L’Église
Catholique
À Paris

Allocution de Jacques Chirac lors de la visite du pape Jean-Paul II en France en 1997

Allocution de bienvenue de Jacques Chirac, Président de la République, à l’occasion de la venue en France pour les XIIe Journées mondiales de la jeunesse du pape Jean-Paul II.

Palais de l’Elysée, le jeudi 21 août 1997

Très Saint-Père,

Voici que pour la septième fois, en dix-neuf ans de pontificat, la France a la joie et l’honneur de Vous accueillir.

L’an passé, Vous avez visité quelques-uns des hauts lieux, parmi les plus émouvants, de notre histoire spirituelle. En Vendée, Vous vous êtes recueilli sur la tombe de saint Louis-Marie GRIGNON de MONTFORT. En Bretagne, Vous vous êtes rendu à Sainte-Anne-d’Auray. A Tours, Vous avez rendu hommage à saint Martin. A Reims, entouré d’une foule immense de fidèles, venus de toutes les régions de France, Vous avez évoqué saint Rémi et Clovis.

Cette visite, Très Saint-Père, reste gravée dans nos mémoires. Nous n’oublierons pas Votre message d’amour, de dignité, de partage et d’espoir. Nous n’oublierons pas la ferveur et l’affection que Vous ont témoignées les catholiques de France. Nous n’oublierons pas non plus Votre rencontre avec les " blessés de la vie ". Vos paroles de réconfort. Vos appels pressants à plus de solidarité dans un monde où se creusent, chaque jour davantage, les inégalités, où se développent les situations de détresse et d’exclusion. Un monde où chacun, accaparé par ses soucis et ses craintes, oublie trop souvent les difficultés de l’autre.

C’est ce même message de fraternité et d’espérance que Votre Sainteté délivrera aux jeunes du monde entier rassemblés à Paris. Après Rome, Buenos Aires, Saint-Jacques-de-Compostelle, Czestochowa, Denver puis Manille, Paris accueille les Journées mondiales de la jeunesse.

Jamais notre capitale, dans son histoire, n’avait vu converger vers elle autant de jeunes. Par centaines de milliers, venus de 140 pays, ils se sont rassemblés pour chanter, prier, dialoguer, partager, dans l’enthousiasme et la joie de leur âge, l’ardeur et l’espérance de leur foi.

Nous savons, Très Saint-Père, la place de la jeunesse dans Votre cœur. Vous avez dit un jour : "Dieu m’a fait la grâce d’aimer passionnément les jeunes".

"Vous êtes mon espérance !" lanciez-Vous, au soir de Votre investiture, aux jeunes réunis place Saint-Pierre. Deux ans plus tard, en visite à Paris, en route vers le Parc des Princes et les 50 000 jeunes qui Vous y attendaient, Vous demandiez au cardinal MARTY de "chauffer le stade". Tâche dont notre regretté François MARTY s’est acquitté avec toute sa chaleur, saluant en Vous le "champion de Dieu".

Depuis, Vous n’avez cessé d’en appeler au dynamisme, à la force et à la générosité de la jeunesse. Ce printemps, à Sarajevo, ville martyre, Vous avez appelé les jeunes à "s’investir tout entiers dans l’édification de la paix". "Haut les cœurs !" lanciez-Vous en juin dernier aux jeunes de Votre Pologne natale. A Beyrouth, Vous avez exhorté les jeunes Libanais à "faire tomber les murs". A tous les jeunes réunis à Paris, Vous dites : "Levez-vous, n’ayez pas peur !".

Vous-même n’avez jamais oublié Votre jeunesse, dans cette Pologne qui ne Vous a jamais quitté. Vos dix-neuf ans, Vous les avez vécus sous un déluge de fer et de feu, dans la terreur, l’oppression, les privations de l’occupation nazie. C’est l’époque où, étudiant à l’université de Cracovie, Vous avez vu tant de Vos camarades et de Vos professeurs arrêtés, déportés, exécutés. "Depuis lors, avez-Vous écrit, je sais ce qu’avoir peur signifie".

Les appels incessants de Votre Sainteté à la paix, au pardon et à la réconciliation, Son message de tolérance et de dignité résonnent en écho à ces heures tragiques. Ce message, Vous le portez dans toutes les parties du monde. Et je connais la préoccupation qui est la Vôtre pour l’Afrique et pour l’Asie.

La jeunesse, c’est le temps des passions et des rêves, de l’optimisme et de l’audace, des idéaux et des engagements. C’est le temps des découvertes, des révélations et des émerveillements.

C’est bien sûr le temps des voyages. Vous-même, à vingt-six ans, avez quitté la Pologne pour visiter l’Europe. "Alors, racontez-Vous, j’ai vu des villes que je ne connaissais que par les livres : Prague, Nuremberg, Strasbourg puis Paris".

