Editorial du Père Jérôme Bascoul avril 2018

Sœur Marguerite Delmotte témoin de l’œcuménisme ; Parmi les chrétiens d’Orient, y a-t-il des Protestants ? Les colloques de l’ISEO des Bernardins et du Centre Sèvres ; L’Armée du Salut

Sœur Marguerite Delmotte témoin de l’œcuménisme
Sœur Marguerite Delmotte nous a quitté à 100 ans. Elle fut rédactrice de ce Bulletin, elle a aussi travaillé pour la revue Istina avec le Père Dupuy. Elle fut la secrétaire du Père Pierre Michalon [1] , ce dernier fut le rédacteur en chef de la revue Unité Chrétienne, gérée par le centre lyonnais Unité des Chrétiens, dont le père Michalon fut l’animateur après le décès du Père Couturier en 1953. Cette revue est depuis 2007 prise en charge par le CECEF, sous le nom Unité des Chrétiens. Ce départ de notre sœur nous donne l’occasion de nous plonger dans l’histoire récente du mouvement œcuménique en France. Nous renvoyons les lecteurs à un article de la Revue Chrétiens et Sociétés disponible sur le net : “ Une affaire lyonnaise : la succession de l’abbé Couturier ” par le Père Étienne Fouilloux. En le lisant, nous pourrons comprendre les différentes options qui ont mené à la partition de l’œuvre du Père Couturier : d’une part, l’association Unité des Chrétiens promeut l’aspect spirituel de l’œcuménisme, et adapte et diffuse aujourd’hui les documents élaborés par le Conseil Œcuménique des Églises de Genève pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et, d’autre part, le Centre Saint Irénée, animé par le dominicain Maurice-René Beaupère, édite jusqu’à aujourd’hui la revue Chrétiens en marche, bulletin œcuménique qui traite du dialogue théologique et de l’actualité œcuménique [2] . Avec la mort de sœur Marguerite Delmotte, c’est une page de l’œcuménisme qui se tourne.

Parmi les chrétiens d’Orient, y a-t-il des Protestants ?
C’est la question que les visiteurs de l’exposition sur les Chrétiens d’Orient de l’Institut du Monde Arabe, qui est désormais à Tourcoing, peuvent se poser. Le protestantisme n’y est évoqué que très discrètement à propos des fondations d’écoles. Il faut pourtant bien compter la famille des Églises protestantes présentes en Orient, comme le fait Antoine Fleyfel dans la troisième partie de son article ‘Introduction à l’histoire des chrétiens du Proche-Orient arabe’, publié dans la dernière livraison de la revue Œuvre d’Orient de janvier-mars 2018, n° 790. Les protestants sont officiellement reconnus dans l’Empire ottoman depuis 1847 ; des communautés autochtones s’y sont développées. Des tensions ont pu naître en raison de leur activité missionnaire, qui a pu être ressentie comme prosélyte, au même titre que celle des autres Églises d’origines occidentales. Néanmoins, le protestantisme se voit reconnaître une contribution spécifique dans les œuvres sociales et pour la traduction et la diffusion de la Bible en arabe.

