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Chemin de croix de Notre-Dame de Paris

Le vendredi saint 19 avril 2019, Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, a présidé le chemin de croix de Notre-Dame de Paris du pont Saint-Louis au pont de la Tournelle.

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Chemin de croix de Notre-Dame de Paris
Vendredi saint 19 avril 2019

Chant : Ô Croix dressée sur le monde

Introduction par Mgr Michel Aupetit

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu » (Is 40,1). Ses paroles du prophète Isaïe résonnent fortement en ce jour de deuil où nous accompagnons la Passion et la mort de notre Seigneur Jésus-Christ en préparant nos cœurs à la joie de sa Résurrection. Notre-Dame de Paris, notre chère cathédrale, témoin de tant d’événements majeurs de notre pays, a été détruite par un incendie effrayant après avoir résisté si longtemps aux péripéties de son histoire. La France pleure et avec elle tous ses amis du monde entier. Elle est touchée au cœur car ses pierres sont le témoignage d’une espérance invincible qui, par le talent, le courage, le génie et la foi des bâtisseurs, a élevé cette dentelle lumineuse de pierres, de bois et de verre. Cette foi demeure la nôtre, encore et toujours.

Devant Notre Dame, notre église-mère défigurée par la violence des flammes, nous entrons dans l’abaissement du Seigneur Jésus jusqu’à la mort et la mort de la croix. Nous n’y entrons pas comme des spectateurs passifs car par notre péché nous sommes responsables de la mort de Jésus. Sa croix manifeste l’Amour vulnérable de Dieu livré à la puissance de mort qui habite le cœur de l’homme. Elle dévoile l’abîme du Mal. Elle condamne notre péché mais ne nous condamne pas. Le Crucifié, grand prêtre éternel, nous relève et nous sauve en nous prenant dans son intercession : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Il n’y a pas de ténèbres plus grandes que la Passion du Christ : « C’est votre heure, dit le Seigneur, et le pouvoir des ténèbres » ( Lc 22, 53). Mais pas de Lumière plus profonde que celle qui a assumé et traversé l’abîme du Mal par ses plaies glorieuses. Les ténèbres ont leur heure, mais Dieu seul est l’Éternel. « Par ses saintes plaies, ses plaies glorieuses, que le Christ Seigneur nous garde et nous protège » dirons-nous à la vigile pascale. Entrons dans le chemin de Croix en demandant la grâce d’être délivrés de nos péchés. Entrons dans ce mystère comme on entre dans le grand pardon de Dieu. Laissons le Seigneur rejoindre en nous ce qui est blessé et ce qui est mort. Portons vers lui ceux qui nous aimons, particulièrement nos frères souffrants, afin qu’ils puissent entrer dans l’espérance de la sainte Croix. Portons notre Église, notre ville, notre nation, et tous les hommes qui cherchent Dieu avec droiture.

Première station : Jésus est condamné à mort

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Pilate alors, voulant contenter la foule, leur relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié » (Mc 15, 15)

Nous voyons dans le drame de la condamnation de Jésus la puissance du péché et du mal qui convergent vers le Seigneur enchaîné pour crier ensemble, dans une union malsaine : « Crucifie-le ». S’il y a une communion des saints, il y a une coalition du Mal. La lumière dévoile les ténèbres. Le péché se manifeste devant le Christ. C’est d’abord l’amour de l’argent : Judas a livré le Christ pour trente pièces d’argent. C’est la jalousie des grands prêtres face au seul véritable Prêtre qui ouvre la Porte du Ciel. C’est la violence de la foule contre un innocent, si répandue dans l’orchestration médiatique de l’indignation, qui prive l’homme de sa capacité de jugement et où la liberté de chacun est détruite par la violence aveugle du collectif. C’est la versatilité des disciples et la trahison de Pierre. C’est la lâcheté du calcul politique face à l’exigence de la vérité : Pilate fait flageller Jésus et le livre alors qu’il est convaincu de son innocence. Dans tous ces péchés chacun de nous peut reconnaître sa part.

