« Redéfinir l’éducation affective et sexuelle »

PN.-D. - La Région Île-de-France a décidé de mettre en place un « pass contraception » dans les lycées avec le soutien du ministre de l’Éducation nationale. Qu’en pensez-vous ?

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Le cardinal André Vingt-Trois
Photo : Gamil Grogy

Cardinal André Vingt-Trois – L’objectif affiché de cette démarche est de faire baisser le nombre d’avortements d’adolescentes. Cependant, c’est une erreur – hélas largement répandue – d’estimer que l’augmentation de la pratique contraceptive va dans ce sens. C’est même exactement l’inverse ! Les derniers chiffres publiés montrent qu’il n’y a pas plus d’adolescentes enceintes qu’il y a dix ans, mais que le nombre des avortements augmente pourtant. La question n’est donc pas de savoir si on peut éviter les grossesses, mais de s’interroger sur le type d’éducation affective que l’on donne. Cette décision est le symptôme manifeste de l’échec de la pédagogie mise en œuvre dans les établissements scolaires depuis quinze à vingt ans. Si l’éducation affective et sexuelle ne s’était pas faite dans un simple esprit de protection prophylactique, faisant de la relation sexuelle un geste sans signification et dangereux pour lequel il faut se protéger, nous n’en serions pas là !

P.N.-D. - Quelle alternative proposer ?

Cardinal André Vingt-Trois – Si on veut éviter une aggravation de la situation, il faut aider les familles et les établissements à comprendre que le seul moyen d’aider les jeunes dans ce domaine est de leur faire prendre conscience de la pleine dimension de la vie affective et sexuelle et de la responsabilité personnelle qu’elle comporte. Or, tout ce qui est actuellement mis en œuvre s’inscrit dans une logique qui écarte la notion de responsabilité et banalise des relations sexuelles en les situant hors d’un contenu affectif très précis et de tout lien fort entre les personnes. Des « accidents » en résultent, ce qui est très prévisible.

En outre, l’une des difficultés que pose ce « pass contraception » est qu’il exclut de fait les familles des élèves, ainsi que les chefs d’établissement, puisque la circulaire du ministre s’adresse directement aux infirmières et aux médecins scolaires.

P.N.-D. - Dès lors, comment les parents peuvent-ils réagir ?

Cardinal André Vingt-Trois – D’abord en faisant leur travail, c’est-à-dire en accompagnant les adolescents dans leur apprentissage d’une vie affective et sexuelle équilibrée et responsabilisée. Cela implique d’aller à l’encontre d’une dérive largement actée dans les établissements scolaires, qui fantasment sur les risques de la sexualité, sans donner aux jeunes les moyens de l’assumer pour ce qu’elle est.

P.N.-D. - Vous l’avez-dit, les chefs d’établissements sont aussi écartés du processus. Cela veut-il dire que des pass contraception vont être distribués dans les établissements catholiques ?

Cardinal André Vingt-Trois – Non, pas nécessairement. Les chefs d’établissements catholiques sont tout à fait habilités à refuser. La direction diocésaine de l’enseignement catholique s’est d’ailleurs exprimée en ce sens [1]. • Propos recueillis par Clémence Houdaille et Pierre-Louis Lensel

[1Voir le texte sur le site www.ec75.org

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