Ces cathos qui font bouger l’Église à Paris

À l’aube de cette nouvelle année, nous avons souhaité mettre en lumière quelques-uns des catholiques qui font le diocèse de Paris. Anonymes ou responsables, hommes et femmes, nous les avons croisés au cours de nos reportages. Nous aurions pu dresser des centaines d’autres portraits, tant le diocèse de Paris est riche d’hommes et de femmes qui mettent leur vie au service des autres. Nous en avons choisi dix. Choix arbitraire et bien sûr discutable, mais choix réjouissant, car il donne à voir ce que la foi permet quand elle nous entraîne au service des autres.

Bénédicte Ely transmet la parole du Christ

Bénédicte Ely, 61 ans, coordinatrice de catéchèse à St-Germain de Charonne (20e).

Institutrice à la retraite depuis cet été, Bénédicte a une sacrée pêche. « Je ne vois pas le temps passer », lance avec un grand sourire cette mère de quatre enfants et grand-mère de sept petits-enfants. Depuis une trentaine d’années, elle a, en parallèle de son métier, accompagné des enfants dans le cadre du catéchisme et du scoutisme à St-Germain de Charonne (20e) et des ateliers diocésains de la Toussaint. Elle se souvient de sa première animation d’un groupe, à la demande du curé, comme d’une expérience difficile. Heureusement, elle n’est pas restée sur sa première impression. Et aujourd’hui, elle remercie tous les enfants qu’elle a accompagnés : « Ils m’aident à me remettre en question parce qu’ils ne font pas de détours, ils vont droit à l’essentiel. » Baptisée à l’âge de 15 ans – elle a entamé un chemin de conversion après la mort prématurée d’un frère –, elle est coordinatrice de catéchèse depuis dix-neuf ans et met toute son énergie pour montrer aux enfants que « la parole du Christ peut transformer la vie quotidienne ». Une mission exigeante : « Ils sont des éponges, ils sentent si nous sommes sincères ou non, si nous mettons en pratique ce que nous affirmons. » • Céline Marcon

Jérôme Perrin, frère des migrants

Jérôme Perrin, 61 ans, président de la conférence Saint-Vincent de Paul de Ste-Rosalie (13e) et coordinateur d’un projet interparoissial de solidarité envers les migrants dans le 13e.

Jérôme Perrin est un homme infatigable qui va au bout de ses projets, même les plus ardus. Aujourd’hui, il passe beaucoup de temps à chercher des logements solidaires aux réfugiés vivant dans le quartier de sa paroisse, Ste-Rosalie (13e). L’histoire commence durant l’été 2015, quand son curé mandate cet ancien chercheur en physique au CNRS, devenu directeur scientifique chez Renault, pour qu’il organise la solidarité envers les migrants. En un an, il va remuer ciel et terre pour que la solidarité passe d’un mot à la réalité. Il noue divers contacts avec les autres paroisses et des associations de quartier, organise des actions de soutien, de solidarité et de fraternité, et conçoit un montage, via Solidarités nouvelles pour le logement, pour proposer des logements aux réfugiés, grâce aux dons des paroissiens du 13e. Ce fils spirituel de Vincent de Paul porte depuis des décennies ce souci des migrants, des personnes âgées, isolées, des prisonniers où il voit le « visage du Christ ». « Je suis habité par l’idée que ma vie n’a pas de sens si je ne donne pas de réponse concrète à cet appel. J’ai sans cesse, en représentation mentale, les rencontres que le Christ fait », livre-t-il. Une exigence passionnée qui, souvent, le fait se coucher bien tard. • Pauline Quillon

Christian de Cacqueray, à l’écoute des familles endeuillées

Christian de Cacqueray, 54 ans, directeur du Service catholique des funérailles.

