Certains réformés suisses déçus par le changement dans le Notre Père

Une modification de la traduction de la principale prière du christianisme a été prise – pour la formule prononcée par l’assemblée – unilatéralement par les catholiques romains. Les réformés feront savoir qu’ils n’ont pas apprécié cette manière de faire. La discussion est ouverte quant à savoir s’ils adopteront ce changement.
Nous rappelons la communication du CECF en 2013 à ce sujet .

Une modification de la traduction de la principale prière du christianisme a été prise – pour la formule prononcée par l’assemblée – unilatéralement par les catholiques romains. Les réformés feront savoir qu’ils n’ont pas apprécié cette manière de faire. La discussion est ouverte quant à savoir s’ils adopteront ce changement.

« Une décision prise de manière unilatérale dont nous avons été informés par les médias », c’est ainsi que Xavier Paillard, président du Bureau exécutif de la Conférence des Églises réformées romandes (CER), a qualifié la décision des catholiques romains de modifier le texte français du Notre Père.

Depuis 1966, les chrétiens francophones recourent tous à la même traduction de la prière enseignée par Jésus et rapportée par l’Évangile selon Matthieu. Dans ce texte, que la plupart des croyants connaissent par cœur, la sixième demande apparaît comme « Ne nous soumets pas à la tentation ». Une traduction qu’il est question de changer depuis plus de vingt ans en « Ne nous laisse pas entrer dans la tentation ».
« Ce changement devait concerner la Bible liturgique. Il n’a jamais été question que cela concerne le missel et le texte dit par l’assemblée* », a rappelé Xavier Paillard. Mais le 1er juin, en trois phrases noyées dans un long communiqué de presse reprenant l’ensemble des décisions prises lors de leur dernière assemblée, la Conférence des évêques suisses a annoncé ce changement liturgique qui entrera en vigueur le 3 décembre. Xavier Paillard a donc demandé l’ajout d’un débat sur cette question à l’ordre du jour de l’assemblée générale de la CER qui se réunissait samedi à Morat.

Décision de faire savoir sa déception
« Je suis surpris de votre étonnement », a plaidé le pasteur Gilles Cavin, membre du Conseil synodal de l’Église réformée évangélique du canton du Valais. Pour lui, cette décision était attendue de longue date. « Les réformés auraient pu s’impliquer davantage plutôt que d’attendre et de faire les vierges effarouchées une fois la décision prise. » Toutefois, pour la majorité de l’assemblée, il était clair que le changement de traduction ne concernerait pas le texte dit. Il a donc été décidé que le Bureau, en lien avec la Fédération des Églises protestantes de Suisse, ferait savoir sa déception à la Conférence des évêques.

Reste à savoir si les protestants adopteront la nouvelle formulation. Une question qui soulève le problème de l’autorité apte à prendre une telle décision. Si pour l’Église protestante de Genève cela ne pose pas de problème : « la Compagnie des pasteurs est l’autorité théologique de notre Église », explique le président Emmanuel Fuchs, Xavier Paillard, également président du Conseil synodal vaudois avoue : « J’ai cherché dans notre Règlement, mais je ne sais pas trop qui peut prendre ce genre de décision. » Reste que, pour beaucoup, la question ne revêt pas une importance primordiale. Le risque de cacophonie lors de la prière, lorsque l’assemblée est mixte, est relativisé par un délégué du Jura-Jura bernois : « Les deux formules ont le même nombre de pieds ! »
Protest info - Juin 2017

Note de la rédaction  :
À l’annonce de la publication par l’Église catholique d’une version révisée de La Bible. Traduction officielle liturgique, et surtout en raison d’un changement opéré dans la traduction du texte biblique du Notre Père au chapitre 6 de l’évangile de Matthieu, des réactions contrastées ont été exprimées, notamment dans les milieux œcuméniques. Lors de son assemblée de novembre 2013, le Conseil d’Églises chrétiennes en France a donc décidé d’apporter quelques précisions à ce sujet.

