Editorial du Père Bascoul - décembre 2018

Moins de murs, plus de ponts, entre les Églises !
Le Forum Chrétien Francophone, modalités et rencontres ; chronique de Paris ; les luthériens ; foyers mixtes ; le mois œcuménique,
et le message de l’Inspecteur ecclésiastique, Jean-Frédérique Patrzynski

Moins de murs plus de ponts entre les Églises !
Le Forum Chrétien Francophone, duplication du Forum Chrétien Mondial, s’est tenu à Lyon à Valpré chez les religieux de l’Assomption du 28 au 31 octobre 2018. Il restaurait une pédagogie du dialogue plus rassembleuse inclusive envers les chrétiens habituellement dubitatifs sur le bien-fondé du dialogue œcuménique. En effet si l’occident vit un climat de tolérance qui relativise les séparations, il est des pays comme le Brésil où la norme des relations entre chrétiens est le débauchage et le dénigrement de l’autre. Versant négatif d’un réel dynamisme de toutes les Églises (y compris de l’Église catholique, la plus attaquée dans ce contexte en raison d’une hégémonie encore récente). Alors l’œcuménisme est souvent synonyme de compromission, relativisme et abandon de la mission. Dans les pays francophones, si les pays d’Europe sont dans un relatif climat de bienveillance plongé dans un océan d’indifférence, l’Afrique francophone est, elle, dans un climat de concurrence et de dynamisme missionnaire des Églises, porté par un climat de religiosité et aiguillé par la mission islamique qui ne ménage pas ses efforts (construction de mosquées, bourses d’études en Arabie saoudite) pour étendre son influence et venir dans la compétition des religions entre elles. J’ai été personnellement interpellé par l’aveu d’un participant évangélique Belge sur la difficulté de parler publiquement de Dieu dans le contexte sécularisé de son pays ; vouloir témoigner de Dieu est sous nos climats une incongruité, même si on trouvera toujours des témoins qui ont le sentiment de rejoindre la soif de spiritualité de nos contemporains. Cela n’est pas contradictoire, dans la mesure où le besoin de spiritualité et le témoignage chrétien ne se recouvrent pas automatiquement, mais ne s’excluent pas non plus. Face à l’atomisation du « marché » des croyances, les chrétiens seraient sans doute plus crédibles s’ils s’appréciaient et se fréquentaient d’avantage, sans renoncer à la spécificité de leur confession de foi. Si la foi est unique et don de Dieu, les confessions comme expressions circonstancielles et historiques de la foi ont à être purifiées et revisitées dans la perspective du commandement de Jésus : « que tous soient un ».

Une méthodologie de la rencontre
L’originalité de cette rencontre fut certainement dans les modalités de l’échange : il ne s’agit pas de débattre pour arriver à une position commune, mais il s’agit dans un premier temps de « raconter le récit de notre cheminement avec Jésus Christ » puis dans un second temps de « rendre grâce pour ce qui dans le récit de l’autre m’a touché, surpris ou interpellé ». Les groupes chrétiennement diversifiés rassemblant une douzaine de participants étaient composés par l’organisation et confiés à un modérateur. L’exercice permettait un partage en profondeur à cause du climat de confiance ainsi crée. Autre spécificité : les prières se faisaient selon les diverses traditions, office orthodoxe, laudes catholiques, prière charismatique. Pour le reste, la rencontre fut plus classique, avec des témoignages ou des conférences, le partage des repas, une ‘ballade découverte’ des communautés chrétiennes de Lyon et une célébration veillée dans le nouveau campus de Université Catholique de Lyon (UCLY), ancienne prison Saint Luc.

Rencontres inattendues
Parmi les rencontres improbables, je signale celle de la Tribu Chrétienne Hérétique Altermondialiste Autogérée Prière (Tchaap) située dans l’Eco-Hameau chrétien de la ferme de la Chaux à Bussière-sur-Ouche. On y voit comment de jeunes chrétiens veulent vivre un « néo-monachisme » et accueillir dans un esprit « Laudato si’ » de dialogue et d’ouverture « non prosélyte » un public altermondialiste et anarchiste. L’anarchisme chrétien à une histoire déjà ancienne, Léon Bloy et Bernanos en furent des représentants ; dans le monde évangélique, on remarquera Jésus Freaks international. Enfin citons encore les promoteurs de Jésus célébration 2033 qui ont profité de ce Forum pour faire connaître leur projet de célébration œcuménique mondiale de la résurrection.

