Abandonné au Christ

Le P. Benoît Aubert a été nommé vicaire épiscopal pour la pastorale des Jeunes Adultes, à Paris. Une charge qu’il endosse depuis septembre avec surprise mais confiance, après treize riches années passées dans le département de la Seine-Saint-Denis.

À la fin de l’entretien, il se lève, puis se rassoit, vous invitant, gentiment, à faire de même. « Nous allons réciter un Je vous salue Marie, si cela ne vous dérange pas, souffle le P. Benoît Aubert. Pour confier, dans la prière, nos missions respectives. » Moment simple mais beau et qui dit quelque chose de l’homme. À 46 ans, confortable dans son pull bleu clair, les jambes nonchalamment croisées laissant apparaître des baskets en cuir, le P. Aubert admet : « Vous savez, j’ai fini par découvrir que j’étais un pauvre type. Et par me rendre compte que c’est Dieu, Dieu seul, qui agit dans ma vie. Dans nos vies à tous. » Des phrases que l’homme articule sans aigreur mais avec une vraie douceur, après treize années de sacerdoce passées dans le département de la Seine-Saint-Denis.
Une approche simple, spontanée, intuitive de la foi Ordonné en 2006 pour le diocèse de Paris, l’homme qui avait confié à son archevêque son désir « de vivre en communauté » est ainsi envoyé à Villemomble (Seine-Saint-Denis) au sein de la Fraternité missionnaire des prêtres pour la ville (FMPV). Il vit « quatre années heureuses » dans cette « ville de banlieue peuplée de petits pavillons et habitée par une population assez bourgeoise ». Et s’approprie peu à peu la vie de prêtre avec des préoccupations pastorales et des réalités différentes de celles du diocèse de Paris. Il commence à sentir qu’avant toute chose « l’Église a été voulue par le Christ pour permettre la communion entre les hommes et avec Dieu ». Quatre ans plus tard, son intuition se confirme. Il est nommé curé d’Aubervilliers. Le prêtre côtoie alors des cultures très diverses. Il apprécie cette richesse et leur dynamisme particulier. Mais il découvre aussi une profonde misère humaine, des personnes qui vivent une « concentration de situations très compliquées ». Des familles où le père n’existe pas, des difficultés scolaires, des problèmes de logement, des violences conjugales... Le P. Aubert croît ici, en tant qu’homme, en tant que chrétien, en tant que prêtre, profondément marqué par une approche particulière de la foi. Une approche « moins intellectuelle mais plus simple, spontanée, intuitive ». Pour illustrer l’idée, le prêtre se souvient de cet appel, un soir, d’un couple en grande difficulté. « Je suis arrivé chez eux et j’ai commencé à leur parler. La femme m’a répondu : “Père, si nous vous avons fait venir, ce n’est pas pour écouter vos blablas mais pour prier avec nous.” » Auprès de sa communauté paroissiale, le P. Aubert cherche à aider les personnes dans leur découverte et leur amour de Dieu, à les soutenir dans leur situation de vie complexe. Il accompagne des projets : un lancement de maraudes solidaires, l’installation de communautés de quartiers… « Rien d’éclatant, sourit-il. Mais tant mieux. Cela oblige à tout remettre à Dieu. » C’est avec cet abandon et cette humilité qu’il aborde aujourd’hui, dans son bureau mansardé de St-Germain-des-Prés (6e), sa nouvelle mission de vicaire épiscopal pour la pastorale des Jeunes Adultes, à Paris. Pour la remplir, il s’appuie sur la prière, le Christ, la Vierge Marie, sur ses séjours réguliers en Terre Sainte où il accompagne depuis une quinzaine d’années des retraites Bible sur le terrain (BST). Sur la richesse des nombreuses propositions à destination des jeunes existant à Paris. Sur sa grande liberté, gagnée. Abandonné.

Isabelle Demangeat@LaZaab

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