CCNE : « Son avis décrit un monde dont nous ne voulons pas »

Alors que la confédération nationale des Associations familiales catholiques (AFC) était auditionnée à l’Assemblée nationale, mardi 2 octobre, dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, Bertrand Lionel-Marie, avocat et responsable du secteur bioéthique des AFC, revient sur l’avis du Comité consultatif national d’éthique rendu public le 25 septembre dernier.

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Bertrand Lionel-Marie, avocat, est responsable du secteur bioéthique de la confédération nationale des Associations familiales catholiques.
© Laurence Faure

Paris Notre-Dame – Quelle a été votre réaction à la lecture de l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rendu public le 25 septembre ?

Bertrand Lionel-Marie – C’est une grande déception. En tant que citoyen, on peut se demander à quoi ont pu servir les débats publics des États généraux de la bioéthique (EGB), durant lesquels nous avons entendu des points de vue divergents, mais réfléchis et raisonnables. Mon sentiment est que ces réserves et ces interrogations sur un certain nombre de sujets graves ont été balayées d’un revers de main. L’opposition massive à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, exprimée sur la plateforme internet des EGB [1], n’est, par exemple, pas retranscrite dans cet avis. Le texte justifie l’extension de la PMA comme réponse à « une souffrance » et rappelle que la technique utilisée « n’implique pas de violence dans les relations entre les différents acteurs ». Mais quel est l’outil de mesure objectif de la souffrance de l’homme ? Quant à la violence, n’y en a-t-il pas une à priver un enfant de père ; un enfant qui recherchera un jour son origine, demandant réparation pour le préjudice subi, comme le droit le permet déjà ? N’y a-t-il pas violence faite aux hommes réduits à devenir des fournisseurs biologiques, ou encore aux médecins, à qui on fait injonction de répondre aux désirs individuels et non plus de prendre soin ?

P. N.-D. – Vous parlez, en somme, d’un nouveau paradigme culturel et médical. Qu’implique-t-il selon vous ?

B. L.-M. – Il s’inscrit, selon moi, dans la logique d’un eugénisme libéral. Concernant l’extension de la PMA, si nous faisons aujourd’hui sauter le critère d’infertilité des couples hétérosexuels pour répondre aux désirs de femmes seules ou en couple, d’autres critères pourraient bientôt sauter. L’ouverture de l’avis à l’élargissement du diagnostic génétique préconceptionnel, du diagnostic préimplantatoire et du diagnostic prénatal non invasif, est également significative. C’est ici la logique du « zéro risque » qui gagne, celle qui répond au besoin de créer des êtres normalisés, standardisés. Mais si nous suivons ce paradigme, quel regard notre société portera-t-elle sur les personnes « hors-standard », handicapées ?

P. N.-D. – En tant que catholique, comment se saisir de cet avis ?

B. L.-M. – On croit souvent que la bioéthique est l’affaire de spécialistes, or elle concerne tous les citoyens et toutes les familles, qui sont le sanctuaire de la vie naissante et de la vie déclinante. Nous serons, en tant que chrétiens, d’autant plus audibles que nous serons cohérents avec notre foi et notre manière de vivre, et présents auprès des souffrants. Parmi ces derniers, ces femmes seules ou en couple, désirant un enfant. Une souffrance totalement recevable. Pour autant, si l’amour nous oblige, la vérité aussi : un droit accordé ne peut être déconnecté d’une responsabilité associée envers l’homme. Cet avis décrit un monde dont nous ne voulons pas : ni fraternel, ni juste, mais froid et standardisé. Alors manifestons-le, chacun selon nos charismes, nos affinités et nos talents. La question qui se pose à nous depuis toujours et pour toujours reste la même : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Gn 4, 9-10).
Propos recueillis par Laurence Faure.

[1Dans une enquête du 6 juin 2018, La Vie relevait, sur le site etatsgenerauxdelabioethique.fr, 97% de votes opposés à la sortie de la PMA du cadre strictement médical de la lutte contre l’infertilité.

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