Chagall au musée du Luxembourg

Chagall entre deux guerres, arrêt sur (deux) images, par Sylvie Bethmont.

Exposition au Musée du Luxembourg, « Chagall entre guerre et paix », jusqu’au 21 juillet 2013.

- © affiche de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais 2013

- L’antenne ACF / Paris de la paroisse de l’Immaculée-Conception accueille Madeleine Zeller, spécialiste de Chagall, à propos de « La Paix ou l’Arbre de Vie, le vitrail de Sarrebourg » le lundi 22 avril 2013 à 20h30, 15 rue Marsoulan, Paris 12e. M° Picpus, Porte-de-Vincennes. Libre participation. Voir aussi.

- Lire l’article de Sylvie Bethmont « Chagall peintre de la lumière » écrit pour Terre de Compassion.

Chagall entre deux guerres, arrêt sur (deux) images


Par Sylvie Bethmont, professeur à l’Ecole cathédrale de Paris* .

Bravant l’interdit de la Loi de Dieu - « Tu ne te feras pas d’images » (Dt 5, 4-6 ; Ex 5 8-10) - Marc Chagall (1887-1985), peintre juif, né d’une famille hassidique [1], traversera le XXe siècle en créant de multiples œuvres peintes, sculptées et gravées, dont les musées d’Europe ne cessent d’explorer les richesses. Le musée du Luxembourg à Paris, offre un parcours chronologique, « entre la guerre et la paix », mêlant intimement joie et larmes, visions de violences et poésie paisible de l’amour.

Dès ses débuts Chagall s’est trouvé devant un dilemme. Pour vivre cette vie de peintre, à laquelle son enfance au sein d’une famille juive ne l’a pas préparé, il lui a fallu rompre totalement avec son milieu, sa ville de Vitebsk, et ses habitants. Mais sa raison de peindre se trouve là, précisément, au sein du Shtetl, la partie juive de sa ville de Vitebsk. Après avoir quitté la Russie, et s’être frotté à toutes les avant-gardes qu’abritait Paris, il est revenu au pays épouser Bertha (Bella), son grand amour, son éternelle fiancée. C’est là que la première guerre le saisit et l’immobilise, il ne reprendra son envol pour la France qu’en 1922.

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Marc Chagall, Au dessus de Vitebsk © ADAGP Paris 2013

Cette partie de sa vie est évoquée dans les premières salles de l’exposition (La Russie en temps de guerre, Bella, la guerre, Vitebsk), dominées par ce silencieux « juif errant » (Fig.1, Au-dessus de Vitebsk 1915-1920) [2].
De nombreuses œuvres préparatoires, ses « talismans » (selon l’expression de Pierre Provoyeur), témoignent de l’attachement du peintre à ce motif. Une même nuée neigeuse couvre la toile, du sol au ciel, or dans le mouvement hassidique, qui a baigné son enfance, le ciel et la terre sont intimement liés. Chagall a bien retenu la leçon du cubisme, mais il n’en fait qu’à sa tête. Quelques virgules et lignes brisées nous en rappellent les préceptes, mais elles ne sont là que pour animer les surfaces d’un blanc de craie. Réalisme et abstraction jouent ensemble et, finalement, nous ne sommes que peu étonnés de voir planer la sombre silhouette d’un homme portant casquette, sac et canne ; l’un de ces juifs de l’Est, de ceux qui vont bientôt disparaître anéantis par la shoah. La silhouette de ce « juif errant », ce juif volant auquel Chagall peut s’identifier, hantera bien des tableaux ultérieurs, en particulier ceux qui portent des images de la crucifixion, dont la suite de l’exposition nous offre de beaux exemples dans la section « L’exil aux Etats-Unis, les temps menaçants ».