Chronique de Paris
Les trois événements qui sont rapportés maintenant ont eu lieu à Paris et plus précisément dans le quartier des Champs-Elysées. Ce n’est pas que la vie œcuménique se concentre dans les seuls « beaux quartiers », mais beaucoup d’Églises qui se sont implantés dans cette partie du huitième arrondissement l’ont fait en raison de la proximité des représentations diplomatiques. Mais nous n’oublions pas que d’humbles hangars sont aussi devenus de ferventes églises implantées par les diasporas dans les banlieues de Paris, Lyon ou Marseille. Aujourd’hui, ces lieux de prestige drainent des fidèles qui viennent de loin et à cause de la facilité d’accès.

La Cathédrale américaine de Paris est le siège de la « convocation des Églises épiscopales en Europe » qui est l’équivalent d’un diocèse, appartenant à l’Église épiscopalienne des Etats-Unis et participant à la Communion anglicane. Magnifique monument néo-gothique, la cathédrale de la Sainte-Trinité borde l’avenue Georges V et abrite une galerie (cloître) dans laquelle se trouvent gravées dans la pierre le nom des batailles de la première guerre mondiale où les 2 millions de soldats américains furent engagés et laissèrent plus de 300 000 des leurs sur le sol de France. Sous la conduite de Madame le Doyen Lucinda Laird, une célébration de l’anniversaire de la dédicace s’y est tenue en présence de représentants d’autres Églises et d’autres religions.

Le Révérend Mark Osborne a été accueilli à l’Église Saint-George de Paris de l’archidiaconé de France du diocèse d’Europe de l’Église d’Angleterre le 10 novembre 2018. Ce fut l’occasion de voir se déployer une belle liturgie d’accueil avec les offrandes faites au nouveau pasteur par les représentants des différents services et groupes paroissiaux, petits cadeaux symboliques comme la partition de musique offerte par la chorale, un livret offert par le P. Franck Lemaitre, dominicain, pour affirmer l’importance de l’engagement œcuménique, et l’invitation faite au curé de la paroisse catholique pour un petit mot de bienvenue. La célébration était présidée par Mgr Robert Innes, l’évêque du diocèse d’Europe, dont le siège est à Gibraltar.

La Métropole grecque-orthodoxe de France est un exarchat (éparchie ou diocèse) du patriarcat œcuménique de Constantinople. Mgr Emmanuel en est le titulaire, et à ce titre il est aussi le président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France qui regroupe toutes les Églises orthodoxes de rite byzantin présentes en France, sur les quatorze Églises orthodoxes qui se reconnaissent en communion. La plupart ont un évêché en France, comme le patriarcat de Moscou ou celui de Bucarest. Elles peuvent aussi n’avoir que des paroisses dépendant d’un évêque dans le pays d’origine. Le samedi 10 novembre 2018, Mgr Maxime de Mélitène, évêque auxiliaire pour les paroisses grecques en France, a reçu la consécration épiscopale lors d’une célébration présidée à la cathédrale Saint-Stéphane de Paris.

En marche vers l’unité
Le synode régional de l’Inspection luthérienne d’Île-de-France, qui s’est tenu les vendredi 16 et samedi 17 novembre 2018, a dû aborder la question de la fusion avec le Consistoire Réformé. Bien qu’au niveau national les deux Églises n’en font plus qu’une depuis 2013, l’Île-de-France a cette spécificité d’être la deuxième région la plus importante de tradition luthérienne en France, après celle de Montbéliard. Les membres du synode ont donc aussi à régler des questions de fond : comment garder l’identité luthérienne dans un ensemble dominé par la tradition réformé et, deuxième question importante, comment garder la dévolution des biens immobiliers dans le futur ensemble. Questions sensibles : comment faire fructifier l’héritage que nous ont transmis les anciens, sans le thésauriser ni le dilapider. [1]

Foyers mixtes
Le dimanche 25 novembre 2018 se tiendra la rencontre nationale des foyers mixtes interconfessionnels chrétiens, à l’évêché de Créteil. Les foyers mixtes sont toujours une force d’interpellation pour les Églises. Mais aujourd’hui plus qu’hier, c’est l’indifférence et la sécularisation qui marginalisent les chrétiens, et, parmi eux, les couples mixtes perdent de leur originalité à une époque où le non-mariage est un phénomène de masse, et où les couples qui se présentent au mariage chrétien sont en situation de disparité de culte, c’est-à-dire qu’un n’est pas baptisés sans être le plus souvent d’une autre religion, mais plutôt sans religion.