Ô Christ, toi qui a accepté une condamnation injuste, accorde-nous, ainsi qu’à tous les hommes de notre temps, la grâce de rechercher la vérité avec un cœur sincère et d’y rester fidèle, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen

Chant : Changez vos cœurs

2e station : Jésus est chargé de sa croix

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Ils prirent donc Jésus et il sortit portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne, ce qui se dit en hébreu Golgotha » (Jn 19, 17)

« Ils prirent donc Jésus » : On pourrait comprendre que Jésus est totalement passif dans sa passion, livré entre les mains des hommes comme quelqu’un qui ne possède plus la maîtrise de ses actes. C’est vrai que Jésus est la victime. Il se livre aux mains des pécheurs, il accepte de porter le poids de la violence des hommes, de leurs péchés depuis le premier homme, Adam, jusqu’à la consommation des siècles. Et cependant Jésus est maître et Seigneur de son abaissement. Il est prêtre et victime. Il a porté sa croix de lui-même. Ce ne sont pas les hommes qui l’ont choisi comme bouc émissaire et qui ont jeté sur lui leurs péchés, mais c’est lui-même qui a librement et souverainement décidé de les porter, de se glisser écraser par leur poids jusqu’à descendre aux entrailles de la terre afin que descende la Lumière là où elle n’était pas.

Prions. Ô Christ, toi qui acceptes la Croix de la main des hommes pour en faire le signe de l’amour qui sauve, accorde-nous la grâce de regarder ton Corps blessé avec foi, en contemplant l’amour qui s’y manifeste, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen

Chant : Lumière des hommes

3e station : Jésus tombe pour la première fois

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24)

En contemplant Jésus qui tombe sous le poids de la croix nous entendons la voix du prophète Isaïe qui annonçait l’humiliation du Messie : « Dieu a pris sur lui nos fautes à nous tous ». « Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivant son propre chemin, mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous » (Is 53). C’est le poids de notre péché qui écrase Jésus. En même temps le Seigneur vient rejoindre tous ceux qui sont broyés par la souffrance, les malades, les désespérés, les prisonniers, les exilés. Il vient remplir de sa présence humiliée ceux qui se sentent abandonnés des hommes et mêmes abandonnés de Dieu. En Jésus, c’est le Seigneur qui s’abaisse jusqu’à eux. Le combat du Christ contre le Mal manifeste aussi sa compassion. Son duel prodigieux contre la Mort est une présence lumineuse de la tendresse de Dieu. Dieu n’est pas venu expliquer ni le mal ni la souffrance, mais les habiter de sa présence, de sorte que nul homme ne puisse dire qu’il souffre seul ou qu’il meurt seul.

Prions : Ô Christ, toi qui est tombé sous le poids de nos fautes et qui t’es relevé pour notre justification, aide-nous, nous t’en prions, à porter avec toi notre faiblesse et à ne pas désespérer de nos fautes. Nous te confions nos prisonniers et nos malades, nous te prions pour les victimes du terrorisme qui instrumentalise le Nom de Dieu pour semer la haine, pour toutes les personnes migrantes qui doivent quitter leur pays et pour tous ceux qui se sentent exclus de notre société de consommation. Que l’Esprit de compassion se répande en abondance sur notre terre blessée.

Chant : Puisque Dieu nous a aimés

4e station : Jésus rencontre sa mère

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Syméon prit l’enfant dans ses bras et dit à Marie sa mère : Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même, une épée te transpercera l’âme ». (Lc 2, 34-35)

Sur le chemin de Croix se tient la mère de Jésus qui accompagne son Fils bien aimé. L’âme de Marie est habitée de deux paroles qu’elle porte en silence depuis longtemps déjà. La première est celle de l’ange à l’Annonciation : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera pour toujours sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 30-33). L’autre, bouleversante, est celle de Syméon au Temple de Jérusalem : « Cet enfant doit être un signe en butte à la contradiction. Et toi-même, une épée te transpercera l’âme » (Lc 2, 34).
La Vierge sainte a médité ces deux prophéties en son cœur. Sans doute comprend-elle, dans un acte de foi sans consolation sensible, que le chemin de croix est l’heure où la voix de l’ange s’unit à celle de Syméon : son Fils est bien roi, mais il règne par la croix, signe de contradiction. L’heure est venue pour elle du cœur transpercé. Elle est la « première Église », la sentinelle du soir et l’étoile du matin.

