Editorial du Père Bascoul - juin 2019

What’s happening in London ? Une conférence d’Alpha International ; La culture de l’accueil ; Le tassement ; La dynamique Alpha ; Le changement pastoral n’est pas une recette de cuisine ; De l’établissement au colportage ; Et, entre-temps, à Paris…les nouvelles de la rencontre des groupes œcuméniques de Paris.

What’s happening in London ?
Du 6 au 8 mai 2019 Alpha International proposait deux jours de rencontre au Royal Albert Hall sous l’appellation de Leadership Conference ’19. Alpha a été fondé par le Revd Nicky Gumble, ancien recteur de la paroisse anglicane, Holy Trinity Brompton de Londres, et sa femme, Pippa. Le thème de ces conférences annuelles est l’évangélisation. La conférence se prolonge à la paroisse par l’AGG (Alpha Global Gathering) qui est destinée aux cadres Alpha. Les cours Alpha ont été acclimatés en France, en 1997, par un couple de catholiques, Marc et Florence de Leyritz, qui les ont connus à Londres et appliqués dans leur communauté avant de créer une structure au service de toutes les confessions chrétiennes dans notre pays. Aujourd’hui les Cours Alpha sont un outil au service de toutes les Églises. Les propositions sont diverses : le parcours Alpha Classic avec ses 15 séances –, le premier et le plus connu – puis Alpha Campus à destination des étudiants, Alpha Jeunes pour les 14-18 ans, Alpha Prison, Alpha Pro pour les salariés, Alpha Duo, pour les couples non mariés, Alpha Couple pour les couples mariés. Les trois moments forts d’une séance Alpha sont le repas convivial, la causerie pour stimuler la discussion et la discussion en petits groupes avec des modérateurs chargés de permettre la prise de parole et l’écoute de chacun. Ensuite, tout est fait pour que les invités deviennent aussi des témoins qui oseront inviter à leur tour… La rencontre de Londres était internationale. Parmi les Français se trouvaient des pasteurs évangéliques, des prêtres catholiques, dont certains étaient accompagnés de laïcs engagés. Il y avait une communauté nouvelle, la Fraternité Missionnaire Marie Reine des apôtres, qui est en charge de la paroisse de Solliès-Pont dans le diocèse de Toulon ; elle avait une vingtaine de délégués. Ce rassemblement était organisé avec un grand professionnalisme. Dans le monde protestant évangélique au moins, les « leaders d’Églises » sont les patrons de leurs collaborateurs salariés, ce qui est surprenant pour des catholiques. L’ecclésiologie est sensiblement différente de l’ecclésiologie catholique et pourtant nous avons été sensibles à l’approche spirituelle des commentaires d’Évangile qui rejoignent au-delà de la forme anglo-saxonne la grande tradition spirituelle de l’Église une.

La culture de l’accueil
Comme curé de paroisse, j’ai toujours été surpris lors de chaque rentrée pastorale d’accueillir des nouveaux paroissiens. Au bout de trois ans, comme je connais tous les visages, il m’est facile de repérer les nouveaux arrivés et je peux les distinguer des gens de passage en leur parlant avant le début de la célébration. Mon idée était donc de distribuer des roses aux nouveaux à la fin de la messe en remontant l’allée centrale. Une année à l’issue du pot qui suit nous avons demandé, avec le secours des membres du Conseil Pastoral Paroissial, de recueillir les noms et les coordonnées. Six noms avaient ainsi été relevés, mais nous n’en avions rien fait… Bien sûr, certains nouveaux s’enracinent dans la pratique et manifestent leur désir de s’engager, mais la plupart s’en vont, car ce sont souvent des gens actifs qui déménagent par exemple pour des raisons professionnelles. Cela augmente aussi notre difficulté à appeler des personnes et à leur faire des propositions qui puissent être compatibles avec leurs disponibilités et leur capacité d’engagement.

Le tassement
J’ai été témoin d’une baisse de la demande sacramentelle, du tassement du nombre de messalisants et de donateurs au Denier de l’Église. Cela fait résonner avec plus de force la question que nous adressait le cardinal André Vingt-Trois : « Comment rejoindre ceux qui ne nous demandent plus rien ? » Pour la catéchèse, le nombre d’enfants tend à devenir insignifiant, et chez nous, en milieu urbain, nous ne sommes plus à même d’organiser une équipe de catéchisme par niveau scolaire, et cela rend difficile la mise en place d’un parcours. La difficulté d’intégrer ceux qui demandent quelque chose est déjà un défi que nous avons du mal à relever, alors, aller vers les autres demande une culture nouvelle. Cette situation ne laissant pas les membres des conseils pastoral et économique indifférents, nous avons entrepris un début d’analyse en lisant le fameux livre du Père James Mallon, Manuel de survie pour les paroisses, mais nous ne sommes pas encore parvenus à dépasser le stade de la « maintenance » pour aller vers « l’évangélisation ».

