Cardinal André Vingt-Trois : ce « grand bonheur d’avoir dit oui »

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris, fêtera, le 28 juin prochain, ses 50 ans de sacerdoce. Il livre à Paris Notre-Dame quelques impressions sur ses premières années de prêtrise et sur un demi-siècle de mission.

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© Karine Dalle

Paris Notre-Dame – Qu’est-ce qui vous vient spontanément en tête quand vous repensez à votre ordination à Notre-Dame, le 28 juin 1969 ?

Mgr André Vingt-Trois – Cette impression tout à fait particulière de ne plus être un participant ordinaire de la liturgie. Je devenais un des éléments au cœur de l’action liturgique et j’étais totalement plongé dedans ; donc, d’une certaine façon, je n’étais pas un très bon témoin de ma propre ordination : je n’analysais pas ce qu’il se passait. Physiquement, le souvenir marquant est l’imposition des mains des prêtres présents. C’était à la fois impressionnant et encourageant, car on sentait qu’on était agrégé à un presbyterium, et que notre aventure, nous n’allions pas la vivre seuls.

P. N.-D. – Quelle conscience aviez-vous alors de votre ministère ?

A.V.-T. – J’avais surtout une conscience très claire de ce que mon ministère ne serait pas. Les curés que j’avais connus étaient issus de la fin du XIXe siècle, ils appartenaient à l’ancien monde. Je savais déjà que la suite ne serait pas pareille.

P. N.-D. – Qu’est-ce qui se joue au moment où l’homme est consacré prêtre ?

A.V.-T. – On prend conscience, de manière diffuse, qu’on n’est plus le séminariste ni le diacre de la veille. Le prêtre est investi de quelque chose qui le dépasse ; et qui ne peut se réaliser que s’il est là, à l’autel, dans le confessionnal… Il est ordonné, consacré, garant de la parole du Christ. Le prêtre n’est pas un type qui monte sur scène, jouant son rôle. Ses paroles sont opératoires : « Ceci est mon corps livré pour vous » ; « Je te pardonne tous tes péchés »… Il n’est pas le Christ mais il parle et agit en son nom.

P. N.-D. – Un souvenir de vos débuts ?

A.V.-T. – Lorsque le P. Jean ­Marie Lustiger, qui était devenu mon curé dès octobre 1969, m’a aidé concrètement à m’exprimer devant une assemblée, à construire mes homélies. Il m’écoutait et il me disait : « Il faut que tu changes ta manière de faire. » Cela passait par des choses très simples, comme renoncer complètement à avoir un texte sous les yeux : accepter, ainsi, de ne plus avoir de protection physique.

P. N.-D. – Que souhaiteriez-vous dire aux futurs prêtres ordonnés ce 29 juin ?

A.V.-T. – Si je devais donner un conseil, ce qui serait bien prétentieux de ma part, ce serait de ne pas fantasmer sur ce qu’ils feront et de ne pas écrire un scénario dont ils se rendraient ensuite esclaves. Qu’ils soient convaincus que ce qu’ils ont à apporter ne sont pas d’abord leurs idées mais bien la parole du Christ. Un bon prédicateur doit pouvoir susciter une rafale de questions.

P. N.-D. – Que pouvez-vous nous dire sur cinquante années de sacerdoce ?

A.V.-T. – Un demi­-siècle, c’est long ! (rires) Au fil de mes fonctions successives – que je n’ai jamais choisies –, j’ai toujours reçu un grand bonheur d’avoir dit oui, comme vicaire en paroisse, comme directeur au séminaire Saint­ Sulpice d’Issy­-les­Moulineaux (Hauts de­ Seine), vicaire général puis évêque… J’ai aussi eu la grâce d’avoir des relations authentiques avec mes supérieurs, des cardinaux François Marty et Jean­-Marie Lustiger, aux papes Jean­-Paul II, Benoît XVI et François. Au bout de cinquante ans, peut­-être que l’on peut dire que l’on est pétri des exigences internes de sa mission : s’efforcer de regarder et d’écouter chaque personne avec nouveauté ; être convaincu que ce qui compte le plus, ce n’est pas ce que je pense, mais ce que Dieu veut faire.

Propos recueillis par Laurence Faure

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