Mais la jeunesse est aussi le temps des inquiétudes et des doutes. Comme l’a écrit Sa Sainteté Paul VI, nous vivons une époque à la fois "merveilleuse et inquiétante", où s’accomplissent les transformations les plus profondes et les plus rapides, mais où se développent aussi trop souvent l’individualisme et l’indifférence.

Chacun s’interroge, et d’abord les jeunes. Parce qu’ils sont naturellement ouverts, tolérants, épris de justice. Parce qu’ils ont le goût de l’échange et se sentent portés vers l’autre. Parce qu’ils refusent les préjugés, les fanatismes, la haine et la violence. Et parce qu’à l’âge où l’on se nourrit de projets, eux sont cruellement confrontés aux incertitudes de l’avenir.

Bien sûr, être jeune est toujours la plus grande des chances. Et les possibilités qu’offre notre monde aujourd’hui, sont innombrables à qui sait les saisir.

Mais beaucoup de questions, beaucoup de problèmes se posent aux jeunes avec acuité. Le chômage, bien sûr, qui frappe un grand nombre d’entre eux. La violence, contre les autres et contre soi-même, le suicide, la drogue. Le désarroi profond sécrété par nos sociétés modernes, une compétition précoce, un horizon incertain. Parfois, le manque d’écoute des adultes plongés dans leurs difficultés. Le sentiment d’injustice éprouvé devant les situations de détresse que connaissent tant de pays dans le monde. La question enfin de l’environnement et de la nécessaire sauvegarde des beautés et des richesses de notre terre.

Les jeunes d’aujourd’hui sont conscients et responsables. Pour beaucoup d’entre eux, en attente de réponses, Vous êtes un guide, une référence.

C’est pourquoi ils ont été si nombreux, Très Saint-Père, à répondre à Votre appel. Ils ont pu découvrir alors un peu de l’âme de notre pays, rencontrer sa culture, ses traditions, ses richesses artistiques, son patrimoine spirituel et humain. Certains d’entre eux, venus de pays proches de la France en vertu d’une histoire partagée, accomplissent ici un pèlerinage aux sources. Aujourd’hui, tous s’apprêtent à Vous accueillir.

De grands moments marqueront ce rassemblement de la jeunesse catholique du monde.

Tout à l’heure, Très Saint-Père, sur le parvis des Droits de l’homme, Vous rencontrerez des jeunes déjà marqués par les difficultés de la vie. Vous prierez pour le Père Joseph WREZINSKI, fondateur du mouvement ATD-Quart-Monde qui chaque jour, en France, vient en aide aux plus démunis.

Cet après-midi, sur le Champ-de-Mars, Vous entendrez les musiques des 140 pays représentés aux Journées mondiales de la jeunesse.

Demain, à Notre-Dame de Paris, Vous élèverez à la gloire des autels un fils de notre terre : Frédéric OZANAM.

Parmi les premiers, dépassant les querelles de son temps, il perçut la convergence profonde du message évangélique et des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité sur lesquelles s’est fondée la République. Parmi les premiers, il pressentit la nécessité de leur rapprochement. Il appela les chrétiens de France à s’engager de toute leur force dans la vie de la Cité. Sa vie, Frédéric OZANAM l’aura consacrée - je le cite - à "faire passer le message du Christ dans la République".

En béatifiant Frédéric OZANAM, en faisant entrer cette grande figure laïque parmi les bienheureux et les saints, Vous adressez un message de courage et d’engagement aux catholiques de France.

Samedi, des centaines de milliers de jeunes, soutenus de cœur et d’esprit par des millions d’autres de par le monde, et par les Parisiens qui le souhaitent, s’uniront dans une grande chaîne de la fraternité. Ils rappelleront ainsi ce monde de paix et d’entraide que les chrétiens du monde entier veulent bâtir avec tous les hommes de bonne volonté, quelles que soient leur religion ou leurs croyances.

Enfin, dimanche, c’est près d’un million de fidèles qui sont attendus.

Ce seront là des moments forts, des moments de partage et d’engagement.

Très Saint-Père, au seuil de cette nouvelle visite pastorale, mon épouse et moi-même formons les vœux les plus fervents pour Votre Personne et pour le succès de ces XIIe Journées mondiales de la jeunesse qui honorent Paris et qui sont un événement pour les chrétiens du monde entier. Bienvenue chez nous et bienvenue à tous ces jeunes qui, dans l’enthousiasme et dans la foi, ont répondu à Votre appel.

