Cardinalat de Mgr André Vingt-Trois

Le 24 novembre 2007, s’est ouvert à Rome un Consistoire ordinaire au cours duquel le pape Benoît XVI a créé 23 nouveaux cardinaux, dont Mgr André Vingt-Trois. 270 personnes venus de Paris, de Tours et de Sarcelles étaient venus accompagner l’archevêque de Paris. Retour sur ces 3 jours de pèlerinage.

Samedi 24 novembre

Dès 8h00, les 270 pèlerins, reconnaissables à leur écharpe bleue, constituant la délégation qui accompagne Mgr Vingt-Trois, se pressent devant St-Pierre. Ils attendent l’ouverture des portiques de sécurité. A 8h30, c’est la ruée.

La plupart parviennent à entrer dans la basilique et se dispersent selon les places assises disponibles, mais 80 pèlerins, moins rompus aux techniques que les Italiens pour passer en force se voient refuser l’entrée et relégués sur le parvis. L’attente est longue et permet donc d’engager la conversation avec son voisin américain, brésilien, irlandais ou sénégalais. A 10h30, le Consistoire commence avec l’entrée des 23 élus tête nue, suivis du pape.

La liturgie toute en latin est relativement simple à suivre : après que le Saint-Père ait appelé solennellement les 23 futurs cardinaux par leur nom, c’est la lecture de l’Évangile et l’homélie.

Le pape a notamment rappelé la mission à laquelle étaient appelés les cardinaux, en précisant que « ce n’est pas la recherche du pouvoir et du succès qui doit caractériser chacun de nos gestes et paroles, mais l’humble don de soi pour le bien de l’Eglise ». Il a également évoqué la situation des chrétiens d’Irak.

Ensuite les nouveaux cardinaux disent ensemble leur profession de foi et prêtent serment de fidélité et d’obéissance au pape et à ses successeurs. Puis chacun à son tour s’avance pour recevoir du Saint-Père la barrette rouge. A chaque fois, le Saint-Père dit : « Reçois cette pourpre en signe de la dignité et de l’office de Cardinal, elle signifie que tu es prêt à l’accomplir avec force, au point de donner ton sang pour l’accroissement de la foi chrétienne, pour la paix et l’harmonie au sein du Peuple de Dieu, pour la liberté et l’extension de la Sainte Église catholique et romaine. » C’est à ce moment-là aussi que le cardinal Vingt-Trois apprend que Saint-Louis des Français est l’église qui lui est attribuée.

La célébration se termine par le Notre Père. Quand l’orage accompagné de pluies torrentielles s’abat sur Rome, la célébration est finie depuis longtemps et les pèlerins à l’abri dans un restaurant peuvent partager leurs impressions. Celle de vivre un moment unique est partagée unanimement, même si la majorité n’a en réalité rien vu mais seulement entendu toute la liturgie.

Un déjeuner était offert à l’ambassade de France auprès du Saint-Siège en l’honneur du cardinal André Vingt-Trois. Mme Michelle Alliot-Marie, ministre de l’intérieur, conduisait la délégation officielle représentant la France.

Discours de madame le ministre Michelle Alliot-Marie, lors du Consistoire

Consistoire ordinaire public du 24 novembre 2007, allocution à l’occasion du déjeuner offert à la Villa Bonaparte en l’honneur du Cardinal André Vingt-Trois.

Messieurs les Cardinaux,
Excellences,
Monsieur le Maire de Paris,
Mesdames et messieurs,

C’est un grand honneur pour moi de conduire la délégation officielle représentant la France au consistoire et qui prendra part demain à la célébration de remise des anneaux aux vingt-trois nouveaux cardinaux.

Ma présence témoigne de la reconnaissance de l’État français, et du ministre chargé des cultes envers l’Église catholique : reconnaissance pour son rôle historique dans notre société, et pour sa contribution éminente à la définition d’indispensables repères moraux qui au-delà de ses seuls fidèles concernent nos concitoyens dans un monde désormais privé des grands paradigmes.

C’est un honneur et une joie, Monsieur le Cardinal, d’être à vos côtés au moment où une double confiance vient de vous être manifestée : celle de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI qui vous a créé Cardinal et celle des évêques de France qui vous ont choisi pour présider leur Conférence.