Prions : Ô Marie, Mère des douleurs, vous qui avez parcouru le chemin de la croix avec votre fils, blessée dans votre cœur de Mère, ayez compassion de ceux qui sont dans la peine, ayez pitié de toutes les mères qui souffrent pour leur enfant et daignez les consoler. Mère des hommes, comme vous avez communié à la passion de votre Fils, ayez compassion de notre terre, qui si souvent est une vallée de larmes, et daignez nous garder en votre protection maternelle.

Chant : Ave Maria de Lourdes

5e station : Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le Père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs » (Mc 15, 21)

Deux rencontres se produisent. Simon qui revient de son travail et Jésus épuisé qui n’a plus la force de porter sa croix. Quand nous sommes dans la nuit de l’épreuve vient un ange de la consolation. Les soldats appellent cet homme qui passe pour lui imposer de porter la croix d’un autre, celle d’un condamné. Il devient le frère de Jésus. Simon ne mesure pas la grâce de cette rencontre. Dieu est là et il ne le sait pas. Il ne se doute pas que cet être « si défiguré qu’il n’a plus figure humaine » (Is 52, 14) est « l’Alpha et l’Omega, le premier et le dernier, Celui qui est, qui était et qui vient » (Ap 22, 13). Le Christ est beau de la seule beauté qui sauve le monde car elle traverse la mort. Si nous portons notre peine avec le Seigneur, notre croix de chaque jour nous rend capables de resplendir de la compassion même de Dieu qui embellit toute chose en ce monde. Le scandale de la souffrance peut devenir alors un mystère d’enfantement.

Prions : Ô Christ, qui a donné à Simon de Cyrène la dignité de porter la croix, donne-nous un cœur fraternel et rempli de compassion. La grandeur de l’homme, la force d’une nation est sa capacité de tisser des liens fraternels par-delà les différences de communautés ou de religions, dans la mémoire vive de ses racines.
Nous te confions notre pays dans sa diversité, façonné par la racine de la foi chrétienne, afin qu’il retrouve une unité heureuse dans les divisions qu’il traverse. Puissions-nous vivre ensemble ce qui est écrit au fronton de nos édifices publics : la fraternité, fondée sur la conscience d’un héritage commun et la foi en la dignité inaliénable de l’homme, créé à l’image de Dieu.

Chant : Victoire tu régneras

6e station : Véronique essuie le visage de Jésus

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Il était abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, et devant qui on se voile la face » (Is 53, 2-3)

Sainte Véronique réussit à s’approcher de Jésus pour essuyer son visage meurtri et sanglant. C’est un geste de grande douceur au milieu de la violence du chemin de croix. La femme enfante l’homme à la vie. Elle est souvent aussi celle qui accompagne l’homme dans sa mort. Sur le voile de Véronique l’image du Christ reste imprimée. Jésus donne son visage à cette femme, visage de l’amour douloureux, poussé jusqu’à l’extrême. Le voile de Véronique est la première icône. Nous pouvons nous aussi essuyer le visage des souffrants sous un grand manteau de tendresse. Tout acte d’amour grave dans le cœur de celui qui le pose la sainte Face du Rédempteur. Par notre amour vécu, si simple soit-il, nous devenons peu à peu le visage du Christ pour le monde et nous réfléchissons, comme en un miroir, la gloire du Seigneur.

Prions : Seigneur, toi qui as laissé l’icône de ton visage à sainte Véronique, fais que notre compassion nous rende semblable à toi et présente au monde le reflet de ton amour infini. Nous te prions particulièrement pour les chrétiens qui dans le monde sont persécutés pour leur foi. Que la Vierge sainte les prenne sous son voile de tendresse. Que leur martyre réveille notre Occident endormi qui vit comme si Dieu n’existait pas et risque d’oublier, toujours davantage, la dignité de tout homme en ce monde.