On sent chez Christian la force de la détermination. Il y a dix-sept ans, il a pris le pari de démissionner de son poste de cadre dans un groupe de pompes funèbres parce qu’il avait ressenti un appel de Dieu. Après avoir traversé de multiples obstacles, il fonde à Paris, en 2000, avec le soutien du diocèse, le Service catholique des funérailles. C’est la première structure de pompes funèbres en France organisée en association, afin que la qualité de l’accompagnement prime sur les logiques commerciales. Aujourd’hui, elle accueille près de mille familles chaque année. Et le projet a fait des émules dans sept autres villes. Ce père de quatre enfants, engagé avec son épouse dans la Communauté de vie chrétienne, martèle que face « au tabou de la mort dans notre société », les chrétiens ont la responsabilité de « témoigner qu’on peut vivre cette réalité non pas comme une fin, mais comme un passage ». De toutes ces années dans les services funéraires, il retient surtout des belles rencontres, qu’il partage dans son livre Parcours d’adieux, chemins de vie (éd. Salvator), publié en 2016. « Au cœur de la souffrance, certaines familles endeuillées manifestent en acte leur foi en la résurrection de leurs proches, admire-t-il. Cela m’amène à me poser la question : vivons-nous dès aujourd’hui en tant que ressuscité ? » • Céline Marcon

Blandine de Paillerets témoigne de la beauté du mariage

Blandine de Paillerets, 44 ans, membre de l’équipe de préparation au mariage de
St-Lambert de Vaugirard (15e).

Blandine est une mère de famille comme beaucoup d’autres. Elle partage ses journées entre ses quatre enfants âgés de 12 à 21 ans, son métier d’assistante de direction, son goût pour la mode, etc. Avec son mari Gilles, elle trouve aussi le temps de s’investir dans une équipe de préparation au mariage. À l’invitation d’un couple d’amis, ils se sont lancés avec appréhension dans cette aventure, il y a une douzaine d’années à Toulon (Var). Cette mission leur a tellement plu qu’ils la poursuivent aujourd’hui à St-Lambert de Vaugirard (15e). Tous les deux ont conscience de leurs responsabilités vis-à-vis des couples fiancés qui, pour la plupart aujourd’hui, redoutent l’échec. « Nous ne nous sentons pas légitimes pour donner des conseils, mais voyons notre rôle comme celui de témoins de la beauté du mariage et de la manière dont l’Église soutient notre engagement. Nous ne dressons pas un tableau rose, mais réaliste, en évoquant les joies et difficultés du quotidien. » Avec le recul, Blandine a pris conscience que cette mission l’aide à se remettre elle-même en question après vingt-deux années de mariage, pour « redonner chaque jour à Gilles son oui pour la vie ». • Céline Marcon

Martin Choutet casse les étiquettes

Martin Choutet, 41 ans, a créé l’Association pour l’amitié en 2006, avec Étienne Villemain, organisateur du pèlerinage Fratello à Rome.

C’est un mot qu’il aime bien. « Fragilité ». Ce grand quadragénaire aux traits fins, volontiers rieur, l’avoue volontiers. Il a sa part de faiblesse, et tout autant que ses colocataires, qu’ils viennent ou non de la rue, « il a besoin de la miséricorde de Dieu ». Quand il a créé l’Association pour l’amitié, il y a dix ans, il voulait avant tout « casser les étiquettes », « mettre à égalité les enfants de Dieu » et instaurer une relation fraternelle sans hiérarchie, en vérité, avec les démunis. Après des études de gestion, il avait sérieusement envisagé la vocation sacerdotale, avant de devenir travailleur social au Secours catholique. C’est là que lui vient l’idée d’une colocation à pied d’égalité entre accueillants et accueillis. Avec des amis, dont Étienne Villemain, il lance l’aventure. « La Providence nous a guidés et a donné au petit groupe qui voulait vivre ensemble les conditions pour démarrer », évoque-t-il. Depuis, elle ne cesse d’aider une association qui avance « pauvrement, cahin-caha, en tâtonnant », avec « la joie des rencontres » mais aussi « la souffrance des échecs et la difficulté à aimer en vérité ». Sans s’en rendre compte, Martin Choutet a le verbe lyrique, le sens spontané de la formule. Une qualité rhétorique qu’il tire de la chaleur avec laquelle il parle de la charité, mais une chaleur sans exaltation, paisible et toute pétrie de la conscience du chemin qui reste toujours à parcourir. • Pauline Quillon

Luc Bertin Hugault, l’art comme médecine de l’âme

Luc Bertin-Hugault, 38 ans, soliste, créateur du festival Misericordia en 2016 à St-Jean- Baptiste de Belleville (19e).

