« Développer un humanisme numérique »

Paris Notre-Dame – La Journée d’étude, jeudi 18 février, de la Chaire des Bernardins 2015 2017 « Où en est l’humain face au numérique ? », a été l’occasion de dresser un premier bilan après un an de recherche. Quels en sont les premiers enseignements ?

P. Frédéric Louzeau – Il a d’abord été remarqué que, contrairement à ce que nous pouvons penser spontanément, le numérique n’est pas d’abord un ensemble d’outils ou de supports, mais avant tout un environnement, un milieu dans lequel nous vivons.
Et comme tout environnement, il entre en interaction avec l’être humain et affecte toutes les grandes dimensions de son existence : la confiance entre les êtres, la présence des uns aux autres, l’accès à la vérité, les échanges économiques, amicaux, amoureux… Nous avons donc commencé, pendant cette année de recherche, à dresser une cartographie des grandes valeurs et expériences humaines qui sont affectées par le numérique, et à la manière dont elles le sont.

P. N.-D. – Quels sont les défis soulevés par cette interaction entre ce nouvel environnement et l’être humain ?

P. F. L. – Ils sont multiples ! L’un de ceux dont je parlerais ici est le rapport entre l’autonomie des individus et ce qui peut être confié à la machine. Il est important, en effet, de sortir de la fascination du numérique. L’homme doit réfléchir, il n’est pas obligé de tout déléguer à l’ordinateur. Il y aussi la question de la justice. Comme toute invention humaine, le numérique crée ou renforce des inégalités entre les êtres – aujourd’hui, une personne qui n’a pas accès au numérique va être très handicapée dans sa vie quotidienne. La question est alors de savoir comment résorber ces inégalités. Enfin, le dernier défi dont je ferais mention ici, est la question des relations humaines et la manière dont nous y sommes engagés. Car si le numérique nous permet d’échanger avec des personnes du monde entier, il ne dit pas grand-chose de la qualité de l’engagement au sein de nos relations. Le défi, ici, est donc de réussir à garder suffisamment d’énergie, de temps, de disponibilité, pour être pleinement présent dans diverses relations, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’espace numérique.

P. N.-D. – Comment se déroulera la suite de la chaire ?

P. F. L. – Nous allons poursuivre la cartographie ainsi que la réflexion sur ces fameux défis. L’idée sous-jacente est, finalement, de montrer que nous ne sommes pas condamnés à subir le numérique et, qu’au lieu de le maudire ou de le déifier, il faut développer une culture, un humanisme, un art d’être comme dans l’environnement numérique. En prenant le temps de porter cette réalité, de l’éprouver, et en croisant les regards, la recherche peut donner quelques clés pour tâcher d’habiter cet environnement de manière plus humaine. Cela rejoint finalement la nouvelle évangélisation ! Être présent aux questions du monde et montrer ce que la puissance de l’Évangile y accomplit : apprendre à nous délivrer de ce qui est mauvais et ouvrir des voies d’épanouissement. • Propos recueillis par Isabelle Demangeat

La chaire autour du numérique, dont les co-titulaires sont Milad Doueihi et Jacques-François Marchandise, se tient jusqu’en 2017. Elle propose, tous les semestres, des journées d’études ouvertes à tous. La prochaine sera axée sur l’apprentissage et la formation à l’ère du numérique et se tiendra, au Collège des Bernardins, le jeudi 6 octobre. Infos : 20 rue de Poissy (5e) ; 01 53 10 74 44 ; www.collegedesbernardins.fr

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