Le mois œcuménique
Nous signalons deux évènements parisiens auxquels nous sommes plus particulièrement associés, mais qui ne sont heureusement que deux gouttes d’eau dans l’océan des propositions rapportée dans le calendrier
Le 7e Festival du Beau pour l’Unité aura à Saint-Ferdinand-des-Ternes (Paris 17e), les 11 et 12 janvier 2018
La célébration pour la Semaine de Prière pour l’unité des chrétiens en présence des responsables d’Églises de la région parisienne aura lieu au cathédrale Saint-Stéphan, le mercredi 23 janvier 2019 à 20h30-21h30
P. Jérôme Bascoul

SYNODE DE L’INSPECTION DE PARIS DES 16 – 17 NOVEMBRE 2018
MESSAGE DE L’INSPECTEUR ECCLESIASTIQUE

Bâtir sur la confiance
L’année dernière, je vous parlais dans mon message, de l’Église et de son unité. Unité qui ne peut être vécue que dans la diversité. Cette vie d’Église nécessite une pleine confiance. Une confiance que nous sommes appelés à tisser entre nous : paroisses, pasteurs, conseil régional et Église nationale. Vivre l’unité demande de la loyauté entre les individus et les institutions. Alors bien sûr, il est toujours possible de dire que la confiance se mérite et qu’avant d’accorder notre pleine confiance, nous devons nécessairement questionner et mettre en doute tout ce qui pourrait venir de l’autre et, notamment, de l’institution. Si l’on en reste là, nous sommes conduits à vivre dans une méfiance perpétuelle. N’est-ce pas d’ailleurs ce que nous vivons dans la société ? Nous nous méfions de ce que peuvent dire les politiciens, le gouvernement et le président de la République : Disent-ils vraiment ce qu’ils pensent ? Font-ils vraiment ce qu’ils disent ? Et les médias sont-ils vraiment objectifs ? Voilà ce que nous entendons souvent et que, parfois, peut-être, nous pouvons, nous-mêmes, prononcer. Et voilà que jusque dans l’Église, nous nous apercevons, que nous pouvons vivre dans ce même climat de défiance.

Mais, si nous nous méfions systématiquement des autres et de l’institution, ne sommes-nous pas tentés de nous interroger et d’aller encore plus loin : pouvons-nous faire confiance à notre Dieu, notre Père ? Vous vous étonnez, peut-être, de ma question. Et pourtant… Nous sommes tous prêts à affirmer haut et fort que nous faisons pleinement confiance à notre Dieu. Mais de quelle confiance parlons-nous ? Est-ce une confiance comparable à celle d’Abraham, de Moïse ou de Marie ? Une confiance totale et inconditionnelle ? Si nous sommes honnêtes intellectuellement et spirituellement, ce dont je ne doute pas, nous sommes conduits à reconnaitre notre faiblesse en ce domaine. Car, n’est-il pas vrai, que notre Seigneur peut souvent nous déranger et nous troubler ?

Nous pouvons faire des plans et monter des projets, imaginer des actions mais Dieu, par son Esprit, peut très bien modifier tout ce que nous avons élaborés et envisagés. Nous ne pouvons pas aller à l’encontre de sa volonté. Nous le savons tous et nous en avons fait, ou nous en faisons encore, l’expérience. Les disciples, eux-mêmes, ont vécu cette épreuve ! Rappelons-nous Pierre qui a été conduit, par Dieu, à aller annoncer l’Évangile aux incirconcis alors que cela n’était pas dans ses desseins (Cf. Actes 11/1-18). Comme le dit la sagesse populaire : « l’homme propose mais Dieu dispose ».

Contre vents et marées, faire confiance à Dieu
Nous devons admettre que nous ne maitrisons rien ! J’entends des murmures : « Ce n’est pas normal qu’un Inspecteur ecclésiastique puisse parler ainsi ».
Pourtant, il faut bien le reconnaitre ! Nous ne maitrisons rien. Dieu est celui qui nous conduit dans nos existences personnelles et communautaires. C’est ce que je vous déclarais déjà l’année dernière, en citant abondamment le pasteur Dietriech Bonhoeffer. Comme le dit un cantique, nous devons tout remettre entre les mains du Seigneur. Oui, nous sommes appelés à nous réjouir de l’intelligence qu’il nous donne pour que nous imaginions des plans et des projets d’action. Mais il nous faut aussi apprendre à nous laisser humblement guider par lui. Ce qui implique que nous acceptions de ne pas rester figés dans nos résolutions telles que nous les imaginions et qui seraient immuables et que nous renoncions à nos certitudes souvent trop humaines.

« Choisir la confiance » ! Tel fut le mot d’ordre que nous nous sommes donnés à la création de l’Église protestante unie de France. Permettez-moi de vous redire ce qui était écrit sur des badges et distribués à Lyon en 2013 (vous les avez peut-être gardés) : « Jamais sans confiance ; Semeur de confiance ; Semeuse de confiance ; Attention confiance contagieuse ; Choisir avec toi la confiance ; Faire confiance profite gravement à votre santé et à celle de votre entourage ; Toi+Moi=Confiance ; Confie à Dieu ta route ; Je suis confiant, et alors ? ». Autant de mots d’ordre pour chacune et chacun de nous ainsi que pour notre Église ! Cependant, cela réclame que nous sachions nous adapter à la volonté de notre Père et discerner ainsi les chemins qu’il veut que nous prenions.

