Editorial du Père Jérôme Bascoul

Pour une histoire commune des conciles œcuméniques, et pour définir une liste des conseils œcuméniques.
L’appel à la sainteté ; le pape François nous livre une exhortation sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel ; Étienne Foullioux ; et Unité chrétienne

Pour une histoire commune des conciles œcuméniques
Si le concile Vatican II est une boussole sûre pour les fidèles catholiques, il ne dispense pas de continuer la marche œcuménique, notamment par les moyens que sont la prière, le dialogue et l’engagement commun avec les autres chrétiens. La révision en commun de notre histoire est un préalable au dialogue, et nos histoires conflictuelles peuvent être interprétées dans un récit commun fécond pour le dialogue de charité. Les conciles œcuméniques sont reconnus comme l’expression de l’infaillibilité de l’Église. Mais, finalement, seul Nicée et Constantinople I le sont indiscutablement pour tous ceux qui se réclament du Christ puisqu’Ephèse puis Chalcédoine aboutirent à des divisions qui durent jusqu’à aujourd’hui. Les sept premiers conciles sont reconnus par les chrétiens d’Occident et par les orthodoxes. Le protestantisme réclama à son origine la tenue d’un concile général et libre et le catholicisme romain ne renonça jamais à en célébrer même s’ils se conjuguèrent toujours avec les prérogatives pétriniennes. La constitution Lumen Gentium du concile Vatican II parle de cette articulation de la nature collégiale de l’épiscopat qui s’exprime par la célébration des conciles [1] . La question de l’œcuménicité d’un concile est autant une question interne à telle Église qu’une question du dialogue œcuménique lui-même. C’est à propos des conciles de Constance (1414-1418) et de Florence (1439) que nous vous proposons d’explorer l’œcuménicité des conciles.

L’autorité des conciles
Les conciles œcuméniques sont donc l’expression de l’infaillibilité de l’Église à condition qu’ils soient reconnus comme tels. Il y a les critères extérieurs : convocation par l’empereur, participation significative d’évêques et ratification par le pape. Quand il n’y a plus d’empereur en Orient ou quand l’empereur d’Occident reprend les prérogatives de celui de Constantinople il faut poser la question de possibilité d’un concile et étudier les solutions de continuité produite par la pratique. Par exemple, le concile de Nicée II fut formellement rejeté par la cour de Charlemagne mais reçu à Rome, ce qui permet de sauvegarder une liste commune de concile œcuméniques entre orthodoxes et catholiques.

Le huitième concile œcuménique
Pour dramatiser on pourrait qualifier ce chiffre de maudit, car ils peuvent être trois à prétendre à ce numéro, mais les trois « huitièmes » sont porteurs de malentendus entres orthodoxes et latins. Le premier concile de Constantinople IV (869-870) décide la confirmation de la déposition du patriarche de Constantinople Photius par le pape Nicolas I en 867 et s’est réuni à la demande des orientaux. Il est reconnu dans un premier temps comme le huitième concile œcuménique. Mais, suite à des revirements internes à l’empire byzantin, Photius est réhabilité par un concile en 879-880. Ce concile sera reçu par le pape Jean VIII. Pour certains orientaux, c’est celui-là le huitième. Pour d’autres, non, car le concile de Photius ne prétendait pas à l’œcuménicité car aucune décision dogmatique n’y fut prise comme dans le précédent d’ailleurs. Florence fut considérée comme le huitième concile œcuménique. Bien qu’antérieurs, Constance et Bâle ne sont habituellement pas considérés comme œcuméniques, mais l’Église ne peut les déposséder de toute autorité. Constance et Bâle ont été régulièrement convoqués et leurs décisions reçues par les papes, mais il est vrai que ce fut par la contrainte, mais la contrainte, d’où qu’elle vienne, n’a jamais invalidé un concile œcuménique, même si son absence est toujours souhaitée. Ni le pape ni les promoteurs des conciles de Constance et de Bâle ne purent se passer de soutien politique. Mais le conciliarisme, qui veut que dans sa position extrême le pape soit soumis au concile, empêchent Constance et Bâle de prendre leur place dans la série des conciles œcuméniques reconnus en Occident. Cependant, comme ils sont incontournables et que Constance a quand même permis de réduire le grand schisme, ils sont présentés dans l’histoire générale des conciles.