Source : http://www.jacqueschirac-asso.fr/archives-elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/discours_et_declarations/1997/aout/fi003418.html

Discours du pape Jean-Paul II lors de la rencontre avec le Président de la République, M. Jacques Chirac

Monsieur le Président de la République,

1. Votre accueil et vos paroles me touchent vivement, alors que j’ai la joie de retrouver une nouvelle fois la terre de France à l’occasion de la Douzième Journée mondiale de la Jeunesse. Je vous suis particulièrement reconnaissant pour les attentions délicates que vous me témoignez ; et je suis sensible à la présence des nombreuses personnalités qui ont bien voulu prendre part à cette cérémonie.

Il était naturel qu’un jour les jeunes catholiques, représentant leurs camarades de plus de cent trente pays du monde, désirent se rassembler à Paris. Avec eux, je vous remercie, Monsieur le Président, ainsi que les autorités et les services de l’État, de la compréhension manifestée à leur égard. Qu’ils appartiennent à des nations européennes proches ou à des nations d’autres continents, tous sont heureux d’être reçus par les Français de tous âges et de découvrir la valeur de vos traditions spirituelles et culturelles dont ils pourront mieux apprécier l’importance pour l’histoire et pour l’Église, tout en percevant leur influence encore aujourd’hui.

2. En m’adressant à vous, Monsieur le Président, aux premières heures de mon séjour, je tiens à saluer cordialement tous les Français, auxquels je souhaite de connaître la prospérité et de continuer à mettre au service de leurs frères dans leur pays et sur tous les continents leurs qualités et leurs idéaux.

De nombreux jeunes du monde ont été accueillis ces derniers jours dans les différentes régions de France, et ils sont maintenant réunis à Paris. Je tiens ici à dire toute la gratitude de l’Église pour l’hospitalité généreuse accordée à ces visiteurs dans les départements et maintenant en Île-de-France. Et je remercie particulièrement les parisiens et les franciliens qui, sans doute au prix de certains inconvénients, permettent à leurs hôtes de vivre ces jours dans les meilleures conditions possibles.

3. Dans une circonstance aussi exceptionnelle, je suis heureux de retrouver les fidèles de France, gardant le souvenir de l’accueil chaleureux qu’ils m’ont réservé plusieurs fois déjà, et notamment en septembre dernier. Avec la Journée mondiale, deux événements marquent particulièrement cette année pour les catholiques français : je pense d’abord au centenaire de la mort de sainte Thérèse de Lisieux, haute figure spirituelle connue et aimée dans le monde entier, que les jeunes de tous les peuples ont justement célébrée ; d’autre part, demain, j’aurai la joie de proclamer bienheureux Frédéric Ozanam, apôtre d’une charité respectueuse de l’homme, et aussi analyste clairvoyant des problèmes sociaux. Ces deux personnalités différentes sont, parmi tant d’autres, des témoins de l’apport fécond des catholiques de France à l’Église universelle.

4. Ma venue à Paris marque une nouvelle étape dans une sorte de vaste itinéraire parcouru avec les jeunes à travers le monde depuis douze ans maintenant, pour un échange toujours renouvelé avec eux. Ils viennent fortifier ensemble leur volonté de bâtir un monde plus hospitalier, un avenir plus pacifique. Beaucoup d’entre eux, dans leur région et dans leurs nations, éprouvent les souffrances qu’entraînent des conflits fratricides et le mépris de l’être humain ; trop souvent, ils se heurtent à la précarité de l’emploi, à une pauvreté extrême ; leur génération cherche avec difficulté non seulement un minimum de moyens matériels, mais encore des raisons de vivre et des objectifs qui motivent leur générosité. Ils se rendent compte qu’ils ne seront heureux que bien intégrés dans une société où la dignité humaine est respectée et la fraternité réelle. Ils ont ici une occasion privilégiée de mettre en commun leurs aspirations et de se communiquer les uns aux autres les richesses de leurs cultures et de leurs expériences.

Leur recherche a pour ressort intime une interrogation d’ordre spirituel qui les a poussés à prendre leur bâton de pèlerin, à l’image de leurs devanciers qui traversaient les continents en artisans de paix, en frères des hommes et en chercheurs de Dieu.

5. Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, merci d’avoir compris l’importance de ce vaste rassemblement de l’espérance dans votre insigne capitale. Je suis convaincu que les efforts consentis pour recevoir ces hôtes si divers produiront des fruits durables tant pour vos hôtes que pour vos compatriotes.

En vous exprimant à nouveau ma gratitude personnelle, j’invoque de tout cœur sur vous-même et sur tout le peuple français les bienfaits des Bénédictions divines.

Source : https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/speeches/1997/august/documents/hf_jp-ii_spe_19970821_arrivo-paris.html

Jacques Chirac et l’Église

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