« I l n’y a pas de joie dans le chant sans le don », témoigne le soliste de haute taille, au timbre grave et doux. Son art, il l’a d’abord découvert dans une quête personnelle qui l’a mené tardivement, à 23 ans, à travailler sa voix, alors qu’il enseignait le français et les langues anciennes. Grâce au chant, il fait « l’apprentissage de ses forces et de ses faiblesses » et « unifie son être spirituel et corporel », raconte-t-il. De même, il avait fait, à 20 ans, l’expérience d’un Dieu dont il s’était éloigné à l’adolescence. Désormais, quête spirituelle et quête artistique vont de pair : « Le Christ guérit avec les sens. Pour moi, l’art est une liturgie ». Avec sa femme Natacha, chanteuse dans le chœur de l’Opéra de Paris, il désire mettre son métier au service des autres pour « guérir et apaiser les cœurs, mettre un baume sur les blessures, être une médecine de l’âme. » Très impliqué dans son conseil pastoral, il propose au curé, le P. Stéphane Escleff, un festival qui convierait les artistes de la paroisse et tous les habitants du quartier. Avec l’idée d’être « une passerelle vers les périphéries ». « J’ai fait l’expérience que Dieu nous prend où on en est. Je voudrais que l’art prenne les gens là où ils en sont », conclut-il. • Pauline Quillon

Bénédicte Bourdel, au service des plus fragiles

Bénédicte Bourdel, 53 ans, responsable du Service handicap au Vicariat enfance adolescence.

La faire parler d’elle est une gageure, mais parler des autres, Bénédicte Bourdel le fait volontiers. Engagée depuis trois ans au Vicariat enfance adolescence, comme responsable du Service handicap, cette maman de six enfants est intarissable dès qu’il s’agit d’évoquer l’incroyable richesse des personnes porteuses de handicap et le courage des familles qui les accueillent. Elle sait aussi trouver les mots justes pour dénoncer l’isolement des familles d’enfants handicapés – cette double peine qu’elle connaît bien, elle dont une des nièces est atteinte d’autisme. Demandez-lui un nom parmi tous ceux rencontrés, elle citera spontanément Renaud, 45 ans, lourdement handicapé, qui en l’espace d’un quart d’heure a converti tout un bus par la seule force de sa joie, tout entière placée dans le Christ. Elle évoquera aussi Anne-Sophie, maman de trois enfants handicapés. À la question : qu’attendez-vous de l’Église ? sa réponse, bouleversante, fut de rappeler que c’était à l’Église de se nourrir de ces familles, qui chacune porte un trésor, encore trop souvent ignoré. Et c’est parce que Bénédicte est convaincue que l’Église a tout à gagner à aller à leur rencontre, qu’elle et son équipe ont lancé les Veilleurs handicap, un accueil spécialisé, présent dans 24 paroisses parisiennes. Et de citer saint Paul : « Ce qu’il y a de plus faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort ». • Priscilia de Selve

Jean Villeminot, témoin de l’amour conjugal

Jean Villeminot, 70 ans, diacre, créateur du parcours Promesse d’amour.

