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Chrétiens d’Irak, à l’heure du choix

Paris Notre-Dame – Vous revenez tout juste d’Irak, après avoir passé dix jours, fin janvier, dans la plaine de Ninive, au nord du pays. Pourquoi ce voyage ?

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Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de L’Œuvre d’Orient et vicaire général du cardinal André Vingt-Trois à l’Ordinariat des catholiques orientaux en France.
© Yannick Boschat

Mgr Pascal Gollnisch – Voilà deux ans que les chrétiens ont été chassés de ces villages par les troupes de Daesh. Grâce à la coalition et à son appui aérien, et grâce aux troupes irakiennes et kurdes au sol, ces villages ont pu être progressivement repris depuis octobre. Mais ces zones restent des zones de guerre et sont sous contrôle militaire. La ville de Mossoul elle-même n’est que partiellement libérée, la rive droite du Tibre restant sous le contrôle de Daesh. Les chrétiens ne sont pas encore revenus, mais il était urgent que nous nous rendions sur place pour évaluer les destructions et anticiper les besoins des populations.

P. N.-D. – Que faut-il pour que ces populations puissent regagner leur village ?

Mgr P. G. – Il faut d’abord sécuriser la zone, car les combats continuent dans certains endroits. Il y a aussi le problème des mines. Les troupes de Daesh en ont installé partout. Certaines sont autour des écoles, réglées pour exploser sous le poids d’un enfant. Il n’y a plus ni eau, ni électricité et la reconstruction des infrastructures prendra du temps. Après, se pose la question de l’avenir politique de ces villages. Mais cela aussi prendra du temps. Beaucoup d’habitants sont revenus rapidement pour revoir leur maison. Or, devant l’ampleur des destructions, certains se posent la question : que faut-il faire ? Quitter l’Irak ? Reconstruire ? Il y a quelques années, c’étaient les anciens qui s’accrochaient à leur maison et à leur terre. Les jeunes, eux, voulaient partir. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Quand les anciens ont vu leur maison détruite, ils se sont dit : « Assez ! » Mais pour les jeunes, plus question de partir dans ces conditions. On sent donc une réelle hésitation au sein de la population.

P. N.-D. – Qui avez-vous rencontré sur place ?

Mgr P. G. – Nos premiers interlocuteurs sont les autorités ecclésiales, c’est-à-dire les représentants des Églises chaldéenne – majoritaire –, et syriaque. Nous sommes également en contact étroit avec les autorités françaises, car même si nous sommes indépendants, nous travaillons en lien avec le consul de France à Erbil, avec l’ambassadeur de France à Bagdad, l’Agence française de développement, et avec des représentants du centre de crise du Quai d’Orsay – la pointe avancée du ministère pour les travaux de reconstruction, qui vient d’ailleurs de dégager 10 millions d’euros pour les personnes déplacées en Irak [1]. Et, bien sûr, nous sommes à l’écoute des chrétiens, dans les familles et dans les camps de réfugiés.

P. N.-D. – Qu’est-ce qui vous a marqué sur place ?

Mgr P. G. – Ce qui m’a profondément marqué, c’est l’acharnement de Daesh à faire disparaître tous signes chrétiens. Non seulement les visages – interdits dans la culture de l’Islam et systématiquement détruits. Mais aussi les simples croix de pierre au-dessus des clochers des églises. Désormais, c’est aux chrétiens de choisir librement ce qu’ils souhaitent faire, et pour cela, il faut qu’ils aient tous les éléments pour décider. Mais qu’ils restent ou qu’ils partent, nous sommes à leurs côtés. • Propos recueillis par Priscilia de Selve

[1De son côté, la Fondation Notre Dame soutient plusieurs projets sur place.

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