« Cet entre-soi que nous devons redouter »

La parution, le 21 février dernier, du livre de Frédéric Martel, "Sodoma", évoquant la place de l’homosexualité au Vatican, et les scandales à répétition qui secouent l’Église catholique poussent à s’interroger sur la raison de ces maux et sur les solutions à leur apporter. Auteur d’un livre récent sur la vie d’un curé de Paris [1], le P. Pierre Vivarès, curé de St-Paul-St-Louis (4e) nous apporte son éclairage.

Paris Notre -Dame – Vous avez lu le livre de Frédéric Martel. Votre réaction ?

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Le P. Pierre Vivarès, curé de St-Paul- St-Louis (4e).
© Priscilia de Selve

P. Pierre Vivarès – Ma première réaction est de dire que l’auteur n’a pas les bons codes pour décrypter la vie du Saint-Siège. Quand il évoque l’ordination de Mgr Georg Gänswein [secrétaire du pape Benoît XVI, NDLR], il en fait un défilé de « drag-queens ». Or, il ne s’agit là que des fastes – ordinaires – de la liturgie catholique, déployés lors d’une ordination épiscopale à St-Pierre de Rome. Lors de ce genre d’évènement, on ne fait pas dans la laine écrue, on sort les dalmatiques, les chapes… Exactement comme pour les ordinations à Notre-Dame de Paris. L’auteur se retrouve confronté au milieu romain, forcément précieux avec tous ces vieux messieurs cultivés. Ne connaissant rien à ce monde, le décalage est colossal. À côté de cela, il y a effectivement, au Vatican, un certain nombre de pervers et d’hypocrites, avec leurs lots de magouilles et de calomnies. Ce n’est pas une révélation pour nous. C’est le propre des milieux clos, quand s’y concentrent pouvoirs et influences. Et je crois que le fait qu’il n’y ait pas de femmes ne tend qu’à accentuer ce travers. Car quand il manque la moitié de l’humanité, il n’y a pas d’humanité.

P. N.-D. – Dans la tribune que vous publiez, vous écrivez que l’un des mérites de ce livre est de soulever la question du cléricalisme, déjà dénoncé par le pape. Ce travers peut-il expliquer une partie des maux dont souffre l’Église ?

P.V. – Il est compliqué de donner une définition du cléricalisme. Rappelons que les trois grands mots qui animent le sacerdoce et la vie religieuse sont la pauvreté, la chasteté et obéissance. Le cléricalisme est lié à l’obéissance, car c’est cette obéissance qui va permettre à certains d’acquérir un pouvoir sur d’autres ou sur le peuple de Dieu. Non pas un pouvoir de service, mais un pouvoir de domination. C’est cet entre-soi que nous devons redouter. Et la seule parade théologique et spirituelle qui existe à tout cela, c’est la place que nous donnons au pauvre. Quand le pape François insiste sur la place du plus pauvre dans nos vies, il casse cet entrisme. Quand il évoque les abus sexuels, il nous rappelle à la chasteté. Quand il prêche un style de vie plus modeste, il fait référence au voeu de pauvreté. Et nous rappelle que c’est du Christ, et du Christ seul, que nous devons recevoir toute richesse.

P. N.-D. – Beaucoup de scandales agitent en ce moment l’Église. Que dites-vous à vos fidèles quand ils viennent vous voir à la sortie de la messe ?

P.V. – Je les renvoie à leurs paroisses. Beaucoup parlent de l’Église avec un grand E, mais qu’en est-il dans votre paroisse ? À St-Paul-St-Louis (4e), que voyez-vous ? Des jeunes couples qui se préparent au mariage. Des réfugiés syriens qui sont accompagnés, des sans-domicile qui sont logés, des enfants qui se préparent au baptême et à la première communion. On voit des personnes âgées qui sont visitées chaque semaine par une équipe de bénévoles…Voilà notre réalité, et cela est sain. C’est cela l’Église. Le Vatican, c’est cinq cents personnes ; l’Église, un milliard. Qu’il y ait des problèmes, c’est vrai, il ne faut pas se le cacher. Je crois même que c’est une bonne nouvelle, au sens évangélique du terme, que tout cela sorte et qu’on fasse un peu le ménage. Mais il nous faut garder l’espérance qui est une grâce que Dieu nous fait au milieu des tempêtes. L’espérance traverse l’histoire de l’Église. Et les premières réalités que nous devons assumer c’est la vie de notre famille, première église domestique, la vie de notre communauté paroissiale… La qualité de chacune de ces églises fera la qualité de l’Église universelle.

Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1"Notre église est celle
au bout de la rue", éd. Presses de la Renaissance.

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