« Ma femme m’a tout appris ! », dit volontiers c e j e u n e homme de 70 ans. La grande chance de sa vie est d’avoir épousé Geneviève, avec qui il connaît « la joie d’une vie de couple intense », et qui lui a donné cinq enfants. Après quarante-huit ans de vie commune, Jean Villeminot ressent toujours la même urgence : annoncer la bonne nouvelle du mariage. Alors qu’en mai 1968, il était sur les barricades, qu’en juin, il se mariait, et qu’en juillet, sortait Humanæ vitæ, il a été le témoin de la puissante déflagration qui a vidé les paroisses et désuni tant de couples de ses amis. Pourquoi n’a-t-il pas été pris dans le même tourbillon ? Par grâce. Une grâce qui l’oblige depuis des années à venir en aide aux jeunes couples. Il est ordonné diacre en 1991, et en 1994, le P. Jacques Vallet lui demande de créer, à St-Léon (15e), une préparation au mariage impliquant des laïcs missionnaires. Il construit alors tout un parcours fondé sur l’idée que ce sont avant tout les fiancés qui se préparent au mariage. Durant deux décennies, il en a développé le contenu et affiné la pédagogie, avec le souci aussi bien de proclamer la vérité du mariage que de permettre à chaque couple de trouver sa façon personnelle de l’incarner. Et comme l’amour ne cesse jamais, il crée aujourd’hui, toujours à St-Léon, des sessions pour les couples mariés. • Pauline Quillon

Sœur Marie-Joseph Biloa, refuge des migrants

Soeur Marie-Joseph Biloa, 68 ans, religieuse de la congrégation des Sœurs de
Jésus serviteur.

Dans le petit bureau vitré de Sœur Marie-Joseph Biloa, on entre sans frapper. Les quelques personnes qui attendent patiemment, ce lundi matin, au sous-sol de N.-D. des Foyers (19e), le savent bien : sa porte leur est toujours ouverte. Voilà sept ans maintenant que cette religieuse camerounaise de 68 ans est arrivée en France, envoyée par sa congrégation – les Sœurs de Jésus serviteur – pour venir servir ces nouveaux foyers de pauvreté que sont les migrants. Erythréens, Somaliens, Soudanais, tous ceux qui frappent à sa porte ont un point en commun : ils ont dû fuir leur pays pour trouver refuge en France. Ici, ils trouveront des vêtements, de quoi manger, un endroit où parler, boire un café, entamer les démarches administratives qui leur permettront de rester en France. C’est pour servir que Sœur Marie-Jo est devenu religieuse, servir les plus petits. Et c’est au collège, raconte-t-elle, qu’elle a découvert sa vocation, lors d’une mission du Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ). Elle qui vit dans une famille unie et heureuse, découvre autour d’elle la pauvreté et la misère. Elle décide alors d’en faire toute sa vie. « Tout est parti de là », explique-t-elle dans un immense sourire avant de conclure, très simplement, « je suis heureuse, car je suis là où le Seigneur me commande d’être ». • Priscilia de Selve

Thibault Leblond, se laisser faire par Dieu

Thibault Leblond, 25 ans, travailleur social aux Captifs, la libération.

Qu’est-ce qui pousse un jeune homme de 20 ans à devenir travailleur social au sein de l’association Aux captifs, la libération ? La question n’a rien de saugrenue mais elle fait sourire Thibault Leblond, 25 ans aujourd’hui. La réponse est simple : pour servir. À 20 ans, ce fils et petit-fils de militaire est contraint, pour raison de santé, à renoncer à une carrière militaire. Le jeune homme se cherche, professionnellement et spirituellement. La foi, il la trouvera au fond d’un carton de déménagement. Un Évangile découvert là par hasard, dont la lecture le conduira à s’interroger sur la religion. C’est son accompagnateur spirituel qui lui conseillera de frapper à la porte des Captifs. Le tout jeune baptisé en repart avec, sous le bras, un contrat d’un an en service civique. « J’avais besoin d’ancrer ma foi dans des choses concrètes, car chez un jeune converti, la foi peut faire les montagnes russes. » Douze mois pour discerner, et au final une évidence : cette vie est faite pour lui. Thibault reprend alors des études et décroche un diplôme de sciences de l’éducation. « Ce travail est plus qu’un job », explique t- il, « c’est un engagement ». « Ici, on ne cherche pas à tout prix à sortir les gens de la rue, mais à rompre leur isolement et à leur rendre leur liberté. » Où se voit-il dans cinq ou dix ans ? « Là où la Providence me conduira. » Tout simplement. • Priscilia de Selve

Photos : D.R. ; Pricsillia de Selve ; Sophie Leleu ; Céline Marcon ; Ariane Rollier

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