Comme en famille avec les sans-abris

Pour la deuxième année consécutive, St-Honoré d’Eylau (16e) accueille quatre personnes de la rue dans le cadre de l’opération diocésaine Hiver Solidaire.

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Autour de la table, quatre personnes de la rue et des paroisssiens de St-Honoré d’Eylau.
© Alexia Vidot

L’élégante Christine arrive pile-poil à 19 heures, brushing parfait malgré la pluie. L’église St-Honoré d’Eylau (16e) résonne d’une messe solennelle, mais la paroissienne de 82 ans s’engouffre sans ciller dans la salle accolée. « Ce soir, je suis le cuistot ! Un dîner pour neuf, c’est lourd, mais j’y ai mis tout mon amour. » À 20 heures, elle jubile car son pot-au-feu réchauffe et les corps et les cœurs. « Merci, c’est délicieux ! Cela me rappelle mon enfance », s’enthousiasme Pierre, 60 ans, fils d’ambassadeur congolais, à la rue depuis avril. « Il a des goûts délicats, alors c’est un vrai compliment ! », s’amuse Benoît, un paroissien retraité assis à sa gauche. De l’autre côté de la table, Omar, sourire franc, fait remarquer à Mustapha : « Manque plus que la semoule et on se croirait au pays ! » Et tandis que le jeune Sixte rejoint la tablée, Maurice, bonnet enfoncé jusqu’aux yeux, redemande des pommes-de-terre, « elles sont bonnes… »

« Comme en famille » est bien le maître-mot d’Hiver Solidaire, une opération lancée en 2008 par le Vicariat pour la solidarité, que St-Honoré d’Eylau a rejoint l’année dernière. Depuis le 8 décembre et jusqu’au 15 mars, 140 paroissiens se relaient pour accueillir Maurice, Pierre, Mustapha et Omar. « Avant de leur donner un repas et un hébergement, on leur offre de la chaleur, au sens propre mais surtout figuré », insiste Baudouin Maréchal, responsable du dispositif, qui relève parfois du casse-tête. Chaque jour, il faut veiller à ce qu’un « bienveilleur » accueille les hôtes matin et soir. Un « cuistot » prépare le dîner, et deux « anges gardiens » dorment avec les accueillis dans le local rénové par l’association Aux captifs, la libération. Régulièrement, le P. Matthieu Villemot, vicaire, est présent pour, explique-t-il, « rappeler que c’est la paroisse qui accueille, au nom du Christ ». Une crèche miniature trône sur la table du festin. Et voilà ramassée en une image ce qu’est, au fond, l’opération : aux sans-abris qui ne trouvent pas « de place dans la salle commune », l’Église ouvre son sein et ainsi se construit et s’unifie. Les accueillis ne s’y trompent pas. « L’être humain est fragile. S’il n’est pas entouré, il meurt. Ici, je me sens aimé », sourit Omar. Mustapha, lui, est touché par tant de bienveillance : « Laisser ses enfants pour venir dîner et dormir avec toi, tout le monde ne le ferait pas. » Ce que Pierre résume ainsi : « Ici, on redevient quelqu’un. » Sans ce supplément d’âme fraternel, jamais Maurice n’aurait accepté de tenter l’aventure. « Je suis un solitaire, dans la rue depuis 1988. C’est la première fois que je dors dans du dur », admet-il.

Et après ? N’est-ce qu’une goutte d’eau dans un océan de misère ? « Que quatre personnes soient traitées en frères et protégées de la faim et du froid pendant trois mois, c’est déjà formidable ! », se réjouit le P. Villemot. Et à l’accueil s’ajoute l’aide d’un travailleur social des Captifs pour guider chacun dans ses démarches administratives. Pierre n’a ainsi qu’un souhait : « Qu’en mars, on trouve un logement pour Maurice. » • Alexia Vidot

En chiffres

Lors de la dernière édition, durant l’hiver 2015-2016 :
- 159 personnes ont été accueillies
- 24 paroisses ont participé
- Avec l’aide de 2 000 bénévoles
- Et 2 travailleurs sociaux

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