de préparer les moyens qui permettront à votre communauté eucharistique et paroissiale de vivre au mieux cet approfondissement.

+André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris

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