Il est possible que nous discernions un but à atteindre et que nous pensions, qu’il n’existe pour cela qu ’un seul chemin possible qu’il faudrait suivre inexorablement à n’importe quel prix. Mais voilà que sur ce chemin que nous pensions sûr et certain, des portes se ferment et des murs s’érigent. Que faire ? Nous voyons toujours le but à atteindre mais des obstacles apparaissent que nous n’avions pas prévus. Serait-ce l’œuvre du diable ? Nous serions-nous trompés de but ? Et si, plus simplement, nous acceptions que ce soit le chemin qui nous paraissait irrévocable, qui n’était pas le bon ?

En cet instant, je voudrais vous faire part de mon expérience sur le sujet. Un but m’a été donné par le Seigneur : annoncer son Évangile de libération, de paix, d’amour et de fraternité. Je pensais que cela ne devait se faire qu’à Paris et dans sa région, mais le Seigneur avait d’autres vues et il m’a envoyé à Lyon. Je ne le voulais pas, un peu comme Jonas. Pourtant, aujourd’hui, il me faut avouer et reconnaitre que, même si cela était contraire à ma volonté, ce fut une grâce admirable que le Seigneur me donna. Un autre exemple, puisque c’est l’heure des confidences, est la création de l’Église protestante unie de France. Vous le savez, je faisais partie de ceux qui ne la voulaient pas. Le vote, à Sochaux en 2007, me montra que c’était le chemin décidé par le Seigneur (vote à bulletin secret des deux collèges avec 1 voix contre dans chacun). Cela ne pouvait pas venir du diable qui sépare, alors que, là, nous étions dans une œuvre d’unité. L’Église unie n’était pas mon but mais bien celui de notre Dieu. Qu’y pouvais-je ? Et, dans le même temps, mon Dieu me donna un travail, une mission : que la spiritualité luthérienne ait pleinement sa place dans la nouvelle Église. Il me donnait un but que je n’avais donc pas choisi, et je savais que le chemin ne serait pas facile et simple. « N’aies pas peur ! » « Ne crains pas ! » furent les paroles que j’entendais alors et que Dieu me donna.

Ne pas craindre ! C’est ainsi que nous retrouvons l’idée de la confiance dont je parlais au début de ce message. Non, la spiritualité, la théologie, la liturgie luthérienne ne disparaitront pas. Néanmoins, j’entends encore trop souvent s’exprimer cette peur et cette méfiance à l’égard des autres : « les luthériens vont disparaitre, leurs traditions et leurs liturgies vont également s’éteindre et se dissoudre ». Cette défiance révèle, pour moi, tout d’abord, un doute quant à notre capacité à porter et à transmettre notre tradition. En effet, si nous devions disparaitre, ne serait-ce pas parce que nous n’aurions pas su faire fructifier ce que le Seigneur nous a confié ?

Je peux aussi percevoir une défiance à l’égard du national. Seulement, le Conseil national vient de décider de créer un fonds immobilier dédié aux immeubles luthériens. Cela veut dire que nos bâtiments luthériens qui seraient devenus propriété de l’Église nationale, ne peuvent pas disparaitre par une vente sauf si une assemblée générale d’une paroisse en décide autrement, comme le précise la décision du synode national de Lezay : « … Le comité directeur de l‘association propriétaire est seul juridiquement compétent pour toutes les décisions qui relèvent du propriétaire ou de l’attributaire… Toutefois le Conseil presbytéral et l’Assemblée générale de l’association cultuelle utilisatrice du bâtiment se prononcent préalablement dans les mêmes conditions que si l’association cultuelle était elle-même propriétaire. » (J’insiste : « dans les mêmes conditions que si l’association était elle-même propriétaire »).

On entend aussi encore que nos liturgies ne devraient plus exister mais, sur le site de l’Église nationale, elles ont toute leur place. On y trouve même des liturgies de la Semaine Sainte et de la vigile de Noël qu’un trop grand nombre d’entre nous n’utilisent plus ou pas. La dernière version de la liturgie dominicale publiée par l’EPCAAL et présentée officiellement le 13 octobre dernier, aura sa place également sur le site national.

Toutefois, soyons justes : c’est vrai, j’ai un réel souci quant à notre spécificité luthérienne. Seulement, je ne suis pas méfiant à l’égard de l’extérieur mais bien de l’intérieur. Car, en effet, dans nos paroisses luthériennes, j’entends parler de « présentation d’enfants » ou même de « rebaptême ». Sommes-nous encore dans une théologie et une spiritualité luthérienne alors ? Le pauvre Martin Luther qui a combattu les anabaptistes, doit faire éclater sa colère dans le Royaume ! Certes, nous pouvons dire que nous sommes entrés dans l’ère du postdénominationnel et qu’ainsi il n’y a plus besoin de parler de particularisme et de spécificité spirituelle et théologique. Mais alors, je ne comprends plus, ou pas, pourquoi des luthériens ont si peur de disparaitre puisqu’ils ont déjà disparu, selon moi, en célébrant des présentations d’enfants en lieu et place de baptême, ou des rebaptêmes.
Je ne peux que vous inviter à relire, si vous les avez gardés, les messages dans lesquels je vous parlais de l’identité luthérienne !...