Chant : Ô prends mon âme

7e station : Jésus tombe une deuxième fois

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Jésus leur dit : Mon âme est triste à mourir ; demeurez ici et veillez. Étant allé un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure passât loin de lui » (Mc 14, 34-35)

Jésus tombe une deuxième fois et se relève. Il nous faut méditer cela : il tombe et se relève. Souvent, quand nous tombons sous le poids de nos fautes, nous restons à terre, par désespoir ou par paresse, minés par le sentiment d’être incapables de conversion. Mais « rien n’est impossible à Dieu » et l’amour prend patience. En se relevant pour la seconde fois, Jésus vient nous relever de nos fautes d’habitude, de l’esclavage et de la monotonie du péché. Demandons au Seigneur la grâce de la délivrance pour ceux de nos frères qui sont esclaves de la pornographie qui étend sans cesse son empire, de la drogue, de l’alcool et de toute forme d’addiction.
Prions-le afin qu’il nous accorde de nous relever toujours de nos chutes, si grandes ou si humiliantes soient elles. La source de la liberté humaine se trouve dans l’expérience incessante de la Miséricorde de Dieu. Les saints ne sont pas ceux qui ne tombent jamais mais qui toujours se relèvent. Les saints sont cachés dans les plaies du Christ qui ne se lasse jamais de pardonner.

Prions : Seigneur Jésus Christ, toi qui tombe sous le poids du péché de l’homme et qui te relève pour nous sauver, donne-nous, à nous qui sommes faibles, de porter notre Croix de chaque jour et de nous relever avec persévérance de nos chutes quotidiennes. Toi qui as lavé les pieds de tes disciples avant de leur donner ton Corps très saint, fais nous retrouver la grâce du sacrement de la réconciliation qui nous libère et nous sanctifie, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

Chant : Quand Jésus mourait au calvaire

8e station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais se retournant vers elle, Jésus dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants » (Lc 23, 27-28).

Nous entendons ici la grande douleur du Seigneur, celle de ne pas avoir été reconnu par une part de son propre peuple : « II est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1). Il est bon d’avoir compassion de la souffrance du Christ, comme ces femmes de Jérusalem, mais il nous faut demander la grâce de passer de la compassion à la conversion.
Nous faisons mémoire des pleurs de Jésus sur la ville sainte : « Souvent j’ai voulu rassembler tes enfants, mais vous n’avez pas voulu (…) Tu n’as pas reconnu le moment où Dieu t’a visitée » (Lc 19, 42-44). Nous portons notre ville de Paris auprès de Dieu, sa lumière et sa beauté, son poids de péché et son anonymat, notre diocèse et nos paroisses qui contribuent à son âme. Qu’elle devienne « la ville où tout ensemble ne fait qu’un » (Ps 121). Au milieu de notre Cité se dresse Notre Dame comme une sentinelle. Puissions-nous retrouver, au-delà d’une reconstruction matérielle, la force spirituelle qui a donné à nos ancêtres de construire la cathédrale. Nous sommes le Temple de Dieu. Nous sommes des pierres vivantes, tournées vers l’espérance du Salut, afin que la Cité des hommes n’oublie pas le Nom du Seigneur. Notre Cité définitive se trouve dans les Cieux.

Prions : Ô Christ, toi qui es venu dans le monde pour combler l’espérance de tous ceux qui attendent le Salut, fais que notre génération reconnaisse le temps où elle est visitée. Que notre pays retrouve sa mémoire vivante et son espérance, la foi qui fait son trésor afin de recevoir en abondance les fruits du Salut, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

Chant : Mystère du Calvaire

9e station : Jésus tombe pour la troisième fois

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » (Mt 11, 28-30)

