À l’issue de l’année de commémoration des 500 ans de la Réforme : annoncer ensemble la justification par la foi (décembre 2017)

La Déclaration commune sur la justification signée en 1999 à Augsbourg par l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale est un document souvent évoqué mais sans doute beaucoup moins lu ! Commençons donc par en rappeler le plan et le propos, et voilà aussi les points saillants de cette déclaration que nous ne devons pas cesser d’assimiler pour mieux nous comprendre entre chrétiens et pour annoncer l’unique Évangile du Christ…Cette Déclaration est un moyen pour catholiques et protestants de parler d’une seule voix pour raconter ensemble leur histoire commune, exposer ensemble les positions de départ et évaluer ensemble les positions auxquelles le dialogue les a amenés. Si les théologiens ont fait leur part du chemin, c’est aussi le peuple chrétien qui doit aussi faire le sien patiemment mais résolument, pour redécouvrir la pertinence de la bonne nouvelle de notre justification, afin qu’un jour les pasteurs de l’Église puissent en tirer toutes les conséquences.

La Déclaration commune sur la justification signée en 1999 à Augsbourg par l’Église catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale est un document souvent évoqué mais sans doute beaucoup moins lu ! Commençons donc par en rappeler le plan et le propos. La Communion mondiale d’Églises réformées a officiellement adhéré au consensus œcuménique déjà atteint entre catholiques, luthériens et méthodistes sur la doctrine de la justification. Elle l’a fait en juillet 2017 à Wittenberg. La notion de justification, si elle est centrale, n’est pas la plus évidente à annoncer dans l’évangélisation. La difficulté est liée au vocabulaire non à la réalité du salut en Jésus-Christ qui touche toujours celui qui a soif de Dieu. La justice de Dieu peut être comprise de deux manières : celle qui justifie le pécheur par la grâce et celle qui exprime l’action judiciaire de Dieu. Le débat théologique virulent entre catholiques et protestants a empêché de d’accepter mutuellement la légitimité des points de vue différents. Voilà donc les points saillants de cette déclaration que nous ne devons pas cesser d’assimiler pour mieux nous comprendre entre chrétiens et pour annoncer l’unique Évangile du Christ.

1. Le préambule (1-7)
La doctrine de la justification par la foi est l’article capital et le critère de la foi pour les luthériens (1). Cette déclaration récapitule les acquis du dialogue (4), référencés en annexe (6), les « questions séparatrices » doivent être vérifiées et examinées sous un angle nouveau (7).

2. Le message biblique de la justification (8-12)
La Déclaration passe en revue les thèmes bibliques : le péché de l’homme, sa désobéissance, la justice et le jugement de Dieu (8). Dans le Nouveau Testament, il s’agit de la justice et de la justification, des diverses manières d’évoquer le don du salut à l’intérieur du corpus paulinien (9) : libération, réconciliation, paix avec Dieu, nouvelle création, sanctification en Christ Jésus et justification. Pour saint Paul, la justification du pécheur par la foi est obtenue par la mort et la résurrection du Fils (10). Ensuite, les effets de la justification sont évoqués comme libération de la domination du péché et communion avec Dieu (11) moyennant la foi qui se vit dans le combat spirituel (12).

3. La doctrine de la justification comme problème œcuménique (13)
Le message biblique de la justification a été l’objet d’interprétations et d’applications contradictoires. « Les sciences bibliques, l’histoire de la théologie et l’histoire des dogmes permettent aujourd’hui une compréhension commune. »

4. La compréhension commune de la justification (14-18)
Le point central est le n° 18 qui affirme que la justification est le « lien essentiel à toutes les vérités de la foi ». Mais l’affirmation luthérienne de la centralité de ce critère ne contredit pas « l’interrelation et le sens de toutes les vérités de foi » et la reconnaissance catholique de plusieurs critères n’altère pas « la fonction spécifique du message de la justification ».