Définir une liste des conciles œcuméniques
Continuer la liste des conciles œcuméniques, c’est prendre un parti théologique. L’orthodoxie, bien que prétendant être la vrai Église, se l’interdit depuis le schisme du premier millénaire. L’Église latine veut continuer la liste, car certes elle se considère comme l’unique Église, mais elle ne le fait pas contre l’Église orthodoxe. Sans être officielles, les publications romaines des sources conciliaires sous la direction des jésuites vont élargir le critère pour définir les conciles œcuméniques. Il s’agit de valoriser le concept de tradition face au Sola Scriptura des protestants. C’est Robert Bellarmin (1542-1621) qui a entrepris pour défendre le concile de Trente de définir du point de vue catholique quels étaient les conciles œcuméniques. Pour ce travail il attribue le caractère œcuménique aux conciles, tenus en Occident après le schisme de 1054, Robert Bellarmin valorise l’autorité pontificale dans l’ensemble de la « représentation de l’Église universelle" [2] que constituent les évêques rassemblés en synode. Ainsi, ceux que l’on appelle les conciles généraux de l’Église occidentale : les quatre conciles du Latran (1123, 1139, 1179 et 1215) les deux de Lyon (1245 et 1274) celui de Vienne (1311-1312), prennent place dans la liste. Il est vrai que le concile de Lyon II aurait pu être considéré comme œcuménique dans la mesure où une délégation de Constantinople y participa et signa une union. On aboutit donc à une série de 21 conciles œcuméniques reconnus comme tels par l’Église catholique. Constance est souvent englobée avec Bâle et Florence. L’Enchiridion de Denzinger attribut le n° 16 au concile de Constance et rattache le concile de Bâle à Florence (désigné comme concile de Bâle-Ferrare-Florence) c’est formellement vrai puisqu’en principe Bâle est transféré à Ferrare, puis, pour cause officielle d’épidémie de peste et par la générosité des Médicis, le concile est célébré à Florence qui prend ainsi le numéro 17. Mais on n’oublie pas que la majorité des pères de Bâle n’acceptent pas cette décision et continueront à Lausanne. Ensuite, Latran V et Trente prennent les numéros 18 et 19. Les conciles Vatican I et Vatican II prennent les numéros d’ordre 20 et 21. Mais Paul VI ne faisait pas de difficulté pour distinguer conciles œcuméniques du premier millénaire et conciles généraux de l’Église catholiques au second . [3]

Les numéros bâlois et florentin
Robert Bellarmin publie donc entre 1608 et 1612 une Édition romaine des conciles généraux, dans laquelle ne figure pas Constance. Ainsi le concile de Florence n’est plus le huitième concile œcuménique mais le seizième selon Bellarmin. Ce flottement de numéro d’attribution pour le concile de Florence (8e, 16e ou 17e si on inclut Constance) n’a certainement pas favorisé la conservation de la mémoire de l’union de Florence par l’historiographie catholique jusqu’à sa reconsidération pour lui-même au XXe siècle. L’historiographie récente a voulu rendre justice au concile de Constance qui, malgré le germe conciliariste, et le scandale pour nous des bûchers de Jean Hus et de Jérôme de Prague, a permis la paix de l’Église en réduisant le schisme d’Occident. Le concile de Florence lui aussi n’a pas comme seul mérite d’avoir permis le triomphe du pape sur l’assemblée de Bâle, car ce triomphe fut de toute façon chèrement payé par la Réforme protestante que l’absolutisme pontifical restauré à Florence a pu contribuer à faire naître.
Si l’on compare Lyon II et Florence sur le plan de l’union des Églises il faut distinguer entre le principe de la recherche de la paix, dont les modalités peuvent se discuter, et l’adhésion de foi, car la foi ne se discute pas, elle est acceptée. À Lyon, en 1274, il y a encore un empire latin en Orient à Florence ce n’est plus le cas. À Lyon comme à Florence latins et grecs doivent reconnaître leur foi commune. À Lyon, cette reconnaissance est superficielle, alors qu’à Florence l’étude commune des sources patristiques a permis une véritable reconnaissance mutuelle. Bien sûr, l’union de Florence n’a pas survécu à la chute de Constantinople, mais on ne peut lui retirer son caractère œcuménique dans la mesure où du coté orientale c’est une partie seulement de l’Église qui l’a refusé. Bien des conciles œcuméniques ont eu une réception aussi conflictuelle [4] . Chalcédoine ne perd pas son caractère œcuménique alors qu’il a divisé la chrétienté et pourtant comme le déclarait Jean-Paul II au sujet du dialogue avec les Églises non chalcédoniennes : « À propos des controverses traditionnelles sur la christologie, les contacts œcuméniques ont rendu possibles des clarifications essentielles, ce qui nous permet de confesser ensemble la foi qui nous est commune. Encore une fois, on doit constater qu’un acquis de cette importance est assurément le fruit de la recherche théologique et du dialogue fraternel » [5] . On peut raisonnablement penser que la réévaluation du concile de Florence dans le cas du dialogue catholique orthodoxe pourra porter ses fruits.