Pour notre Inspection, des projets fondés sur… la confiance
L’année dernière, je vous parlais de notre projet de vie régionale et nous aurions dû en discuter pendant le synode. Faute de temps, cela n’a pas pu se faire et c’est pourquoi le Conseil régional a convoqué un synode extraordinaire le 17 mars dernier. Cela nous a permis de prendre du temps qui a cependant été considéré par certains comme trop limité. Sachons malgré cela nous réjouir de ces instants qui nous ont donné l’occasion de parler de notre Église régionale et de notre envie de la faire rayonner avec nos frères réformés. Nous avons pu aborder les questions de la communication, de l’évangélisation et des relations entre les paroisses et le Conseil régional.

En reprenant ce dernier point, le Conseil régional a poursuivi ses rencontres avec des Conseils presbytéraux, avec le Comité directeur de la Mission intérieure et même la Conférence pastorale.

Nous pouvons nous réjouir de ces temps de partage qui ouvrent l’horizon aux paroisses et aussi au Conseil régional. Ainsi, par exemple, après la rencontre avec le Conseil presbytéral de la paroisse de l’Ascension, le Conseil régional a été conduit à revenir sur une décision prise par le Conseil synodal en 2012 de ne plus desservir cette communauté. Le Conseil régional a donc nommé un pasteur accompagnateur du Conseil presbytéral avec pour objectif, entre autre, de rédiger un projet de vie de la paroisse en lien avec la nouveauté du quartier et la paroisse réformée des Batignolles voisine. N’est-ce pas un exemple de ce que je vous disais au début de ce message sur l’action de notre Dieu ?

La rencontre avec le Comité directeur de la Mission intérieure nous a permis de partager nos projets et notre volonté de travailler de façon plus intense en communion. Un chemin s’ouvre pour nous sur lequel nous pouvons avancer pour toujours mieux témoigner de Jésus-Christ.
Pour la première fois, le Conseil régional a souhaité rencontré tous les pasteurs en activité dans l’Inspection afin de parler avec le corps pastoral de la réalité spirituelle et des projets que chacun pouvait avoir dans et pour notre région. L’ensemble du corps pastoral a montré sa volonté de travailler pour le bien de notre région et sa capacité à s’adapter à la situation nouvelle qui est la nôtre. Je veux rendre hommage aux pasteurs qui sont prêts à se rendre une fois par mois dans une autre paroisse que la leur et notamment dans les paroisses qui n’ont pas de pasteur.

Parmi ces projets, nous devons citer :
La communication
Une commission ad hoc a été constituée. Elle s’est mise au travail à partir de la feuille de route qui lui a été remise. Elle est sous la responsabilité de Patrick Crampont, ancien journaliste et membre du Conseil régional.

L’évangélisation
A la suite de la réflexion menée pendant le synode extraordinaire, notre présent synode est appelé à voter sur la création d’un poste missionnaire provisoire. Il est provisoire car tel le veut la Constitution de notre Église. Si le vote est favorable, le Conseil national sera appelé à voter à son tour pour que ce nouveau poste puisse être créé dans l’Inspection luthérienne de Paris.

Le Seigneur est bon avec nous car nous disposons des fonds nécessaires pour la création d’un tel poste missionnaire. En effet, la Fédération Luthérienne Mondiale a reçu un legs de 100 000 euros au bénéfice de notre Inspection luthérienne de Paris destiné spécifiquement à financer un projet missionnaire. D’ores et déjà, nous avons rencontré des responsables de la FLM et nous avons envoyé un dossier expliquant notre projet. Nous pouvons chercher dès maintenant un pasteur qui accepterait de s’impliquer dans ce projet. Il pourrait prendre en charge ce nouveau ministère dès le 1er juillet 2019. Nous avons donc six mois devant nous pour préparer le terrain et travailler avec la paroisse de la Rédemption. Une équipe de pilotage est constituée sous la responsabilité du pasteur Laza Nomenjanahary. Cette équipe, dans laquelle des membres du Conseil presbytéral de la Rédemption seront présents, aura l’appui du pasteur Gwénaël Boulet, secrétaire national de la coordination formation-évangélisation.