La dynamique Alpha
L’évangélisation n’est pas absente des préoccupations des pasteurs et des fidèles. Dans ma paroisse, avant que je n’arrive, il existait un parcours Alpha avec une équipe de paroissiens. Ayant poursuivi l’initiative, j’ai été témoin de son essoufflement et nous avons été incapables de lui redonner du souffle. Nous avons donc proposé treize sessions Alpha, deux par an d’abord, puis une par an les deux dernières années. Plusieurs points me frappent. Le premier est l’usure des bénévoles dans le service. L’équipe n’arrive pas à remplacer ceux qui partent, alors ceux qui restent doivent assurer les tâches avec compétence et sans rechigner mais ne pensent plus à appeler pour se faire aider. Ensuite, ceux qui sont chargés des causeries, outre le fait qu’ils ont du mal à se détacher de la trame proposée, finissent par oublier les invités et s’adressent en fait aux autres accueillants. Une fois que les organisateurs ont épuisé leur capacité à inviter, les invitants se sont retrouvés plus nombreux que les accueillis, mais il s’est toujours trouvé des invités, ne fût-ce qu’un seul, pour lequel Alpha fut l’occasion de revenir à l’Église. Le risque avec Alpha qui est, je crois, un bon outil d’évangélisation et de mobilisation missionnaire, c’est d’être intransigeant sur des détails (l’ordre des causeries, telle blague…) et de négliger des points importants, comme le week-end à l’Esprit Saint, la culture de l’invitation, l’écoute dans les groupes de partage ou la relecture finale.

Le changement pastoral n’est pas une recette de cuisine
En effet, le risque est d’appliquer comme de simples recettes ces « outils missionnaires » que sont les cours Alpha, mais aussi les cellules paroissiales d’évangélisation initiées par Don Pigi à Milan et qui ont également connu un certain retentissement. Ces outils impliquent un engagement global de la communauté sous peine d’être un groupe de plus : culture de l’invitation et de l’hospitalité, culture de la rencontre, culture de la mission. Le Père James Mallon, dans une de ses interventions à Londres, mais aussi à Paris et partout où on l’invite, rappelle qu’une communauté peut vivre des événements essentiels mais sans être pour autant missionnaire. De fait, toutes les communautés catholiques célèbrent la messe, mais sont-elles missionnaires ? C’est pour cela que la Père James Mallon a mis au point un programme pour les paroisses catholiques appelé Divine Renovation comme outil de transformation pastorale. Reprenant le vocabulaire entrepreneurial, il insiste pour que les équipes pastorales développent une vision de ce qu’elles veulent atteindre comme but, ensuite qu’elles la partagent – c’est le leadership : enthousiasmer et faire partager la vision –, et enfin qu’elles mettent en place la structure qui va travailler à la mise en œuvre de l’inspiration initiale.

De l’établissement au colportage
L’Évangile a d’abord commencé à être colporté. C’est ainsi que la Réforme s’est répandue face à des Églises établies. Bien sûr, au XXIe siècle les Églises établies sont rares et nos sœurs orthodoxes qui souvent connaissent une phase d’embourgeoisement ne sont pas épargnées par les progrès de la sécularisation et le dynamisme de la prédication d’un christianisme informel mais qui rejoint les personnes et répond à leur quête existentielle. L’Évangile est le même hier et aujourd’hui, mais les contextes ne sont pas identiques ; des mutations se produisent et l’Esprit Saint est toujours à l’œuvre. Si évangélisation et œcuménisme peuvent sous un certain rapport être contradictoires, il semble que s’ouvrent aussi des perspectives qui nous sortent d’un comparatisme ou d’une concurrence stérile. Par exemple, en 2017, le thème des conversations entre catholiques et évangéliques fut « évangéliser ensemble » ; elles ont été publiées sous le titre Évangéliser aujourd’hui. Des catholiques et des évangéliques s’interpellent et ouvrent des perspectives pour une plus grande gloire de Dieu.

Et, entre-temps, à Paris…
La rencontre des groupes œcuméniques de Paris s’est tenu le mardi 21 mai à le Maison de l’Unité dans la belle chapelle des sœurs de de Sainte Clotilde, rue de Reuilly dans le 12e arrondissement de Paris. Les jeunes de la Maison d’unité qui vivent en colocation étudiante et qui partagent et animent les activités de la Maison d’Unité, conférences et prières du mardi soir, étaient là pour nous accueillir. L’échange a porté sur un compte rendu du 1er Forum Chrétien Francophone, avec la lecture du message final ; sur le colloque de l’ISEO ; sur le projet Jésus Célébration 2033 porté par le pasteur suisse Martin Hoegger (www.jc2033.world) ; sur le projet Jour du Christ jeunesse. Ensuite, on a parlé de l’actualité de l’orthodoxie française, et en particulier la situation de l’archevêché des communautés d’expressions russe dépendant du patriarcat de Constantinople, qui cherche à concilier les exigences du patriarcat et ses valeurs et traditions propres dans l’esprit du Concile de Moscou de 1917 ; et enfin de la jeune Église de diaspora issue de l’Église éthiopienne Tawedo qui a, à présent, un évêque, Mgr Heryacos, pour toute l’Europe occidentale.
Parmi les nouvelles, L’association Paris-Witemberg avec le pasteur Alain Joly, l’Association œcuménique Etoile Champs-Elysées (www.oecumenisme-etoile.org ) avec Frédéric de Maack et une représentante de l’IEF (International Ecumenic Fellowship) ont donné des nouvelles. Enfin le Groupe Œcuménique des 5e et 13e arrondissements a invité le 29 mai à la Paroisse Saint Jacques-du-Haut-Pas à une conférence à trois voix, protestante, catholique et orthodoxe, sur « les chrétiens et l’écologie ».
Père Jérôme Bascoul

Éditorial

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse