Cardinal Koch : "Entre juifs et chrétiens, aucune querelle d’héritage"

Le cardinal suisse Kurt Koch s’est exprimé, le 16 mars 2016, à l’occasion de la “Thomas-Akademie 2016” de l’Université de Lucerne sur le thème “Juifs et chrétiens : deux façons de lire la Bible en dialogue”. Le cardinal a émis l’espoir que les juifs et les chrétiens puissent apprendre les uns des autres dans le respect mutuel. Les juifs sont pour les chrétiens les « premiers propriétaires » des saintes écritures. « Il ne faut pas les déshériter, car c’est également à nous, chrétiens qu’est confié ce patrimoine. » Ainsi, entre juifs et chrétiens il n’existe pas de querelle d’héritage, mais plutôt un dialogue approfondi sur cet héritage commun et un enrichissement mutuel à travers les différentes façons de lire les écritures saintes, a conclu le prélat suisse.

Le cardinal suisse Kurt Koch s’est exprimé, le 16 mars 2016, à l’occasion de la “Thomas-Akademie 2016” de l’Université de Lucerne sur le thème “Juifs et chrétiens : deux façons de lire la Bible en dialogue”. L’exposé du président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, qui a été évêque de Bâle et pendant longtemps professeur à l’Université de Lucerne, a suscité un grand intérêt et eu un large écho dans l’assistance.

« Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable », a rappelé le cardinal Koch à la Faculté de théologie lucernoise. Comme l’a souligné la Commission biblique pontificale, cela signifie que sans l’Ancien Testament, « le christianisme serait comme une plante sans racines, vouée à se dessécher ». Le cardinal, qui est également président de la Commission pontificale pour les relations religieuses avec les juifs, a relevé qu’entre les juifs et les chrétiens n’existait aucun conflit à propos de cet héritage biblique. Il est pour lui bien plus nécessaire d’instaurer un dialogue respectueux dans lequel les deux parties pourraient apprendre l’une de l’autre.

La venue du cardinal, qui réside à Rome, à l’occasion de la traditionnelle “Thomas-Akademie”, constituait une sorte de « match à domicile ». L’auditoire a ainsi accueilli quelque 300 participants, parmi lesquels se trouvait Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, qui n’aurait pour rien au monde manqué la présentation de son prédécesseur.

Brouille entre la synagogue et l’église
Le cardinal Koch a tout d’abord parlé du processus d’éloignement « entre la synagogue et l’église », c’est-à-dire entre le judaïsme et le christianisme dans un contexte historique plus large. La destruction du second temple de Jérusalem par les Romains, en l’an 70, constitue à cet égard une rupture décisive. Pour les Juifs, cet événement a représenté une « terrible catastrophe », a rappelé l’ancien évêque de Bâle, parce que le temple et les sacrifices étaient au centre de leur vie religieuse. « Cet événement potentiellement destructeur pour l’identité juive a eu comme conséquence que les sadducéens, dont la vie et le travail étaient complètement liés au temple, n’ont pas pu survivre à sa destruction ». Parmi les courants juifs existant à l’époque de Jésus, les pharisiens ont été par conséquent les seuls encore en mesure de lire et d’interpréter les écritures sacrées sans temple ni sacrifices.

La racine primordiale du christianisme
Dans le dialogue judéo-chrétien, on ne peut se passer de clarifier la relation entre le Nouveau Testament et celui que l’on nomme « L’Ancien », a indiqué le cardinal. Ceci afin de déterminer la question de l’unité et de l’altérité, ou de la continuité et de la discontinuité entre le christianisme et le judaïsme. Les saintes écritures du peuple juif constituent une partie intégrante de la Bible chrétienne. Elles y prennent une place très importante, de sorte qu’il existe une appartenance commune profonde et un lien de parenté intrinsèque entre le judaïsme et le christianisme, a assuré le prélat suisse.

La foi chrétienne confesse que Dieu entend conduire tous les peuples au salut
La racine primordiale du christianisme réside ainsi dans l’Ancien Testament. S’impose donc en conséquence que la Commission biblique pontificale a condensé comme conviction de foi élémentaire : « Sans l’Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher. »

Par conséquent, un abandon par les chrétiens de l’Ancien Testament ne signifierait pas seulement la destruction d’une relation positive avec les juifs, mais il blesserait également le christianisme lui-même, au niveau de ses racines, a souligné Mgr Koch.
Le cardinal a ensuite rappelé qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule voie de salut : « Puisque Dieu n’a jamais révoqué son alliance avec Israël, son peuple, il ne peut pas y avoir deux voies ou approches différentes menant au salut de Dieu. » Les directives et instructions pour la mise en œuvre de la déclaration conciliaire “Nostra Aetate” pour les relations religieuses avec les juifs, publiées en 1974, stipulent ainsi que l’Église et le judaïsme « ne sauraient être présentées comme deux voies parallèles de salut ». Ainsi, « La foi chrétienne confesse que Dieu entend conduire tous les peuples au salut ».

Juifs et chrétiens peuvent apprendre les uns des autres
Le cardinal Koch a souligné dans son discours la nécessité d’un dialogue judéo-chrétien engagé. Pour une meilleure compréhension entre juifs et chrétiens, il est d’une importance cruciale, « que la trinité chrétienne soit comprise non comme un complément à la conception juive d’un Dieu unique, et certainement pas comme sa trahison, mais comme une modification essentielle du monothéisme juif et donc comme un développement conséquent de la conception juive de l’unité de Dieu », a poursuivi Mgr Koch.

Le cardinal a émis l’espoir que les juifs et les chrétiens puissent apprendre les uns des autres dans le respect mutuel. Les juifs sont pour les chrétiens les « premiers propriétaires » des saintes écritures. « Il ne faut pas les déshériter, car c’est également à nous, chrétiens qu’est confié ce patrimoine. » Ainsi, entre juifs et chrétiens il n’existe pas de querelle d’héritage, mais plutôt un dialogue approfondi sur cet héritage commun et un enrichissement mutuel à travers les différentes façons de lire les écritures saintes, a conclu le prélat suisse.
17.03.2016 par Benno Bühlmann, cath.ch/traduction et adaptation : Raphaël Zbinden
Source : cath.ch-apic/bbü/rz

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