Accueillir l’immigré, un acte spirituel

Lors de la dernière Assemblée plénière des évêques à Lourdes, la question des réfugiés a occupé une grande place dans les débats. Si certains catholiques sont inquiets, comme le montre une enquête présentée aux évêques de France, beaucoup attendent une parole claire de l’Église sur ces questions. Les explications de Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris.

Paris Notre-Dame – L’enquête menée par l’association More in common, en partenariat avec l’Ifop, détaille la perception des Français vis-à-vis des migrants [1]. Qu’en ressort-il ?

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Mgr Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris, est chargé de la Pastorale des migrants au sein de la commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église.
© Yannick Boschat

Mgr Denis Jachiet – Cette enquête approfondie fait ressortir trois groupes distincts : les Identitaires nationalistes, opposés à l’accueil des réfugiés (17%) ; un groupe plus ouvert, les Multiculturalistes (30%) ; et un groupe majoritaire ambivalent (53%) qui oscille entre inclusion et exclusion. Ce groupe affiche à la fois une forte réticence face à l’accueil des réfugiés, et en même temps un vrai désir de le faire, car ils sont sensibles à l’obligation morale de la France envers eux. Une autre enquête, à paraître en mai prochain, et portant plus précisément sur la perception des catholiques, montre que parmi ceux-ci, on trouve davantage des personnes prêtes à accueillir les migrants (45%). Et parmi les ambivalents, peu nombreux, 22% de catholiques se sentent en insécurité culturelle, menacés dans leur identité. Ils sont 39% chez les catholiques pratiquants. Ces croyants attendent une parole de l’Église, car ils sont tiraillés entre leur compassion envers les migrants et leur inquiétude face à l’islam. Les évêques réunis à Lourdes en ont bien pris conscience.

P. N.-D. – Comment répondre à ces catholiques inquiets ?

D. J. – La première chose est de préciser l’enseignement de l’Église sur ces questions. Si le pape François parle beaucoup des migrants, il ne fait que répéter ce qu’ont dit ses prédécesseurs. La doctrine de l’Église repose, dans ce domaine, sur trois principes : le premier est le droit à émigrer. Depuis le pape Pie XII, l’Église l’affirme : quand, dans un pays, les conditions de vie ne sont plus suffisantes, toute personne a le droit de partir. Le deuxième principe, c’est de permettre à ceux qui le souhaitent de rester dans leur pays, en leur donnant les moyens d’une vie décente sur place. Nous nous sommes dit entre évêques, qu’il y avait là une action à mener de la part des catholiques. Enfin, l’Église professe le droit et le devoir des gouvernements à réguler les flux migratoires, en vue du bien commun. Y compris en refusant à certains le droit d’entrer sur le territoire national, dans le respect des personnes. L’Église a une voix qui porte car sa parole est libre. Son devoir est donc d’éclairer les consciences et de montrer la marche à suivre en s’engageant dans des actions particulières, au sein des paroisses, des diocèses et au niveau national. Je pense notamment à l’accord signé sur les couloirs humanitaires, afin d’accueillir dans les meilleures conditions des familles de réfugiés en France. Pour nos communautés, c’est une chance de poser des actes en cohérence avec leur foi chrétienne. Et si le Seigneur, dans l’Écriture, nous demande d’accueillir l’immigré, ce n’est pas juste un geste de compassion. C’est aussi un acte spirituel, grâce auquel nous nous reconnaissons nous-même en situation de migrant, de passage sur terre, en attente de notre patrie céleste.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1Les Français et leurs perceptions de l’immigration, des réfugiés et de l’identité. Enquête Ifop menée par l’association More in common (juillet 2017). À retrouver sur www.moreincommon.com

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