Editorial du Père Jérôme Bascoul - Commentaire sur l’actualité.

Le piège des anniversaires
Le texte « du conflit à la communion » de la commission internationale de dialogue luthéro-catholique romain trace les contours de la nécessaire relecture commune de notre histoire. Il affirme : « Il n’est plus satisfaisant de se contenter de répéter sur la Réforme les récits d’autrefois, qui présentaient séparément, et souvent en opposition les points de vue luthérien et catholique. La mémoire historique sélectionne toujours à partir d’une grande abondance de faits historiques et construit les éléments sélectionnés en un tout significatif ». L’inauguration de la plaque commémorant le massacre de la Saint-Barthélemy de 1572 n’échappe pas à la perpétuation de cette histoire unilatérale. En France, on fait partir les guerres dites de religion du massacre des protestants de Wassy par le prince de Condé et se terminer par la promulgation de l’édit de Nantes en 1598. Le bilan historique montre que l’instrumentalisation du motif religieux pour justifier l’appel au meurtre n’est pas le privilège d’une confession, et cela reste vrai jusqu’à aujourd’hui. Le dévoilement de la plaque laisse donc entier le chantier de la relecture commune de notre histoire qui ne devrait pas se limiter à la comptabilité des massacres perpétués par chaque camp. Pour cette relecture commune, la question se pose donc de savoir comment l’écrire et la raconter sans être dépendant des lectures passées. Malgré les bonnes intentions qui ont présidées à l’inauguration de cette plaque, il est difficile d’en faire autre chose que le symbole du fanatisme catholique, ce qui est vrai, mais le bilan des dragonnades fut bien pire, et il reste que les drames ne nous disent pas tout du regard que nous voulons porter ensemble sur notre histoire commune.

Rome-Moscou via La Havane
La rencontre de Cuba entre le patriarche de Moscou et le pape est exceptionnelle et crée un précédent qui pourra rendre les rencontres suivantes possibles et encore plus fructueuses.
À la suite de cette rencontre, on ne doit pas penser que discuter avec le chef de l’Église orthodoxe russe signifie que l’on oublie le peuple ukrainien, et que l’on ne considère que le point de vue russe dans le conflit actuel.
L’Église en Ukraine, dans sa composante byzantine, car il y aussi des latins et des protestants, est divisée en trois juridictions orthodoxes dont celle du patriarcat de Moscou, avec aussi l’Église grecque catholique, née de l’union de Brest–Litovsk de 1596 et qui fut rattachée de force à l’Église orthodoxe par Staline en 1945. Cette Église subsista dans la diaspora (Canada, France…) et, clandestinement, en URSS, jusqu’en 1989, où elle put s’y reconstituer. Nous nous faisions l’écho dans notre précédent numéro de la courageuse prise de position d’intellectuels orthodoxes sur les silences de la hiérarchie orthodoxe au sujet de l’intégration forcée des gréco-catholiques en son sein. La réception au Vatican de l’archevêque majeur des ukrainiens grecs-catholiques, a permis au Pape de signifier son soutien à l’Église gréco-catholique. C’est à la suite de cette visite que le pape François demanda une mobilisation des catholiques pour manifester notre sollicitude envers ce pays, pont entre l’Orient et l’Occident, il a demandé que soit faite une quête destinée aux victimes de la guerre en Ukraine qui sera récolté par Conseil pontifical Cor Unum.

Comment parler au monde sans être mondain ?
C’est la corde raide sur laquelle EPUdF a choisi de marcher en lançant « vers une nouvelle déclaration de foi ». Dans le préambule de la Constitution de la nouvelle Église Protestante Unie de France de 2013, ils envisagèrent la rédaction « d’un texte plus simple d’accès et donc plus utilisable pour exprimer la foi de l’Église Unie aussi bien auprès de ses membres que dans son témoignage public », un texte « osant une expression simplifiée de points importants de la foi commune ». Les assemblées paroissiales, puis régionales, discutent en ce moment un texte de base en six points qui doit remonter jusqu’au Synode national de l’EPUdF, en mai 2017. Dans l’état actuel, on n’utilise pas certains des mots traditionnels de la foi : justification, salut ou alliance, mais d’autres – mérites, grâce et réconciliation – s’y trouvent. La question est bien de savoir si les mots et leur signification nous lient pour le témoignage ? En ce sens, il y a bien une ligne de partage dans le protestantisme entre ceux qui veulent proclamer la foi selon les confessions reçues au risque de ne pas être compris et ceux qui veulent risquer une herméneutique quitte à diluer le message.

De l’Elysée au Paradis
Les Champs-Élysées, nous l’oublions, sont une partie des enfers, c’est pourtant là qu’une importante délégation de La FPF a été reçue. La délégation était majoritairement composée de membres de l’EPUdF et d’associations de jeunesse ou caritatives. Si les certains évangéliques étaient présents par le biais de leur appartenance à la FPF, le CNEF a pu déplorer que l’on parle de cet événement comme rassemblant tout le protestantisme. Puisqu’il faut relire entre catholiques et protestants notre histoire commune, on pourra aussi rappeler que, si les protestants français furent des champions de la cause de la démocratie et de la laïcité et de la Révolution française, le catholicisme ne se réduit pas à la Chouannerie et à la Restauration. Réjouissons-nous donc de l’intérêt du pouvoir politique pour nos Églises et restons vigilants, car l’État oscille toujours entre la tentation de contrôler les Églises et celle de l’ignorance affectée.
Père Jérôme Bascoul

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