« Ce pape n’est pas un politique mais un mystique ! »

P. N.- D. - Le pape François a accordé aux revues culturelles jésuites une longue interview. Qu’est-il intéressant d’en retenir sur ce que le Pape montre de lui-même ?

P. Matthieu Rougé, curé de St-Ferdinand – Ste-Thérèse de l'Enfant-Jésus (17e)
P. Matthieu Rougé, curé de St-Ferdinand – Ste-Thérèse de l’Enfant-Jésus (17e)
© Pierre-Louis Lensel

P. Matthieu Rougé - Ce qui me frappe dans cet entretien, c’est que les souhaits du pape François pour l’Église et pour le monde s’enracinent dans la profondeur de son expérience spirituelle. Les auteurs – souvent français – qu’il cite sont significatifs : Henri de Lubac, le grand théologien qui a contribué à faire percevoir l’Église comme un « mystère », c’est-à-dire une réalité spirituelle et pas seulement une organisation ; Louis Lallemant, le maître spirituel jésuite du XVIIe siècle dont l’enseignement est centré sur la docilité à l’Esprit Saint ; Joseph Malègue, romancier un peu oublié du début du XXe siècle, qui a chanté la puissance de l’Esprit de conversion face aux remises en cause de la modernité. Les observateurs qui interprètent les propos du Saint-Père en termes politiques (rupture, ouverture…) sont prisonniers de leur grille de lecture restrictive. Le pape François se situe et nous situe dans une logique mystique d’approfondissement et de conversion.

P. N.- D. - Les médias,qui en ont beaucoup parlé, ont mis l’accent sur les aspects moraux. Y a-t-il des éléments nouveaux ?

P. M. R. - Sur les sujets sensibles (respect de la vie, promotion du mariage, mystère de l’homme et de la femme), le pape François assume délibérément la même fermeté de fond que ses prédécesseurs mais il le fait à sa manière souriante et chaleureuse de Sud-Américain. Si Benoît XVI abordait spontanément les grandes questions par la porte de la raison, François commence par pousser celle du cœur : il y a donc deux styles au service d’un même message. Le pape François a également le souci, particulièrement salutaire pour l’évangélisation aujourd’hui, que la variété des repères de la foi et de la morale soient d’abord ressaisis dans la simplicité de l’annonce enthousiaste de l’amour rédempteur du Christ.

P. N.- D. - Comment cette interview peut-elle nous aider à progresser dans notre vie spirituelle ?

P. M. R. - Tout ce que le pape François nous dit de sa propre vie spirituelle est particulièrement stimulant. Avec simplicité, il évoque ses longs temps de prière silencieuse chaque matin et chaque soir, mais aussi sa confiance en la Vierge Marie. On se rappelle qu’il s’est rendu en pèlerinage à Sainte-Marie-Majeure dès l’aube, le lendemain de son élection, et qu’il est allé y prier à nouveau, à son retour des JMJ de Rio, avant même de rejoindre le Vatican. Nous avons beaucoup à recevoir de cette exigence spirituelle et de cette ferveur. Il est également touchant de retrouver dans le texte écrit du Saint-Père la chaleur qu’il met dans tous ses contacts, la « tendresse » dont il a fait l’éloge, en référence à saint Joseph, lors de la messe d’inauguration de son pontificat. Ainsi le pape François nous invite-t-il par l’exemple à cultiver la délicatesse et la cordialité en dehors desquelles nous ne pouvons pas nous prétendre chrétiens. • Propos recueillis par Anne-France Aussedat

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