Les colloques de l’ISEO des Bernardins et du Centre Sèvres
À Institut Catholique de Paris, s’est tenu le colloque de l’ISEO, Institut Supérieur d’Études Œcuméniques, avec pour thème : les nouveaux territoires de l’œcuménisme ; déplacements des préoccupations œcuméniques. Les cinquante ans des dialogues bilatéraux et multilatéraux ont été évoqués avec leurs bilans et les conséquences sur la communion effective des Églises. Les freins à l’œcuménisme ont été lucidement abordés, comme le fait qu’une grande partie du mouvement Pentecôtiste soit absent du COE, par exemple. On a aussi parlé de la perte de perspective de la construction d’une unité visible, permettant la célébration commune de l’eucharistie et de son remplacement par le principe de la diversité réconciliée, fructueux sur le plan du dialogue. Ceci prend acte des différences, mais admet dans des unions d’Églises (comme la Communion d’Églises en Europe – CEPE) la reconnaissance des ministères et l’intercommunion de principe, et renvoie les désaccords aux dialogues spécialisés. Cette position n’est pas recevable pour les catholiques et les orthodoxes.
Le colloque sur le Concile de Florence s’est déroulé au collège des Bernardins sur une journée. Des historiens, des théologiens et un spécialiste de l’édition des sources du Concile, venu de Bologne, ont pu faire le point sur l’état de la recherche. Les participants ont réexaminé la question de l’oubli du Concile du côté occidental et de sa violente non-réception en Orient, malgré le fait que ce Concile ne fut formellement rejeté par l’Église d’Orient que plusieurs années après. En effet, la délégation orientale, quand elle revient à Constantinople dans un contexte de plus en plus troublé, voit se constituer un parti anti-unioniste, la Sainte Synaxe, mais ce n’est qu’un parti et l’union de Florence va commencer par s’imposer. Le métropolite Metrophane II procède ainsi à des nominations d’évêques unionistes dans l’Empire. En 1443, un colloque théologique voit s’opposer les deux partis. En 1453, Isidore de Kiev proclame solennellement l’union à Sainte Sophie. En 1472, c’est une princesse grecque encore unie à Rome qui arrive à Moscou, Zoé Paléologue, pour épouser le grand-duc Ivan III. Il faut donc attendre le Concile de Constantinople de 1484, soit trente-et-un ans après la chute de la Ville, pour que l’union soit formellement et définitivement dénoncée par l’Église, qui se définit désormais comme « orthodoxe » au sens confessionnel du terme et non plus seulement comme la partie orientale ou grecque de l’Église. On voit donc tout l’intérêt que catholiques et orthodoxes d’aujourd’hui ont à entreprendre un récit commun de leur histoire comme le récit initié dans le cadre du dialogue luthéro-catholique, qui fut évoqué à titre de modèle possible pour le dialogue orthodoxe-catholique.

Enfin nous pouvons annoncer le Colloque sur la synodalité de l’Église, qui sera organisé au Centre Sèvres à Paris par la revue Recherches de Science Religieuse (RSR), du 8 au 10 novembre 2018. La question que pose le principe de la synodalité est-elle un impératif théologique et dogmatique qui s’imposerait à l’Église catholique ou un mode possible de fonctionnement conditionné par une culture protestante ou orthodoxe ? Cette question fait écho au programme de discussions entre orthodoxes et catholiques sur l’articulation entre primauté et synodalité dans l’Église, défini à Chieti en 2016. Sur ce sujet, nous pouvons signaler le livre récent du Père Hyacinthe Destivelle, Conduis-la vers l’unité parfaite, œcuménisme et synodalité, publié au Cerf. La synodalité est le mot qui peut servir à définir la démarche œcuménique : « marcher ensemble » et le Père Destivelle s’applique à montrer comment l’Église catholique s’est attelée à passer d’une perspective unioniste à une perspective œcuménique vis-à-vis de l’orthodoxie. La synodalité est aussi un mode de gouvernement que l’Église catholique cherche à retrouver sans renoncer à la primauté et au principe hiérarchique. L’expression moderne de cette conciliarité fut vécue dans le Concile de Moscou de 1917, qui a rétabli le patriarcat que le tsar Pierre le Grand avait supprimé et a promu les conseils au niveau des éparchies et des paroisses.

L’Armée du Salut
À l’occasion de son Congrès territorial du 22 au 26 mars 2018, l’Armée du Salut accueille ses chefs mondiaux, le général André Cox et son épouse, la commissaire Silvia Cox. Cette rencontre permet aux salutistes français et belges de se rencontrer, de célébrer, et de se recentrer dans la perspective du service et de la mission sur le thème : « Christ, notre seule espérance ». L’Armée du Salut se définit comme une Congrégation dont la devise est : « Avec Dieu, avec l’autre, avec soi » ; elle distingue nettement son activité évangélique et missionnaire et son action sociale, avec, en France, la Fondation Armée du Salut qui gère les centres d’actions sociales, et la Congrégation qui anime les « postes », qui sont les lieux de cultes. Sur le fond, l’Armée du Salut unit dans sa vision les besoins matériels et spirituels de l’homme.

[1Pierre MICHALON : L’abbé Paul Couturier, Apôtre de l’unité des chrétiens ; son message : l’Œcuménisme spirituel.

[2Étienne FOUILLOUX : “ Une affaire lyonnaise : la succession de l’abbé Couturier ”, Chrétiens et sociétés [En ligne], 18 | 2011, mis en ligne le 17 juillet 2012, consulté le 19 mars 2018.
URL :http://journals.openedition.org/chretienssocietes/2981 ; DOI : 10.4000/chretienssocietes.2981

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