L’appel à la sainteté
Le pape François nous livre une exhortation sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel. Le pape François ne nous fait pas un traité sur la sainteté, mais il relaie l’appel que nous lance le Christ personnellement. Entre autres choses, il relève deux obstacles contemporains : le gnosticisme, c’est-à-dire cette illusion que nous pouvons juger de tout par nous-même, et le pélagianisme qui est l’illusion que nous pouvons tout faire par nous-même. Il se livre aussi à un commentaire des béatitudes qui n’est pas une exégèse, mais une actualisation pour que nous puissions répondre au Christ qui nous dit : « va et fait de même ! »

Étienne Foullioux et Unité chrétienne
Pour réparer deux petites erreurs signalées dans le précédent numéro, nous publions un extrait d’une notice sur Monsieur Étienne Fouilloux, spécialiste d’histoire contemporaine en particulier l’histoire religieuse chrétienne du XXe siècle qu’il a enseignée à l’université Louis Lumière de Lyon où il a dirigé le centre d’histoire religieuse André Latreille. De l’antijudaïsme chrétien, les chrétiens face au totalitarisme, la réception du concile Vatican II.

Voici un extrait de sa bibliographie :

Les Catholiques et l’unité chrétienne du XIXe au XXe siècle, Itinéraires européens d’expression française, Paris, Le Centurion, 2002 ;

Au cœur du XXe siècle religieux, Paris, Éditions de l’atelier, 1993 ;

La Collection « Sources chrétiennes ». Éditer les Pères de l’Église au XXe siècle, Paris, Cerf, 1995 (deuxième édition, 2011) ;

Les Chrétiens français entre crise et libération : 1937-1947, Paris, Seuil, 1997 ;

Une Église en quête de liberté : la pensée catholique française entre modernisme et Vatican II, Paris, Desclée de Brouwer, 1998, rééd. 2006 ;

François Varillon : Essai biographique, Paris, Desclée de Brouwer, 2007 ;

Les Chrétiens français entre guerre d’Algérie et mai 1968, Paris, Desclée de Brouwer, 2008 ; Eugène, cardinal Tisserant, 1884-1972 : une biographie, Paris, Desclée de Brouwer, 2011.

Il a co-dirigé la publication grand public 2000 ans de christianisme.

Le Père Michalon, que nous avons évoqué à propos du décès de Sœur Marguerite Delmotte, a fondé sous la responsabilité du Cardinal Gerlier le Centre Unité chrétienne en 1954 qui a édité une revue elle aussi appelée Unité Chrétienne qui en 2007 continuait d’être éditée par le CECEF et qui depuis s’intitule Unité des chrétiens. Le centre Unité chrétienne de Lyon continue d’adapter et de diffuser le matériel pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et organise un colloque œcuménique tous les trois ans avec la Faculté de théologie de Lyon.

[1Concile Vatican II, constitution Lumen Gentium n°22

[2L’édition des conciles entrepris par les jésuites au XVIIe siècle vise d’abord à justifier le rapport entre Ecriture et tradition en répondant au Sola Scriptura, les conciles étant l’expression de la tradition apostolique et bénéficiant de l’assistance du Saint Esprit. Voir article : Du savant au missionnaire : la doctrine, les mœurs et l’écriture de l’histoire chez les jésuites, par Paul Nelles, revue Dix-septième siècle, (2007/4) n°237, pp. 669-689.

[3Umberto Proch, dans Les Conciles œcuméniques, 1. L’histoire (direction Alberigo), Cerf, 1994, p. 259

[4Umberto Proch, dans Les Conciles œcuméniques, 1. L’histoire (direction Alberigo), Cerf, 1994, p. 259

[5Encyclique Ut unum sint de Jean-Paul II, 1995, n°63

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