Ce deuxième Consistoire du Pontificat de Benoît XVI souligne une fois encore l’universalité de l’Église. Il rappelle aussi la place importante que l’Europe joue toujours en son sein.

Le Pape lui-même le soulignait dans sa leçon de Ratisbonne en septembre 2006, « le christianisme a trouvé son empreinte décisive en Europe » et a noué avec ce continent une relation élective en marquant profondément son histoire et sa culture".

Benoît XVI s’interroge sur le destin de l’Europe et sur la place qu’y tiendra à l’avenir l’héritage chrétien. Cela ne l’empêche toutefois pas de faire confiance, pour son conseil et pour le gouvernement collégial de l’Église, à des hommes qui en sont issus.

L’occasion m’est ainsi donnée de saluer chaleureusement les Cardinaux français.

Le Cardinal Roger ETCHEGARAY auquel me lie une ancienne et chaleureuse complicité. Il est aujourd’hui des nôtres par la pensée. Je lui adresse tous mes vœux de prompt et complet rétablissement.

Les cardinaux Paul POUPARD, Jean-Louis TAURAN et Albert VANHOYE qui œuvrent à Rome.

Les Cardinaux Jean HONORE, Philippe BARBARIN, Bernard PANAFIEU et Jean-Pierre RICARD qui exercent leurs missions en France.

Monsieur le Cardinal,

Vous voici aujourd’hui l’Archevêque de votre ville natale, vous l’enfant de la Montagne Sainte Geneviève, né dans un Paris occupé où vous avez fait vos études.

Ordonné prêtre par le Cardinal Marty vous devenez, dans la paroisse Saint Jeanne de Chantal, le vicaire de l’Abbé Jean-Marie Lustiger. Vous nouerez avec lui un lien indéfectible et vous l’accompagnerez dans plusieurs de ses charges. Je veux ici rendre hommage à la mémoire du Cardinal Lustiger et dire combien sa vie et son message ont compté et comptent encore.

De votre expérience multiple et des défis qui vous attendent, je retiendrai quelques thèmes.
Ils vous tiennent à cœur et ils ne peuvent laisser indifférents le gouvernement français.

L’enseignement et la formation d’abord. Vous êtes directeur au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux de 1974 à 1981, puis comme Vicaire général du diocèse de Paris vous supervisez la fondation de l’École cathédrale et de la Maison Saint-Augustin.

La raréfaction des vocations évoquée par Benoît XVI dans le message adressé à l’assemblée plénière de la Conférence des évêques de France n’est pas l’apanage de notre pays. Elle y fait cependant sentir fortement ses conséquences.

Cette situation vous amène, aux côtés du Cardinal Lustiger, à faire un effort particulier à Paris. Désormais c’est maintenant aussi à l’échelon national que vous serez amené à faire face à cette réalité.

La diminution du nombre de ministres du culte est souvent vécue avec difficultés par les populations locales. Elle peut fragiliser le tissu social.

La réflexion que vous menez au sein de la Conférence actuellement sur le rôle des prêtres et sur les vocations est donc d’une grande actualité.

Mais au delà des vocations et de leur évolution, je voudrais évoquer le rayonnement des prélats français. La France ne peut en effet être indifférente à la place qu’occupent ses compatriotes dans la Curie romaine, gage d’une bonne intelligence entre le siège de l’Église universelle et l’Église de France.
Les éminentes missions confiées récemment au Cardinal Tauran, à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux, à Mgr Mamberti, Secrétaire pour les rapports avec les États et à Mgr Bruguès, Secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique, honorent notre pays.
Nous espérons que nos compatriotes resteront présents et actifs dans la diplomatie du Saint-Siège. Nous sommes fiers que le français y demeure langue officielle.

Monsieur le Cardinal,

Parmi les autres questions de société, objet de votre implication figurent les questions éthiques. Vous défendez le droit, pour l’Église, d’interpeller les pouvoirs publics et la société sur certains sujets majeurs tels que la famille, l’accueil des immigrés, la bioéthique et très récemment encore l’engagement des jeunes au sein de la société.
Vous l’avez manifesté en bien des occasions, que ce soit en tant que membre du Conseil pontifical pour la Famille ou, tout récemment encore, à la messe de rentrée des responsables politiques, le 9 octobre.
J’ai dit lors de l’inauguration de la Maison de la Conférence des évêques de France le 4 juillet, que la contribution de l’Église est importante pour le débat public.
Elle permet d’éclairer l’ensemble de la société sur des enjeux qui dépassent, comme vous le disiez vous-même, les intérêts particuliers d’une religion.

