Abus : « Notre appel doit tenir dans la durée »

Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), créée le 8 février, insiste sur l’importance de l’appel à témoignages lancé par la Ciase le 3 juin dernier.

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Jean-Marc Sauvé est président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).
© Olivier Donnars/CIRIC

Paris Notre-Dame – Depuis cet appel à témoignages, lancé le 3 juin, combien de personnes vous ont-elles contacté ?

Jean-Marc Sauvé – En dix jours, nous avons reçu 1100 témoignages. Le nombre de réponses au questionnaire proposé à chaque plaignant nous a surpris : douze avaient été renseignés dès le 3 juin et dix jours après, nous en avions deux cents. Il faut noter que ce questionnaire [réalisé avec le concours de victimes, NDLR], pose, entre autres, des questions ouvertes, et nécessite de prendre au moins quinze minutes pour y répondre… Maintenant, il nous faut faire vivre notre appel à témoignages dans la durée : il ne doit pas se transformer en feu de paille. Il faut que toute personne aujourd’hui en vie, qui a quelque chose à dire concernant des agressions sexuelles subies de la part d’un clerc, d’un religieux ou d’une religieuse, de 1950 à nos jours, sache qu’elle peut être entendue. L’écoute de la parole des victimes répond à deux objectifs : la reconnaissance de leur souffrance et la création d’une base de connaissance pour notre travail d’enquête sur l’ampleur des abus sexuels commis dans l’Église depuis 1950. À ce jour, la grande majorité des témoignages reçus depuis février sont jugés authentiques. Nous pourrions recevoir une dizaine de milliers d’appels.

P. N.-D. – Quelles sont les prochaines étapes de travail de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) ?

J.-M. S. – En parallèle à cet appel, nous allons prochainement recevoir en audition les victimes qui le désirent. Nous ne pourrons recevoir tout le monde, mais nous ne nous limiterons pas à quelques dizaines de victimes non plus. Les prochaines étapes de notre travail vont nous permettre de croiser les témoignages reçus avec l’inventaire des archives des diocèses et des congrégations religieuses, ainsi que celles de la presse, de la justice, et de l’aide sociale à l’enfance. Ensuite, nous irons dans certains diocèses ou congrégations pour corroborer à nouveau nos informations. Il n’y a pas une seule méthode qui permette d’établir avec certitude une vérité sur soixante-dix ans. Nous allons nécessairement devoir arbitrer dans notre travail d’enquête, entre la densité de la recherche et l’urgence du problème à traiter. L’ensemble de nos travaux nous permettra de nous approcher le plus possible de la réalité. Soixante-dix ans d’histoire de l’Église, cela touche la société française dans son ensemble puisque, d’après un sondage que nous avons commandité, les deux tiers de la population majeure de notre pays ont été en relation avec l’Église catholique. En deux ans d’enquête, notre but n’est pas tant de produire un travail exhaustif que de livrer des résultats scientifiques et argumentés, pour que la Conférence des évêques de France et celle des religieuses et religieux de France, qui ont mandaté notre commission, puissent vite tirer les conséquences. À titre comparatif, en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore en Belgique, qui ont conduit des enquêtes similaires, on dénombre 4% à 6% de clercs ou religieux(ses) impliqués dans des affaires d’abus sexuels.

P. N.-D. – Vous avez évoqué récemment la « lourdeur » de votre tâche. Quel est votre état d’esprit ?

J.-M. S. – La tâche est immense. Mais face à un pareil mal, l’important est de permettre à l’Église – et par là même, à la société française –, d’avancer sur un chemin de clarté et de vérité qu’elle a largement amorcé. C’est un travail fondamental pour tous. Il s’agit d’entendre et de prendre la mesure de ce qui a été subi ; et de comprendre les mécanismes qui conduisent à ces abus pour les éradiquer.

Propos recueillis par Laurence Faure

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