5. Le développement de la compréhension commune de la justification
Pour chacun des points, on distingue trois parties : « ce que nous disons ensemble », « ce que les catholiques disent » et « quand les luthériens disent… ».

a) L’incapacité et le péché de la personne humaine face à la justification (19-21)
On n’atteint pas le salut par ses propres mérites ; la justification est opérée par la seule grâce (19). La coopération à la grâce est déjà un effet de la grâce (20). La passivité luthérienne dans la justification s’oppose à la contribution humaine, mais pas « à sa pleine participation personnelle dans la foi » (21).

b) La justification pardonne les péchés et rend juste (22-24)
« Le pardon des péchés et la présence sanctifiante de Dieu sont intrinsèquement liés. » (22) Pour les luthériens, « la justification demeure libre de toute coopération humaine ». Elle ne dépend pas des conséquences de la grâce reçue par le justifié. Les catholiques tiennent à dire que « la grâce de Dieu est toujours liée au don d’une vie nouvelle » (24).

c) Justification par la grâce par le moyen de la foi (25-27)
« Le salut est offert par l’Esprit Saint dans le baptême en tant que fondement de la vie chrétienne du pécheur justifié. » La foi « est active dans l’amour ». Elle produit des œuvres, mais elles ne sont pas cause des mérites pour être justifié (25). Le principe du sola fide « distingue mais ne sépare pas la justification et le renouvellement de la vie (…), il s’agit d’insister sur le fondement qui entraîne la régénération » (26). « Si la compréhension catholique insiste sur le renouvellement de la vie par la grâce justifiante, ce renouvellement de la vie dans la foi, l’amour et l’espérance est toujours dépendant de la grâce de Dieu sans produire une contribution à la justification dont nous pourrions nous enorgueillir devant Dieu. » (27)

d) L’être pécheur du justifié (28-30)
Si le baptême unit l’homme au Christ, le justifie et le renouvelle, il n’en demeure pas moins qu’il doive sa vie durant combattre contre la convoitise du péché, implorer le pardon de Dieu et se convertir perpétuellement (28). Pardonné et pénitent, tel est le paradoxe du croyant à la fois « juste et pécheur ». L’aversion contre Dieu demeure (1Jean 1, 8 et Romains 7, 17-20), mais, par les mérites du Christ, le péché n’est plus dominant dans le justifié, parce que ce dernier est dominé par le Christ (29). La position catholique affirme que par la justification le péché est vraiment extirpé (Romains 8, 1) de l’homme, mais que demeure en lui l’inclination appelée concupiscence. L’aversion à Dieu ne peut être considérée comme un pêché, s’il n’y a pas de participation personnelle à cette aversion. La concupiscence ne mérite pas, dans ce sens, la damnation. Le sacrement de réconciliation opère la réconciliation baptismale, quand le justifié reconnaît un engagement volontaire contre la volonté de Dieu (30).

e) Loi et Évangile (31-33)
Pour Luther, l’usage théologique de la loi accuse et juge le pécheur, mais celui qui se laisse juger peut accueillir l’Évangile de la grâce. Le point de vue catholique affirme que les commandements de droit naturel subsistent, bien que la loi comme telle ne soit pas chemin de salut.

f) La certitude du salut (34-36)
La certitude du salut est affirmée par les Réformateurs dans le cadre de l’épreuve où le fidèle doit mettre sa confiance en Dieu et non en lui-même. C’est en Dieu que se fonde cette certitude. L’accent catholique consiste à ne pas se complaire dans ses faiblesses et donc à mettre en œuvre les signes de conversion.

g) Les bonnes œuvres du justifié (37-39)
Les bonnes œuvres sont les conséquences et les fruits de la justification (37). Le caractère méritoire des œuvres selon la conception catholique signifie que « nous avons une récompense dans les cieux » et que nous avons une responsabilité dans nos actes. Pour les protestants, l’œuvre de salut opérée en Dieu par nous est parfaite et notre récompense est de l’ordre du salaire non mérité (39).

h) La signification et la portée du consensus obtenu (40-44)
La Déclaration souligne d’une part l’atteinte du consensus sur la doctrine de la justification par la foi et d’autre part les différences subsistantes sur les sept points (a à g) qui sont des accentuations particulières (40) légitimes et non exclusives. Les condamnations historiques réciproques ne concernent donc plus la foi luthérienne et catholique sur ce sujet dans leur compréhension actuelle (41).
Cette Déclaration est donc un moyen pour catholiques et protestants de parler d’une seule voix pour raconter ensemble leur histoire commune, exposer ensemble les positions de départ et évaluer ensemble les positions auxquelles le dialogue les a amenés. Si les théologiens ont fait leur part du chemin, c’est aussi le peuple chrétien qui doit aussi faire le sien patiemment mais résolument, pour redécouvrir la pertinence de la bonne nouvelle de notre justification, afin qu’un jour les pasteurs de l’Église puissent en tirer toutes les conséquences.
Père Jérôme Bascoul - décembre 2017

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