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Marc Chagall, L’âme de la ville © ADAGP Paris 2013

Au sein de cette deuxième partie du parcours, L’âme de la ville , peinte en 1945 (Fig. 2) [3], est une toile nocturne dont le noir profond s’oppose au blanc nuageux du ciel de Vitebsk (Fig.1).
La tragédie de l’Histoire s’est doublée, pour Chagall, de la pire déchirure, Bella, la tant aimée, est morte à la fin de la guerre. Une autre compagne est à présent à ses côtés, qui lui donnera un fils, David. Mais sur la toile, l’horizon a disparu, le peintre, devant son chevalet, est saisi entre deux voies. Le voile de la mariée, qu’il faudrait retenir, n’est plus qu’une volute issue du rideau pourpre de la synagogue, en écho une fumée sort des toits de Vitebsk. Chagall, à la croisée des chemins, peint le Christ, dont « la blonde figure depuis longtemps (le) troublait » comme il le raconte dans Ma vie, son autobiographie. Tout en restant fidèle à l’iconographie chrétienne de la crucifixion, Chagall apporte sa propre vision, nous restituant Jésus - figure essentielle du martyr innocent - dans sa judéité. Les évangiles de Matthieu et de Marc nous présentent Jésus, priant le psaume 22 sur la croix. Chagall donne à Jésus crucifié l’aspect d’un juif pieux en prières, ceint non d’un simple pagne, mais du châle de prière, le Tallith. Obscure et funèbre cette toile est une prière, celle du psaume 22, partagée par les juifs et les chrétiens, qui reprend une question universelle : « Mon Dieu, pourquoi ? » – Sylvie Bethmont 2013.

« Seul est le mien
Le pays qui se trouve dans mon âme (…)
Les habitants vagabondent dans l’air
A la recherche d’un logis
Ils habitent dans mon âme » (Poème de Marc Chagall).

*Le cours de Sylvie Bethmont à l’Ecole cathédrale est consacré ce trimestre à l’œuvre biblique de Marc Chagall (jeudis de 10h à 11h30, hors vacances scolaires jusqu’au 30 mai).

- « Chagall entre guerre et paix », 21 février-21 juillet 2013, Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e. Tel 01 40 13 62 00. Ouvert tous les jours de 10h à 19h30, lundi et vendredi 22h - sauf les 1er avril et 20 mai - le dimanche de 9h à 20h, ouverture exceptionnelle jusqu’à 22h les samedis du 23 mars au 20 avril 2013 inclus. Fermeture le mercredi 1er mai. Plein tarif 11€, t. réduit ; 7,50 €. Catalogue de l’exposition : éd. RMN : 35 €. Site Internet. [4]

[1« Pour mes parents, écrit Chagall dans Ma vie, la religion était l’axe autour duquel tournait leur existence toute entière ». Le judaïsme hassidique (d’un mot hébreu signifiant « piété ») né au XVIIIe siècle en Europe de l’Est, est un mouvement joyeux et mystique de communion avec Dieu, Toujours très actif et présent, en particulier dans la philosophie et la théologie (Martin Buber).

[2Fig. 1, Marc CHAGALL, Au-dessus de Vitebsk , 1915-1920, huile sur toile, 67 x 92,7 cm
New York, the Museum of Modern Art (MoMA), acquired throught the Lillie P. Bliss Bequest 1949. © ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ®
© The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

[3Fig. 2, Marc CHAGALL, L’âme de la ville , 1945, huile sur toile, 107 x 82 cm
Paris, Centre Georges Pompidou, Musée national d’Art moderne / Centre de création industrielle, don de l’artiste en 1953. © ADAGP, Paris 2013 / CHAGALL ®
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN / Philippe Migeat

[4En lien avec le musée national biblique de Nice, et en partenariat avec le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (MAHJ) et le Musée Zadkine à Paris, le Musée du Luxembourg propose de nombreuses manifestations (ateliers, visites guidées, visites groupées) ainsi que la possibilité de prendre un e-billet en réservant sa place.
- « Marc Chagall d’une guerre l’autre », jusqu’au 20 mai 2013. Musée national Marc Chagall, 06000 Nice. Tel 04 93 53 87 20 / Site Internet. Ce musée fêtant ses 40 ans cette année, propose de nombreuses manifestations et expositions dont « Marc Chagall devant le miroir, autoportraits », 15 juin-7 octobre 2013 et « Le musée Chagall, chef-d’œuvre d’André Hermant », 19 octobre 2013-janv. 2014.
- « Chagall, maître de la modernité », jusqu’au 12 mai 2013, Kunsthaus de Zurich (Suisse). Site Internet
- « Chagall et la poésie », jusqu’au 30 juin 2013, musée de Riegel im Kaiserstuhl (Allemagne, à 63 km de Strasbourg et 20 km de Freibourg im Breisgau). Site Internet.

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