Jésus tombe une troisième fois pour vaincre l’endurcissement de notre cœur. L’histoire du Salut est une succession de chutes et d’offenses au Seigneur. Nous le voyons dans la première Alliance, dans les murmures du peuple au désert, dans l’adoration du veau d’or, dans l’hypocrisie des pharisiens et l’orgueil des chefs du peuple. Nous le constatons dans la versatilité des apôtres, dans le triple reniement de Pierre. Nous le voyons enfin avec honte dans toute l’histoire de l’Église. « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jn 3, 21). La vérité est une lumière douloureuse, un glaive à double tranchant. Nous sommes un peuple de pauvres et de pécheurs, lent à comprendre, lent à la conversion. Demandons la grâce que cette troisième chute du Seigneur nous obtienne de devenir toujours plus dignes de la sainteté que Dieu donne à son Église par sa Parole et ses sacrements.

Prions : Seigneur nous te prions particulièrement pour la sainteté des prêtres et leur fidélité à l’appel reçu de Dieu. Nous te rendons grâce pour le peuple immense et caché des bons serviteurs. Nous te confions aussi ceux qui peinent, ceux qui souffrent et ceux qui meurent. Nous te confions ceux qui tombent, relève-les avec amour. Mais nous voulons d’abord, plus que tout, te supplier d’accorder ta guérison aux victimes des pasteurs qui détournent au profit du Mal l’unique paternité de Dieu. Que ta justice soit faite, Seigneur, en toute vérité et lumière afin que l’Église vive une purification prophétique au milieu du monde.
Délivre tes prêtres de toute impureté, de l’abus de pouvoir, de l’ambition mondaine, de la compromission servile devant l’esprit du monde. Toi qui es venu pour servir, non pour être servi, accorde leur l’esprit de service et de pauvreté évangélique.

Chant : Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir.

10e station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Ils se partagent au sort ses vêtements en tirant au sort ce qui reviendrait à chacun. » (Mt I5, 24)

Lecteur

Le Corps du Seigneur, déjà livré dans l’Eucharistie le soir de la sainte Cène, est maintenant livré au regard de tous dans sa nudité douloureuse. Ce corps blessé porte en lui toute la souffrance du monde et la marque du péché qui piétine la beauté originelle de l’homme. Nous sommes créés à 1’image de Dieu mais nous avons perdu la ressemblance en nous éloignant du Seigneur. Le « plus beau des fils de l’homme » (Ps 45) s’est fait « sans beauté ni éclat, sans apparence pour nous séduire » (Is 53, 2) Le corps sanglant du Christ vient nous montrer combien le Mal nous défigure mais c’est afin de restaurer notre image. Ce corps meurtri est celui-là même qui ressuscitera dans la gloire. Le souci excessif du paraître, la vanité mondaine et l’orgueil de la richesse sont autant de tentatives de cacher notre médiocrité. Le Seigneur nous révèle qui nous sommes : « Voici l’homme » (Jn 19, 4). La beauté qui sauve le monde n’est pas l’apparence esthétique laissée à elle-même mais la beauté du Christ qui passe à travers le voile de la mort, qui « resplendit dans les ténèbres et que les ténèbres n’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5). Adorons l’humilité de Dieu, et faisons lui l’hommage de nos cœurs.

Prions : Elle était si belle, Seigneur, notre cathédrale… Mais sa plus haute beauté est d’être l’écrin de ta présence humble et voilée sous l’apparence d’un petit morceau de pain. Donne-nous un regard assez pur pour voir l’essentiel.
Seigneur, accorde-nous de nous détacher de ce qui attire notre regard, de nous déprendre de tout ce qui se voit pour nous tourner vers la lumière des choses qui ne se voient pas. Nous te confions le peuple immense de ceux que nous mettons à mort en raison de leur handicap ou de leur faiblesse, les enfants que l’on empêche de naître, les personnes âgées, les malades. Fais-nous discerner ta présence à travers les plus blessés et les plus souffrants de nos frères et donne-nous le regard intérieur de la foi qui revêt toute chose de beauté.