Nous souhaitons que ce projet ne soit pas seulement local mais l’affaire de tous. Nous espérons que beaucoup de nos paroisses nommeront des délégués pour participer à cette aventure qui sera également accompagnée par la Mission Intérieure. Une équipe de terrain sera ainsi constituée. Cette action est assez comparable à celle menée dans le cloître des Billettes pendant l’été ou dans la paroisse de Bon Secours, en septembre et octobre. Des fidèles d’autres paroisses ont donné de leur temps pour l’exposition organisée par cette communauté : « Paris, théâtre des religions » ou pour l’exposition de la Mission intérieure. Je tiens ici à les en remercier très chaleureusement.

Ce projet présente pour nous une grande importance. Il nous invite à penser autrement l’évangélisation, tout particulièrement dans la ville, la très grande ville. Notre Église nationale soutient ce projet qui rejoint d’autres projets un peu similaires dans d’autres régions de l’Église unie.

Cette évangélisation est active aussi grâce à la Mission intérieure qui a repris l’idée d’organiser des expositions dans le cloître des Billettes pendant l’été. Encore cette année cette manifestation, organisée au mois d’août, fut un succès. Ce sont environ 10 000 visiteurs qui sont passés et ont interrogés les permanents à qui je veux tout particulièrement dire merci pour leur disponibilité et leur engagement. Le comité directeur de la Mission intérieure pense déjà à une nouvelle exposition pour l’été prochain.

Je fais le rêve que nous puissions, comme dans les premiers temps du réveil de la Mission intérieure, organiser pendant cette manifestation estivale des temps de prières quotidien portés par l’ensemble du corps pastoral. C’est une autre façon aussi pour nous d’être présents dans la ville et de témoigner de notre foi en vivant la liturgie.

Concernant toujours le domaine de l’évangélisation, retenons le projet, déjà mis en place depuis la rentrée de septembre, organisé par des pasteurs luthériens et réformés qui, chaque semaine à St. Jean, invitent des personnes à venir prier et méditer.

Pensons également à la paroisse luthérienne de Lyon qui a accepté d’accueillir en ses locaux la Mission JEEPP (Jeunes Etudiants Et Professionnels Protestants). C’est un projet porté par les communautés réformées et luthérienne de Lyon. La paroisse a bien voulu transformer son lieu de culte en gardant un espace liturgique et en installant un espace d’accueil avec des tables et des canapés. Ainsi, nous sommes invités à réfléchir à ce qu’ont fait nos soeurs et nos frères de Lyon et discerner ce qui pourrait être fait ici même à Paris.

Enfin, toujours dans ce chapitre, nous ne devons pas oublier le projet de construction de l’église à Noisy le Grand. C’est un exemple éloquent qui nous montre que nous n’avons pas pu maitriser les choses comme nous le voulions. Il a fallu presque trente ans, entre la formulation du projet et sa réalisation ! Quel chemin parcouru et que d’obstacles à surmonter pour les fidèles de cette paroisse. C’est presqu’une traversée du désert. Mais tout au long du chemin, ils avaient su garder, tout comme l’Église régionale, une entière confiance en Dieu.

Un projet au-delà de nos frontières…
Au cours d’une réunion entre les deux Conseils régionaux, nous avions imaginé pouvoir réunir pour un temps de travail en commun les deux synodes régionaux en ces journées de novembre. Mais, compte tenu des réponses des paroisses réformées concernant la modification de la Constitution, le synode réformé de novembre se devait de prendre beaucoup plus de temps que prévu initialement pour les débats et les travaux de groupes sur le sujet. Il n’a donc pas été possible de concrétiser ce projet. Certains pourraient voir dans cet épisode un obstacle sur le chemin que nous avons décidé de prendre. Pour eux, cela pourrait signifier que le Seigneur serait opposé à cette union. Il me semble, au contraire, y voir un élément très positif. Comme le dit la sagesse populaire : « il n’est jamais bon de vouloir brûler les étapes ». Ce délai nouveau qui nous est donné va, en effet, nous permettre d’améliorer encore notre projet afin de donner à la réunion de nos deux régions confessionnelles de Paris les meilleures chances de réussite.

Nous avons reçu un nouveau rapport d’étape du groupe ILP-RP. Nous leur disons merci pour le travail accompli. Les deux Conseils régionaux ont approuvé l’ensemble des étapes à venir qui nous sont proposées, à savoir le travail sur la constitution de la région unie, le synode préparatoire conjoint à nos deux régions, le vote dans les autres régions de l’Église unie puis le vote en synode national qui approuvera pour une période probatoire la création de la nouvelle région et enfin le synode constitutif pendant lequel sera discerné le président du Conseil régional et sera élu le Conseil régional. Notre synode devra se prononcer sur ces décisions.

