« Devenir les artisans inlassables de la démocratie locale »

Dans un contexte de crise sociale, sanitaire et économique, le pouvoir en place peine à convaincre le peuple français. Que signifie cette désaffection ? Comment l’interpréter ? Comment, en tant que chrétien, exercer sa citoyenneté ? Les réponses du P. Marc Lambret, curé de Ste-Clotilde et directeur du Service pastoral d’études politiques.

Le P. Marc Lambret est curé de Ste-Clotilde (7e) et directeur du Service pastoral d'études politiques (Spep).
Le P. Marc Lambret est curé de Ste-Clotilde (7e) et directeur du Service pastoral d’études politiques (Spep).
© Isabelle Demangeat

Paris Notre-Dame – Nous observons aujourd’hui en France une vraie défiance de la population vis-à-vis de ses gouvernants. La crise sanitaire de la Covid-19 semble avoir accéléré cette attitude. Qu’en pensez-vous ?

P. Marc Lambret – Nous sommes dans une société adolescente. Les gouvernants ont tort d’être gouvernants comme les parents, pendant l’adolescence, ont tort d’être parents. Mais ils le sont. Si la maison brûle, ils doivent quand même appeler les pompiers. Du coup, on est prêt à mettre le feu à la maison pourvu que les parents appellent les pompiers. Qu’ils nous rassurent un peu. Les responsables politiques aux affaires sont de plus en plus fragilisés par un discrédit général. Fragilisés dans leurs comportements, et certainement dans leurs décisions. Tout ceci est inquiétant. Cela signifie que l’exécutif reprend des forces chaque fois qu’il touche terre. Le risque est de faire advenir un pouvoir autoritaire. Car quand le peuple est de moins en moins adulte et responsable, il risque de plus en plus d’accepter un père fouettard.

P. N.-D. – Peut-on parler d’une crise politique ?

M. L. – Je ne pense pas. Une crise politique s’observe lorsque les responsables politiques sont compromis en sorte que se trouve mise en question leur légitimité. Je crois que ce que nous vivons est plus profond. Il s’agit d’une crise de la société, de la pensée dans la société et de la pensée de la société. Le paysage de la pensée est ravagé. Il y a cinquante ans, nous avions une pensée structurée. Elle était souvent conflictuelle, débattue, mais très forte. Et cette pensée s’incarnait dans des structures politiques, syndicales, associatives… Notre drame, en France, a été de croire et de sacraliser Michel Foucault ou Jacques Derrida. D’avoir cru à la déconstruction. Aujourd’hui, nous sommes devenus aveugles à ce que signifie une culture, une société. Nous ne pensons plus qu’individu, personne et génie personnel. C’est une infirmité de pensée considérable qui est corrélée à la fragilité de nos sociétés. Et donc aux menaces qui pèsent sur nous. On pense « opinion ». On sait que cette opinion peut changer d’un jour à l’autre et on trouve cela normal, sans se rendre compte à quel point ce comportement disqualifie l’idée même d’opinion. Le problème derrière cela est la question de la vérité. Il existe toujours une vérité qui se fonde grosso modo sur les faits. Mais ces faits ne doivent surtout pas contrevenir à ce que « je voudrais qu’ils soient ». « Les faits n’ont pas raison contre mes rêves. » N’importe qui est aussi légitime que n’importe qui. C’est le degré zéro de la culture.

P. N.-D. – Comment, dans ce contexte, accompagner les gouvernants de notre pays ? Quel est le rôle des chrétiens ?

M. L. – Nous pouvons intervenir et agir dans cette culture en étant non jacobins, non centralisateurs. En étant les artisans inlassables d’une démocratie locale, qui est, d’ailleurs, honorée dans Laudato Si’. C’est le levier. Cela signifie exercer son droit de vote à un niveau local mais aussi redynamiser, revitaliser le tissu socio-associatif… Notre vieille Europe peut s’effondrer. Elle peut s’effondrer politiquement et donc socialement, culturellement. Et elle peut ne pas s’effondrer. Je pense que le pape sait en tout cas qu’il ne faut pas trop miser sur elle. Ce n’est pas une histoire de sensibilité personnelle ou d’« argentinisme ». C’est une évaluation rationnelle. Continuons à être catholiques, à écouter le pape, à promouvoir sa pensée, à aller à la messe dans nos paroisses, en ayant conscience de la cohérence profonde de notre foi, que tout cela se tient et sauve le monde dès maintenant.

Propos recueillis par Isabelle Demangeat @LaZaab

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