L’Église
Catholique
À Paris

Dieu nous a-t-il envoyé le coronavirus ?

La pandémie qui frappe le monde et la France nous oblige à imaginer d’autres formes d’initiatives pastorales. Elle soulève beaucoup d’interrogations sur la façon de maintenir le lien entre nous, de rester présent auprès des plus fragiles… Elle pose aussi la question de Dieu. Afin de nous aider dans ce temps éprouvant, nous avons décidé d’ouvrir cette page à des prêtres de Paris, afin qu’ils puissent nous nourrir de leurs réflexions.

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Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris, vicaire général.
© Marie-Christine Bertin

Il y a un an, notre diocèse perdait sa cathédrale. Aujourd’hui, toujours pendant le temps du Carême, nous célébrons des messes sans peuple ! Le toit de la cathédrale brûlait, laissant dans la nuit de l’incendie, cette croix glorieuse, briller au fond de Notre-Dame. Quand on me demande si Dieu a voulu cet incendie, je donne cette image parce qu’on peut tout faire dire à Dieu, tout lui faire porter de nos incompréhensions ! Le Dieu auquel nous croyons n’est pas présent que dans les malheurs ou les bonheurs, comme s’il les distribuait au moment où un évènement nous bouleverse. Il n’est pas absent parce qu’il y a un malheur. Il est toujours avec nous, c’est nous qui ne sommes pas avec Lui. Mais l’incendie ou le coronavirus peuvent être l’occasion pour certains de lui faire porter le chapeau.

Le coronavirus sème la peur parce qu’il est invisible : on ne le maîtrise pas (encore), il est sournois, possiblement mortel et on peut le transmettre sans le savoir. Comme le mal, comme le péché, on le connaît par les dégâts qu’il laisse en nous et autour de nous. Ce micro virus fait réfléchir toute notre planète sur la question de nos orientations de vie : le virus n’a pas de frontière, il n’a pas d’autre vecteur de transmission que notre corps, notre salive, notre volonté. Il pose à chacun la question de son incarnation, de la solidarité, du sens de la responsabilité. C’est d’abord notre attitude, notre comportement qui est au cœur de cette question : Comment vivons-nous ? Comment protégeons-nous l’autre ? Dieu n’envoie pas le malheur, mais la question se pose : « pourquoi ne fait-Il rien ou ne l’empêche-t-il pas ? ». La réponse, s’il y en a une, je peux la chercher soit dans l’instantané de ma révolte, soit en revisitant, dans ce malheur, ma relation à Jésus, Fils de Dieu.

Dans sa Passion, il subit le mal injuste et il reste pourtant un homme de foi, d’amour et d’espérance dans tout ce malheur. Il est décentré de lui-même, parle à sa mère, annonce au bandit qu’il sera au Paradis le soir même, prend soin de son disciple… Il ne cherche pas le sens de sa souffrance (une explication théologique), il donne du sens (aimer, pardonner, servir, sauver) à ce qui n’a pas de sens en soi ! Ce malheur que nous subissons est-il aujourd’hui l’opportunité de redonner un sens à notre vie ?

Et nous voilà, en même temps, privés de la messe pour plusieurs semaines : en plein Carême, une ascèse eucharistique ! En fait, non : les prêtres célèbrent chaque jour le sacrifice du Seigneur. La messe est dite, mais vous n’êtes plus là pour la vivre physiquement, pour communier au corps du Christ. Vos intentions de messe sont portées par les prêtres qui redécouvrent, eux, la célébration de la messe, seul ou presque.

Nous ne sommes pas dépositaires d’un mystère terrestre, visible, nous célébrons cette manière dont Jésus a choisi de se rendre présent à nous : dans la réalité sacramentelle. Elle nous situe dans une autre dimension, celle de la foi en Jésus ressuscité. Dimension qui s’éprouve, aujourd’hui dans son manque, mais qui ne se prouve pas. Ou plutôt, sa preuve, c’est la charité qui chasse la peur, c’est la miséricorde qui visite les malades, c’est la foi qui ne cesse pas de prier. Dans cette croix que nous vivons, le chrétien est signe de la double dimension qui structure sa vie : l’horizontalité pour vivre la fraternité, et la verticalité qui est la source de toute vie.

P. Philippe Marsset

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