Surtout, ajouterais-je, lorsqu’elle marque l’authentique souci de dialogue qui caractérise votre carrière ecclésiastique.

Archevêque de Paris vous participez au dialogue institutionnel instauré depuis 2002 entre le Gouvernement et l’Église.

Je voudrais rendre hommage ici au Cardinal Ricard. Il a su accompagner et faire vivre un dialogue conforme à cette laïcité qui est au cœur du Pacte français. Une laïcité non d’ignorance mais de tolérance.
Certains stéréotypes ont parfois la vie dure. Je souhaite que le dynamisme et la confiance de nos relations, auquel le Pape Jean-Paul II avait rendu hommage en 2005, soient mieux connus à l’extérieur et peut-être à Rome aussi.

Monsieur le Cardinal,

Interrogé il y a peu sur ce que le cardinalat apporterait de nouveau dans votre vie, vous insistiez sur l’invitation qu’il constituait pour vous à vous « occuper de l’Église universelle et d’être toujours plus attentif aux problèmes internationaux ».

En tant qu’ordinaire des Églises orientales de France, vous êtes déjà sensible à cette question. Les désordres du monde ont amenés sur notre territoire nombre de chrétiens maronites, melkites et syriaques, coptes et chaldéens d’Irak.

Je saluerai tout à l’heure au Palais apostolique, le Patriarche Emmanuel III Delly, Patriarche de Babylone des Chaldéens en lui disant l’admiration que suscite le courage de sa communauté martyre.

Le Président de la République, dans la lettre qu’il adressait après son élection, le 13 Juin à Benoît XVI rappelait qu’aux yeux de la France, la survie des minorités chrétiennes du Moyen-Orient était un gage de paix pour la région tout entière.

Notre diplomatie et celle du Saint-Siège partagent dans bien des domaines, des visions communes et notamment au Liban qui vit en ce moment des heures décisives de son histoire.

Les autorités françaises savent l’importance que revêt pour la paix mondiale, le dialogue entre les religions, dont le Cardinal Tauran a la charge pour l’Église catholique. Elles savent aussi l’enjeu que représente, pour le destin de l’Europe, l’œcuménisme. Benoît XVI vous a réuni sur ce thème hier, il en a fait l’une des priorités de son pontificat.

Votre discours de clôture de l’assemblée des évêques à Lourdes l’a montré, vous êtes, en tant qu’archevêque de Paris, Président de la Conférence épiscopale et désormais, membre du collège des cardinaux, un acteur éminent de ce dialogue.

Vous trouverez dans le Gouvernement français encouragements et soutien dans cette démarche. Nous serons toujours ensemble pour construire des ponts entre les hommes, pour lutter contre l’obscurantisme.

Monsieur le Cardinal, vous avez appelé les catholiques français à être « témoins d’une espérance », à « croire, espérer et aimer ». J’en retiens, sans le réduire à cette seule dimension, un message d’optimisme pour notre pays.

Ne croyons pas ceux qui prétendent que la République n’a plus la force de promouvoir l’idée de l’homme qui l’anime.
N’écoutons pas ceux qui soutiennent que les religions n’ont plus rien à nous dire dans un monde sécularisé.

Un dialogue apaisé, riche et confiant entre l’État et les religions peut être, pour tous, un signe d’espoir.
Je veux que ce dialogue au-delà des intentions ait une dimension concrète. Les travaux qu’ensemble dans le prolongement de la commission Machelon, nous conduisons pour améliorer concrètement les conditions juridiques du fonctionnement des cultes en sont l’expression.

Il est révolu le temps d’un État qui s’abritait derrière le principe de séparation des Églises et de l’État pour n’être qu’un simple arbitre, au prix d’un double manquement aux principes de l’Histoire comme à ceux du Droit.

J’entends que l’État soit un acteur majeur de la liberté religieuse dans notre pays.

Qu’il soit au cœur des attentes de ceux qui croient qu’il y a une différence entre le Bien et le Mal, de ceux qui sont convaincus que la réussite matérielle, personnelle ou professionnelle n’épuise pas le champ de l’Espérance, une Espérance dont Bernanos disait justement « qu’elle est la plus grande et la plus difficile victoire qu’un homme puisse remporter sur son âme ».