Chant : Ubi Caritas

11e station : Jésus est cloué sur la croix

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« C’était la troisième heure quand ils le crucifièrent. L’inscription qui indiquait le motif de la condamnation était libellée : “le Roi des Juifs”. Et avec lui ils crucifièrent deux brigands, l’un à droite et l’autre à gauche » (Mc 15, 25-26)

Nous assistons à une scène d’une violence extrême, cette violence qui monte si souvent du cœur de l’homme. Elle suscite en nous une connivence ou une curiosité malsaine. Blessés par le péché, nous sommes attirés facilement par ce qui est impur et par ce qui est violent. Mais une réalité n’est jamais montée du cœur de l’homme : celui qui est crucifié est Dieu, le créateur du Ciel et de la terre, le Roi des siècles et le Maître de l’histoire. L’homme a inventé la Croix comme supplice, mais il n’a pas imaginé que son Seigneur pourrait mourir en Croix. Telle est la vérité de notre foi, radicalement étrangère à toute pensée humaine sur Dieu. Quand l’homme pense à Dieu, il s’imagine un tout puissant à l’image des idoles de l’argent ou du pouvoir. Mais « nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens. Pour ceux que Dieu appelle (…) ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (I Co 1, 23-25).
Ici le Seigneur se révèle dans une totale impuissance, mais dans la route puissance de l’amour : « Père, pardonne-leur, ils ne savant pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). De cette parole du Christ en Croix vient le retournement de la violence dans le pardon de Dieu et toute l’espérance du monde. Ave Crux, spes unica. « Je te salue, ô Croix, unique espérance ». Nous voulons dire à la grande ville : « Le Christ est le seul Nom qui puisse nous sauver ! » (Ac 4, 12).

Prions : Ô Christ élevé de terre, attire à toi tous les hommes, afin que nous reconnaissions dans la croix le signe unique de notre rédemption, et que nous vivions et mourions avec toi. Accorde au peuple chrétien qui s’est purifié tout au long de ce Carême d’être renouvelé intérieurement dans la foi qui ouvre la porte à l’espérance, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen

Chant : Jésus, le Christ, Lumière intérieure

12e station : Jésus meurt sur la croix

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure. Et à la neuvième heure Jésus clama un grand cri : Eloi, Eloi, lama sabachtani !, ce qui se traduit : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”. Certains des assistants disaient en l’entendant : “Voilà qu’il appelle Elie”. Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant “Laissez ! que nous voyons si Elie va venir le descendre !”. Or Jésus, jetant un grand cri, expira. Et le voile du sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas. Voyant qu’il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s’écria : “Vraiment, cet homme était fils de Dieu !”. » (Mc 15, 33-39)

Nous pouvons penser que le centurion a été peu à peu ébranlé par ce condamné qui n’était pas comme les autres. Jésus a pardonné à ses bourreaux. Il a dit à l’un des deux condamnés : « Aujourd’hui tu seras avec moi en paradis » (Lc 23, 43). Il est conduit peu à peu à l’acte de foi, le premier qui suit la mort du Seigneur : « Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu » (Mc 15, 39). Demandons la grâce de regarder le Crucifié avec foi. Confions lui tous nos fidèles défunts et les âmes du purgatoire.
Jésus expire. Il remet son esprit entre les mains du Père et annonce le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte. « Ce n’est pas un esprit de peur que nous avons reçu, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse » (2 Tim 1, 7). Prions pour l’heure de notre mort, l’instant mystérieux qui achèvera le cours de notre vie terrestre afin que nous puissions remettre notre esprit entre les mains du Père dans un amour lucide et conscient. Que personne ne nous vole l’instant sacré de notre mort. Puisse le Seigneur en cet instant nous regarder avec miséricorde, comme il l’a fait pour le bon larron.

Prions : Seigneur Jésus Christ, nous te confions nos mourants et nous te prions pour les âmes du purgatoire. Toi qui au moment de ton agonie n’est pas resté indifférent au sort de l’homme et qui dans ton dernier souffle nous a montré ta miséricorde, accorde-nous la grâce de vivre avec toi et de mourir en nous abandonnant entre les mains du Père, toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles.