D’ors et déjà, nous pouvons constater que nos services régionaux fonctionnent ensemble : la jeunesse, la catéchèse, l’œcuménisme, la pastorale qui réunit deux fois par an les pasteurs luthériens et réformés, la communication tout récemment. Régulièrement, des réunions de secteur ont lieu qui rassemblent les pasteurs et les paroisses. Nous réfléchissons à la création d’un lieu unique pour réunir nos deux secrétariats régionaux.

Cependant, même si ces questions d’organisation et de gouvernance ont leur importance, elles ne constituent pas l’essentiel. Celui-ci est, avant tout, l a réalisation d’une région unie dans laquelle des frères et des sœurs vivent et témoignent ensemble de leur foi en Jésus-Christ dans la diversité spirituelle et liturgique. C’est ainsi qu’il peut nous être donné de devenir une Église qui « donne envie ». Envie de la rejoindre pour vivre avec d’autres la joie de la rencontre ; envie de partager la foi et la Parole de Dieu ; envie de vivre une fraternité réelle et profonde, vécue en pleine confiance des uns à l’égard des autres et dans le respect de nos diversités.

Beaucoup de nos paroissiens attendent la création de la région unie avec le désir de voir se réaliser dans notre région parisienne, ce qui a pu être réalisé au niveau national. Nous insistons sur la nécessité de garder notre « dépôt », comme le dit le titre d’un petit ouvrage rédigé par l’Inspecteur ecclésiastique René Blanc, c’est-à-dire faire vivre la spiritualité, la théologie et la liturgie luthérienne. Et comme le disait la présidente du Conseil national Emmanuelle Seyboldt à Lezay, au synode national : « Nous devons être cohérent et confirmer ce que nous disons par ce que nous faisons ». Alors, avec l’aide de notre Seigneur, faisons vivre le luthéranisme sans tomber dans le piège de l’identitarisme, dans la nouvelle région qui verra le jour très bientôt.

Hommage à deux serviteurs de l’Église
Avant de conclure, je souhaite signifier à deux fidèles de notre Église notre reconnaissance.
Tout d’abord à notre secrétaire, Catherine Dupré, qui a décidé de partir à la retraite le 1er juillet prochain malgré les appels réitérés et insistants que je lui ai adressé, pour qu’elle ne parte qu’à la fin de mon mandat en juin 2021. Elle a été pendant plusieurs décennies au service de l’Inspection et surtout des Inspecteurs successifs et présidents des Conseils synodal et régional. Il lui a fallu beaucoup de patience, d’affection et une capacité d’adaptation remarquable. Elle est la mémoire de notre Inspection. Je veux lui rendre hommage pour le ministère accompli, car il s’agit bien d’un ministère même si elle n’a jamais été installée liturgiquement, au service de Dieu et de l’Église. Toujours là pour répondre à toutes les questions, vos questions, et apporter souvent des réponses claires. Elle a été pour moi une aide et un soutien précieux. Merci à elle. Tu vas me manquer Catherine. Tu vas nous manquer.
Ensuite, notre évangéliste Jean-Claude Dibundu qui prend sa retraite le 31 décembre prochain. Il sert notre Église depuis 1989 mais ne fut reconnu liturgiquement dans son ministère par l’Église qu’en 2013. Il fut responsable de la Fracam (fraternité chrétienne africaine et malgache), service de la Mission intérieure créé par le pasteur Jacques Fischer, puis du Centre Espérance situé tout d’abord à Paris puis à Noisy le Sec quand cette paroisse était encore un poste de la Mission intérieure. Il est le co-créateur du groupe Elykia qui chante des gospels pour évangéliser.

Jean-Claude a toujours été un serviteur du Seigneur prêt à répondre à tous les appels de l’Église. Je l’ai très rarement entendu dire non. J’aime sa façon de prendre le temps pour parler comme le dit l’apôtre Jacques : « Que nul ne néglige d’être prompt à écouter, lent à parler… » (Jacques 1/19) et apporter ainsi souvent une parole de sagesse qui a pu nous faire tant de bien au sein de la conférence pastorale.
Je rends grâce à Dieu pour ce serviteur qu’il nous a donné. Et malgré la retraite, je sais qu’il sera encore actif dans notre région. Faisons monter vers Dieu notre louange en applaudissant Jean-Claude.

Enfin un rêve… dans la confiance…
Comme vous, je fais souvent des rêves, aussi divers que mon imagination est fertile. Certains de ces rêves se réalisent et d’autres non ou pas tout à fait comme je les avais imaginés.

Je fais souvent le rêve que « mon » Église, notre Église, rayonne dans le monde et surtout dans notre région. Et pourtant, il peut m’arriver de m’attrister car je ne parviens pas à voir ce rêve se réaliser en plénitude comme je le souhaite. Seulement, après un temps, peut-être, certainement, conduit par l’Esprit, je prends conscience que ma vue, mon sentiment, mon ressenti, ne sont pas justes. En fait, le Seigneur agit ! En prenant conscience de l’action du Père, mon regard change et je peux rendre grâce à Dieu car, malgré ma mauvaise vue ou ma vue négative et méfiante, « mon » Église rayonne.