Monsieur le Cardinal Vingt-Trois, je veux vous redire, au nom du Président de la République et du Premier Ministre, notre fierté de vous voir désormais participer de plus près au Gouvernement de l’Église universelle. Nous nous réjouissons aussi de vous voir devenir Cardinal titulaire de notre Église nationale à Rome, Saint-Louis des Français.

Je vous invite, Éminences, Excellences, chers amis, à lever votre verre en l’honneur du Saint-Père, de tous les membres anciens et nouveaux du Sacré Collège, de l’Église et du dialogue toujours plus profond et chaleureux qu’elle entretient avec la République.

- Lire la réponse du cardinal André Vingt-Trois

À 15h30, les pèlerins se retrouvent pour la messe concélébrée par les prêtres de la délégation et présidée par le Cardinal Polycarpo, archevêque de Lisbonne. En introduction, Mgr Policarpo remercie Mgr Jean-Yves Nahmias de lui avoir demandé de présider cette messe. Il rappelle que la communion de l’Eglise ne se vit pas seulement entre les personnes, mais aussi dans la communion des Églises particulières prenant en exemple les liens qui se sont noués entre les Eglises de Paris et de Lisbonne lors des Congrès pour la nouvelle évangélisation.

Ensuite c’est le moment des visites de courtoisie : dans les palais du Vatican, les 23 nouveaux cardinaux reçoivent la visite de leurs amis et fidèles. C’est un cardinal rayonnant par son sourire et ses vêtements rouges qui accueille chaleureusement tous ceux qui viennent lui témoigner de leur prière et de leur soutien.

Le samedi soir, et rencontre avec les pèlerins à l’Augustinianum.
- Lire le texte de l’intervention du Cardinal Vingt-Trois.

Dimanche 25 novembre

Cette fois, pour être sûr de pénétrer dans Saint-Pierre, le départ des
pèlerins est avancé à 7h. Comme seuls les nouveaux cardinaux concélèbrent la messe du Christ Roi, avec le Pape, les prêtres célèbrent l’eucharistie à 6h. Ce matin, les deux premières lectures sont dites en anglais et en espagnol.

Dans son homélie, Benoît XVI a précisé à propos de l’anneau cardinalice qui va être remis aux nouveaux cardinaux : « sur l’anneau est représentée la Crucifixion. Elle sera toujours pour vous une invitation à vous rappeler de quel Roi vous êtes les serviteurs, sur quel trône il était assis et sa fidélité jusqu’à la fin pour vaincre le péché et la mort avec la force de la divine miséricorde ».

C’est après l’homélie, que le Saint-Père remet lui-même l’anneau en prononçant ces mots : « reçois l’anneau de la main de Pierre et que se renforce en toi l’amour du Prince des apôtres et de l’Église ».

Après le déjeuner pris tous ensemble – l’occasion de rencontres diverses et joyeuses – les pèlerins sont conviés à une réception à la villa Bonaparte, l’ambassade de France auprès du Saint-Siège, où les rejoint Mgr André Vingt-Trois. Alors qu’un groupe part à l’aéroport, un peu triste que ce soit déjà fini, les autres se rendent à pied à St-Louis des Français pour les Vêpres.

Lundi 26 novembre

A 8h, la messe est célébrée à Saint-Pierre de Rome devant le tombeau de Saint Pierre.

- Lire l’homélie du cardinal André Vingt-Trois

Comme tous ceux qui sont venus accompagner leur nouveau cardinal, les pèlerins, avec leur archevêque, ont rendez-vous ensuite à 11h pour une audience avec le Pape.

Pour saluer les pèlerins francophones (Français et de Dakkar), le Pape leur a adressé ces mots en français : « Que les cérémonies que nous avons vécues affermissent votre foi et votre amour du Christ et de l’Église. Je vous invite à soutenir vos pasteurs et à les accompagner de votre prière et que des jeunes acceptent de s’engager dans le sacerdoce ».


Compte-rendu rédigé par Frédérique de Watrigant (Paris Notre-Dame n°1213 du 29 novembre 2007)

- Lire le communiqué du 17 octobre : annonce du consistoire et principales interventions publiques de Mgr André Vingt-Trois depuis son installation à Paris, le 5 mars 2005

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