Chant : Mon Père je m’abandonne à Toi

13e station : Jésus est descendu de la Croix et remis à sa mère

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” Puis il dit au disciple : “Voici ta mère.” Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit comme sienne. » (Jn 19, 26-27)

La Mère de Jésus devient notre Mère et la Mère de l’Église par la parole que son Fils lui a adressée : « Voici ton fils ». Marie est un don merveilleux de Dieu. Mais nous devons recevoir activement ce don et la prendre « chez nous », l’accueillir vraiment comme mère.
La Vierge au cœur douloureux et immaculé reçoit entre ses mains le corps de son enfant, elle qui l’a porté dans son sein. Elle est la sentinelle de l’invisible qui « espère contre tout espoir » (Rm 4, 18). Elle porte son Fils et représente ainsi l’Église qui ne cesse de vivre du Corps du Seigneur. Elle est l’image même de la foi qui rayonne en silence et attend l’aurore comme un veilleur. L’Ange lui avait dit à l’Annonciation : « Cet enfant sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut » (Lc 1, 32) et « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37).

Prions : Vierge Sainte, Notre Dame de Paris, si belle et si blessée, accordez-nous la grâce de venir chez nous. Nous vous confions tous ceux qui ont œuvré pour délivrer notre cathédrale des flammes : ceux qui ont prié en silence, ceux qui ont agi avec courage : les pompiers, la police, les acteurs de la vie politique de notre nation. Nous vous rendons grâce pour l’unité et l’élan de générosité que vous nous avez permis de manifester en ces heures de douleur et d’espérance. Montrez-vous notre Mère et notre Reine et protégez-nous dans tous nos combats, nous vous le demandons par Jésus-Christ votre enfant bien aimé, qui vit et règne pour les siècles des siècles.

Chant : Toi Notre Dame

14e station : Le corps de Jésus est mis au tombeau

Nous t’adorons ô Christ et nous te bénissons
car tu as racheté le monde par ta sainte Croix.

« Déjà le soir était venu et comme c’était la Préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat, Joseph d’Arimathie, membre notable du Conseil, qui attendait lui aussi le Royaume de Dieu, s’en vint hardiment trouver Pilate et réclame le corps de Jésus. Pilate s’étonna qu’il fût déjà mort et, ayant fait appeler le centurion, il lui demanda s’il était mort depuis longtemps. Informé par le centurion il octroya le corps à Joseph. Celui-ci, ayant acheté un linceul, descendit Jésus, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans une tombe qui avait été taillée dans le roc ; puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. Or Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis. » (Mc 15, 42-47)

La pierre roulée du tombeau semble être la fin définitive de toute espérance. Si l’homme est un être pour la mort, alors comme le dit saint Paul : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons » (I Co 15, 32). Mais si la mort est un scandale, c’est bien le signe que nous sommes faits pour la Vie. Jésus est venu remplir ce scandale de sa présence. Il est descendu dans les entrailles de la terre afin que nul ne puisse dire qu’il est oublié de Dieu puisque même les morts sont visités par Dieu. Voici le temps du silence où mûrissent les grandes joies. Voici le jour du sabbat ou Dieu se repose de son œuvre : « Aujourd’hui grand silence sur la terre et solitude, parce que le roi dort. » (S. Epiphane).

Prions : Seigneur donne-nous la grâce d’entrer dans l’espérance par la porte de ta sainte Croix et de scruter la fin de la nuit en méditant sur la promesse. « Si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. » (Jn 12, 24)

Chant : Victoire, tu règneras

Envoi

Le Seigneur soit avec vous.
– Et avec votre esprit.

Par le cœur douloureux et immaculé de la Vierge Marie, Notre Dame de Paris, que Dieu tout Puissant vous bénisse par sa sainte Croix + le Père + le Fils et le + Saint Esprit.
– Amen

Allez dans la Paix du Christ.
– Nous rendons grâce à Dieu.

Chant : Nous te saluons, ô Toi Notre Dame


- Accéder au dossier Incendie de Notre-Dame de Paris.

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