La traduction du Notre Père

Rappel historique
En 1966, la Conférence épiscopale catholique, les quatre Églises luthériennes et réformées en France et les évêques de trois juridictions de l’Église orthodoxe en France ont décidé d’adopter une traduction commune de la prière du Notre Père récitée par leurs fidèles. Cette version dite « œcuménique » a ensuite été reçue plus largement par les différentes familles ecclésiales francophones. C’est celle qui est utilisée au cours des célébrations œcuméniques et qui est récitée au cours des offices dans les Églises qui ont cette pratique.

La version du Notre Père récitée par les fidèles doit être distinguée du texte biblique qui est lu lorsque l’évangile de Matthieu (chapitre 6, versets 9-13) constitue une des lectures d’une célébration. Ce n’est pas la version dite « œcuménique » de la prière récitée qu’on trouve à ce jour dans les deux lectionnaires catholiques (les recueils de textes bibliques proclamés au cours de la messe, le dimanche ou en semaine) ou dans les différentes Bibles en usage (la Bible de Jérusalem, la traduction de Segond, en français courant…), ni même dans la Traduction œcuménique de la Bible (TOB). Cette différence n’a jamais fait de difficulté.

Le texte proclamé de l’évangile de Matthieu
Dans l’Église catholique, la traduction des livres liturgiques est en cours de révision. En lien avec la Congrégation pour le culte divin à Rome, les Conférences épiscopales des pays francophones (Afrique du Nord, Belgique, Canada, France, Luxembourg et Suisse) travaillent ensemble aux traductions en langue française. La nouvelle traduction officielle liturgique de la Bible publiée ce 22 novembre 2013 constitue une première étape de ce processus. Dans cette nouvelle version de La Bible. Traduction officielle liturgique, le verset 13 du sixième chapitre de l’évangile de Matthieu est désormais traduit : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». C’est cette traduction qui sera adoptée dans les deux lectionnaires catholiques qui entreront en vigueur au premier dimanche de l’Avent 2014, début de l’année liturgique dans les communautés catholiques. Ce changement dans la traduction d’un texte biblique proclamé au cours de la messe ne crée pas de difficulté œcuménique particulière.

La prière récitée du Notre Père
La révision d’autres livres liturgiques est également en cours. En ce qui concerne le missel, dans lequel on trouve la prière du Notre Père récitée par les fidèles au cours de la messe, une nouvelle version fera l’objet d’un vote des Conférences épiscopales en 2015 ; elle serait utilisée à partir de l’Avent 2016 (Rapporté au 6 décembre 2016, le dimanche d’Avent).

En septembre 2009, avec un souci œcuménique et pastoral, les évêques catholiques français ont signalé ce processus de révision à leurs partenaires au sein du Conseil d’Églises chrétiennes en France. Ils les ont informés de leur projet de modifier la traduction de la sixième demande de la prière du Notre Père puisque la version actuelle récitée par les fidèles – « et ne nous soumets pas à la tentation » – fait souvent difficulté, et ont sollicité leur avis.

Les chrétiens attachent bien sûr une grande importance à la prière que le Christ a enseignée à ses disciples. Par ailleurs, des choix de traduction peuvent infléchir l’image de Dieu qui est exprimée dans le Notre Père, avec des répercussions importantes pour l’évangélisation aujourd’hui. Il est donc normal que des réactions vives s’expriment lorsqu’un changement de formulation est envisagé. Les échanges œcuméniques sur la traduction commune du Notre Père doivent se poursuivre. Puissent ces discussions renforcer notre conviction d’être enfants d’un même Père. Pour sa part, le Conseil d’Églises chrétiennes en France continuera d’aider les chrétiens de notre pays à vivre comme des frères et sœurs en Jésus Christ.
Paris, le 22 novembre 2013
Pasteur François Clavairoly – Métropolite Emmanuel – Mgr Georges Pontier, co-présidents.

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