Deux tiers des évangéliques en Suisse réfutent la théorie de l’évolution

Selon les statistiques de l’OFS publiées cette année, 65% des évangéliques suisses contestent catégoriquement que la théorie de l’évolution puisse expliquer les origines du vivant. Symptôme d’un décalage entre les élites et la base dans les Églises évangéliques, ce phénomène témoigne d’une difficulté à confronter les croyances avec la société moderne. Il pourrait également avoir des retombées politiques.

L’évangélisme en Suisse est un mouvement chrétien, issu de divers réveils spirituels, qui représente 250 000 personnes et plus de 1 500 communautés différentes. Il ne doit pas être confondu avec les Églises évangéliques réformées, les Églises protestantes officielles.

Selon les statistiques de l’OFS publiées cette année, 65% des évangéliques suisses contestent catégoriquement que la théorie de l’évolution puisse expliquer les origines du vivant. Symptôme d’un décalage entre les élites et la base dans les Églises évangéliques, ce phénomène témoigne d’une difficulté à confronter les croyances avec la société moderne. Il pourrait également avoir des retombées politiques.
Photo : Sur une voiture en Virginie, un poisson, symbole chrétien, marqué du mot « vérité » avale un poisson à pattes, symbole anti-créationniste, sur lequel il est écrit « Darwin ». Chris Chan.

Par Noriane Rapin

Entre les élites et la base, un discours différent
Étant donné que l’OFS se penche pour la première fois sur le contenu des croyances, c’est la première fois également que l’on a accès à ce que croit la « base » des évangéliques. Or, « entre l’élite et la base, le discours est différent », souligne Philippe Gonzalez. « Les intellectuels représentés dans le Réseau des scientifiques évangéliques, par exemple, pensent que l’évolution est tout à fait compatible avec la création. Mais au niveau de la base, cela ne suit pas ! C’est plutôt un cheval de bataille de gens qui sont très militants et directement aux prises avec les théories créationnistes venant d’Amérique du Nord. Ils bousculent la régulation à la fois théologique et scientifique qu’essaient de mettre en place les Églises évangéliques. »

Reconnaissance par l’État et enseignement religieux
L’enjeu concret de la polémique antiévolutionniste, c’est la reconnaissance des communautés évangéliques par l’État. « Dans le canton de Vaud, en tout cas, une certaine pression s’exerce sur les communautés qui n’ont pas encore été reconnues », explique Philippe Gonzalez. « Il existe une charte, mise au point par l’État, qui précise que l’enseignement religieux ne peut pas aller à l’encontre d’un contenu scientifiquement attesté. »

Cela expliquerait, par exemple, les réactions des cadres des Églises évangéliques lors des récentes controverses autour de l’enseignement du créationnisme dans les écoles chrétiennes. « Les représentants évangéliques affirment que les Évangéliques suisses ne sont pas créationnistes », ajoute le sociologue. « Effectivement, les élites ne le sont pas, mais le problème, c’est que la base l’est ! Et c’est précisément cette base qui met ses enfants dans les écoles confessionnelles pour amortir le choc entre les croyances religieuses et les éléments attestés par les sciences naturelles. »

Articuler la science et la foi
Le problème plus général qui se cache derrière la question de l’évolution est celui du rapport entre croyance religieuse et savoir scientifique. Pour Philippe Gonzalez, « ces chiffres montrent que cette articulation est un problème complexe, très pertinent pour les Évangéliques, et ils sont une sérieuse indication du fait qu’il faudra se mettre à travailler sur la question avec la base ».

« Je pense qu’une explication possible est qu’il y a de la part de certains Évangéliques une mauvaise compréhension de ce qu’est une théorie scientifique et, en particulier, celle-ci », analyse Philippe Thueler. « J’ai l’impression que pour un bon nombre d’entre eux, répondre oui à cette question revient forcément à renier que Dieu est créateur. Or ce n’est pas le cas. Cela montre qu’il y a de la formation à faire. On ne croit pas en une théorie scientifique : ou elle marche, ou on la réfute. Par ailleurs, d’autres ne se privent pas d’utiliser la théorie de l’évolution pour nier l’existence de Dieu, ce qui est aussi indéfendable ! »

Quelles mesures la FREE prendra-t-elle en matière de formation ? « Rien de spécifique n’est prévu sur cette question, qui a déjà été posée par le Réseau des scientifiques évangéliques, car cela fait deux ou trois ans que l’on réfléchit à la présence de l’Église dans un monde post-moderne, lors de retraites ou de conférences. Je crois qu’il faut intégrer le fait que le monde a changé et est devenu pluraliste, globalisé. Cela doit modifier nos pratiques et faire évoluer notre positionnement par rapport au monde. »
Protest-info

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