« Celui qui est sans défense est le plus saint aux yeux de Dieu »

L’Église nous invite, le 28 décembre, juste après Noël, à célébrer la fête des saints Innocents. Pourquoi ? Les réponses du P. Denis Dupont-Fauville, chanoine de Notre-Dame et professeur à la Faculté Notre-Dame.

Paris Notre-Dame – Pourquoi l’Église a-t-elle choisi de célébrer le massacre des saints Innocents ?

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P. Denis Dupont-Fauville, chanoine de Notre-Dame et professeur à la Faculté Notre-Dame
© Isabelle Demangeat

P. Denis Dupont- Fauville – Les saints Innocents sont les premiers hommes mis à mort directement à cause de Jésus. En ce sens, ces enfants sont les premiers martyrs. Cela nous met face à un problème fondamental : comment peut-on mettre à mort des innocents ? C’est un drame. C’est le mystère de l’innocence sacrifiée pour l’intérêt des puissants, par soif de pouvoir ou d’argent. Il est tellement plus facile de frapper, supprimer celui qui est face à moi pour me rassurer sur mon pouvoir, ma force, ma domination, ma richesse. Célébrer cet événement peut nous aider à réfléchir sur le statut des tout-petits. L’Église montre qu’ils sont saints. C’est une manière de se rappeler qu’aucune vie n’est inutile, sans intérêt pour Dieu. Au contraire, celui qui est sans défense est le plus saint aux yeux de Dieu. Cela peut peut-être nous interroger sur la façon dont nous et notre société respectons les plus faibles.

P. N.-D. – Pourquoi Dieu permet-il cette injustice absolue ?

D. D.-F. – L’injustice absolue qu’est la mort de l’Innocent nous renvoie « sans filtre » au scandale absolu qu’est la mort, auquel nous avons fini par nous habituer. Or, l’homme n’est pas fait pour la mort. La mort est contre l’homme. Et c’est exactement de cela que Jésus est venu nous sauver. Le paradoxe est que cela commence par un bain de sang : celui de ces enfants. Nous pourrions être tentés de nous dire que c’est d’autant plus injuste que Jésus a échappé à ce bain de sang. Mais il lui a échappé pour connaître bien pire : pour pouvoir grandir afin d’être crucifié après n’avoir fait que le bien. En étant mis à mort, ces enfants sont les symboles du Christ, le parfait Innocent que nous mettons à mort. C’est comme si on avait tué le bébé de la crèche. Par ailleurs, je crois qu’il est important de souligner que c’est Hérode, un tiers, qui commet ce mal. Cela veut dire que le mal n’est pas en nous, intrinsèquement. Mais qu’il nous frappe. L’ennemi est extérieur à nous. Évidemment, si nous en devenons complices, il devient intérieur à nous. Mais cela rappelle que nous ne naissons pas mauvais. C’est un engrenage humain qui fait que nous agissons comme nous pouvons et que, de temps en temps, nous dérapons.

P. N.-D. – Comment vivre cette fête liturgique aujourd’hui ?

D. D.-F. – Il faut déjà comprendre qu’en fêtant les saints Innocents, on ne prie pas pour ces enfants – ils sont déjà saints – mais que nous prions avec eux, pour les meurtriers. Pour que ceux-là échappent à la seconde mort, la vraie mort – le refus de Dieu. Bien entendu, c’est aussi l’occasion d’avoir une pensée pour les personnes mortes en bas âge. Cela nous rappelle également que ce qu’on fête à Noël n’est pas d’abord ce bébé entre l’âne et le bœuf. Mais bien le fait que ce bébé est venu nous sauver, nous tous. Et éternellement.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat

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