Chacune des communautés qui constituent notre Inspection luthérienne de Paris, est présente dans son quartier et dans sa ville. Là, même si elle ne fait pas d’action d’évangélisation comme cela existait il y a trente ans avec la Mission intérieure (« ma » paroisse de la Réconciliation à Suresnes en a vécu deux), elle témoigne, néanmoins, de sa foi en Jésus le Christ.

Oui, réjouissons-nous, car dans chacune de nos communautés, il se passe quelque chose qui permet ce rayonnement, même si les paroisses n’en sont pas toujours conscientes. Les voisins y voient des gens venir et être bien ensemble et cela peut donner des envies à d’autres de les rejoindre. C’est ce que j’appelle la liturgie du parvis qui est du domaine de l’évangélisation.

Dans mon rêve, je voulais voir une lumière éclatante, glorieuse, magnifique et j’avais oublié qu’une simple petite flamme de bougie peut apporter la lumière nécessaire pour vaincre l’obscurité du monde dans lequel nous vivons. Vous savez, c’est comme la petite bise ressentie par le prophète Elie sur le mont Horeb (1 Rois 19/12).
Alors, je rends grâce à Dieu pour toutes ces personnes qui poussent les portes de nos églises. Je rends grâce à Dieu pour tous ces fidèles qui, régulièrement, viennent au culte le dimanche matin. Je rends grâce à Dieu pour tous ces paroissiens qui donnent de leur temps et de leur énergie pour que vive notre Église : les membres d’un Conseil presbytéral, les moniteurs de l’école biblique, les prédicateurs, tous ceux qui offrent leurs talents pour créer un journal, un site internet ou simplement rendre agréables les locaux de nos paroisses en y apportant des fleurs ou en entretenant les locaux au quotidien. Je rends grâce à Dieu pour vous tous, membres du synode, pour votre présence et votre disponibilité. Je rends grâce à Dieu pour tous ces pasteurs qui donnent leur vie à Dieu et à l’Église. Chacun, chacune, est une faible flamme de bougie !

Et voici que toutes ces petites flammes de bougie réunies deviennent un brasier que rien ne peut éteindre et qui vient apporter la lumière et la chaleur à tous ceux qui vivent autour.

Alors me vient un autre rêve. J’aimerai, mes amis, que vous puissiez voir l’Église, notre Église, telle que je la vois aujourd’hui.
Elle est belle même dans sa fragilité. Elle est belle de toutes les rencontres qui se déroulent en chacune de nos paroisses. Elle est belle de chacun de vous, de vos intelligences, de vos dons et de vos talents. Elle est belle de nos différences de couleur. Elle est belle de nos différences de culture, de nos différences spirituelle ou même théologique. Chacune de ces différences nous enrichit mutuellement et toutes nous font comprendre et discerner que cette diversité voulue par notre Dieu, constitue un inépuisable trésor. Cette acceptation pleine et entière de nos différences apporte, dans ce monde, la lumière et le sel nécessaire afin que notre humanité vive dans l’harmonie, la fraternité et la paix. Alors, imaginez tout ce que va pouvoir nous apporter le fait de vivre dans une région unie luthérienne et réformée !...
Je veux, à présent, terminer ce message, comme la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil national, avait débuté son message prononcé au synode national de Lezay : « Magnifique est le Seigneur ! ».
Pasteur Jean-Frédéric Patrzynski
Inspecteur ecclésiastique de Paris

[1Le message de Pasteur Jean-Frédéric Patrzynski, Inspecteur ecclésiastique de Paris, est disponible dans notre édition numérique. En voici un extrait : « Toutefois, soyons justes : c’est vrai, j’ai un réel souci quant à notre spécificité luthérienne. Seulement, je ne suis pas méfiant à l’égard de l’extérieur mais bien de l’intérieur. Car, en effet, dans nos paroisses luthériennes, j’entends parler de « présentation d’enfants » ou même de « rebaptême ». Sommes-nous encore dans une théologie et une spiritualité luthérienne alors ? Le pauvre Martin Luther qui a combattu les anabaptistes, doit faire éclater sa colère dans le Royaume ! Certes, nous pouvons dire que nous sommes entrés dans l’ère du postdénominationnel et qu’ainsi il n’y a plus besoin de parler de particularisme et de spécificité spirituelle et théologique. Mais alors, je ne comprends plus, ou pas, pourquoi des luthériens ont si peur de disparaitre puisqu’ils ont déjà disparu, selon moi, en célébrant des présentations d’enfants en lieu et place de baptême, ou des rebaptêmes... »

Éditorial

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse