Éditorial : L’actualité de l’œcuménisme (Père Jérôme Bascoul)

Le judaïsme français dans sa composante la plus libérale, en présence du Grand rabbin de France Haïm Korsia, a tenu à marquer la célébration du 50ème anniversaire de la Déclaration du concile Vatican II sur le rapport de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes… En remettant leur Déclaration au cardinal Vingt-Trois, c’est bien à l’ensemble des différentes confessions chrétiennes que nos amis juifs s’adressaient pour demander « la construction d’une fraternité universelle et l’actualisation d’une éthique commune ».
Pour cette démarche œcuménique, on doit rappeler l’œcuménisme spirituel, la prière, l’étude et l’amitié.

La Déclaration pour le jubilé de fraternité à venir
Le judaïsme français dans sa composante la plus libérale, en présence du Grand rabbin de France Haïm Korsia, a tenu à marquer la célébration du 50ème anniversaire de la Déclaration du concile Vatican II sur le rapport de l’Église catholique avec les religions non chrétiennes. Cet événement revêt une grande importance, notamment du point de vue œcuménique, parce que ces personnalités juives avaient tenu à y associer protestants et orthodoxes. Car, depuis cinquante ans, « l’Église catholique, les Églises protestantes, orthodoxes et anglicane, ont décidé de renouer avec les sources et valeurs juives inscrites au cœur de l’identité de Jésus et des apôtres », dit la déclaration.

Ce dialogue a été initié par des pionniers issus du protestantisme français, comme le rappelait le Grand Rabbin de France au pasteur Clavairoly, en évoquant quelques figures comme celle du Pasteur Marc Boegner ; on évoqua aussi l’audacieuse initiative de Jules Isaac, allant demander audience au pape Jean XXIII pour que l’Église catholique reconsidère l’enseignement du mépris, demande qui fut bien accueillie par ce dernier. Si le camp des pionniers du dialogue s’est élargi, si le judaïsme est dans l’Église catholique reconsidéré à la lumière de la déclaration Nostra Aetate, c’est bien l’ensemble des chrétiens qui a pu approfondir le lien qui nous unit à ceux que saint Jean-Paul II qualifiait de « frères aînés dans la foi », le 13 avril 1986, dans la synagogue de Rome. Les dialogues institutionnels se sont développés entre les différentes Églises chrétiennes et le judaïsme. Ils sont attendus par beaucoup, même si les préjugés ont la vie dure, que les mentalités évoluent lentement, et que beaucoup de gens doutent de l’utilité d’un tel dialogue. Là encore, les chrétiens peuvent avoir une démarche œcuménique, car il ne s’agit pas que chaque Église chrétienne développe un dialogue avec le judaïsme, sans se concerter avec les autres Églises.

En remettant leur Déclaration au cardinal Vingt-Trois, c’est bien à l’ensemble des différentes confessions chrétiennes que nos amis juifs s’adressaient pour demander « la construction d’une fraternité universelle et l’actualisation d’une éthique commune ». La Déclaration juive pose en conclusion un principe pour le dialogue interreligieux : celui d’un dialogue œcuménique préalable, puis d’un dialogue entre juifs et chrétiens, afin de pouvoir restaurer ensemble le dialogue « entre toutes religions et spiritualités ». Les dialogues et la culture des bonnes relations, tant au niveau institutionnel qu’au niveau local, ne sont pas exclusifs les uns des autres. Certains dialogues concernent d’abord les spécialistes, mais un dialogue de proximité peut s’engager même humblement par une simple amitié entre deux personnes ; les enjeux concernent tous les croyants, le dialogue intellectuel nourrit le dialogue de proximité et vice versa.

L’œcuménisme spirituel
Nous avons appris les uns des autres que nous vivions de l’unité car : « Si quelqu’un est en Christ, il est une créature nouvelle » (2 Co 5, 17). Les trois pôles de la vie œcuménique, du niveau institutionnel au niveau local, se nourrissent mutuellement et, par le travail du Saint- Esprit, nous mènent à la réalisation de la pleine communion visible. Si cette entreprise dépendait de nos seules forces, elle serait vouée à l’échec, car « il faut bien qu’il y ait des schismes parmi vous afin qu’on reconnaisse ceux d’entre vous qui ont une valeur éprouvée » (1 Co 11, 19). L’unité comme la paix sont les dons de Dieu, avant d’être des entreprises humaines ; l’unité est une grâce à recevoir, cela se vérifie depuis l’origine de l’Église comme nous le rappelle saint Paul.

La Prière
Dans Ut unum sint, saint Jean-Paul II reprend le décret conciliaire sur l’œcuménisme pour rappeler le fondement du mouvement œcuménique : « L’amour trouve son expression la plus accomplie dans la prière commune. Quand les frères qui ne sont pas dans une parfaite communion se réunissent pour prier, le Concile Vatican II définit leur prière comme l’âme de tout le mouvement œcuménique. » Il faut nous souvenir que, si l’unité est donnée à l’origine, elle trouvera sa réalisation eschatologique (à la fin des temps). Cela ne nous dispense pas d’appeler à sa venue dans notre temps : c’est le sens de la demande du Notre-Père : « Que ton règne vienne » ; il est déjà-là comme don et encore à venir comme promesse.

L’Étude
L’étude des questions œcuméniques porte sur ce qui fait consensus et ce qui fait débat. Elle n’est pas réservée aux spécialistes, car alors l’activité œcuménique de base se réduirait à du militantisme et au partage de bonnes intentions. L’étude porte sur les dimensions historiques et théologiques des questions œcuméniques. À la différence des cinq premiers siècles, les discussions et les dissensions ne portent pas sur la divinité de Jésus, sur l’articulation des deux natures, divine et humaine, dans la Personne du Christ. Les dissensions actuelles concernent l’Église. Avec les protestants, c’est la question de l’eucharistie. La Réforme posa les questions : qu’est-ce que nous célébrons à la messe ? Et qui célèbre la messe ? Les mêmes mots peuvent ne pas avoir la même signification. La question du baptême doit, elle aussi, être envisagée, puisque le lien entre baptême et foi n’est pas compris de manière identique par tous les protestants. Ensuite, se pose la question des ministères et, en particulier, du lien entre ministères et sacrements. Avec l’orthodoxie, c’est la question de la primauté de l’évêque de Rome et des conditions de son exercice qui font débat. Et donc quel est le lien entre l’Église locale réunie dans la célébration eucharistique autour de son évêque et les autres Églises locales ? Pour les habitués de l’œcuménisme, ces questions sont évidentes, mais les reprendre permet aussi de s’adresser aux autres fidèles du Christ pour leur dire que cinquante ans de dialogue ont quand même permis de surmonter beaucoup de préjugés et de caricatures que nous nous faisions entre chrétiens et qui circulent encore, quand on n’a pas un minimum d’informations.

Deux défis sont lancés aux groupes de dialogue : d’abord celui de l’invitation, lancée par la commission de dialogue luthérienne-catholique, de commémorer ensemble la Réforme en 2017 : « En 2017, les chrétiens catholiques et luthériens vont fort à propos revisiter des événements vieux de 500 ans en plaçant l’Évangile de Jésus Christ au centre de leur échange » (texte : Du conflit à la communion, de la Commission internationale de dialogue luthéro-catholique romaine).

Ensuite, la Commission Foi et constitution du COE propose un texte : l’Église, vers une vision commune, qui date de 2013, et pour lequel le Conseil Œcuménique des Églises demande aux Églises leurs réactions. Réactions officielles ou réflexions de petits groupes locaux, ce texte est stimulant autant qu’exigeant.

L’Amitié
Se connaître pour s’aimer et aimer se connaître dans les différences, voilà un autre défi, surtout dans un pays comme le nôtre ou le protestantisme et l’orthodoxie sont des confessions minoritaires. Ces autres christianismes peuvent être perçus comme étrangers à notre culture majoritairement catholique et confrontée aux Lumières anticléricales. Aujourd’hui, la question de l’Islam occupant largement le champ médiatique, cela peut détourner notre intérêt œcuménique, alors qu’en fait il y a là aussi un terrain de réflexion et d’action communes. Car il est important, pour des chrétiens qui cherchent à rendre crédible leur témoignage en se fixant pour objectif l’unité pleinement restaurée pour célébrer ensemble la même eucharistie, de réfléchir et d’agir ensemble pour les causes concernant notre monde, pour témoigner de notre foi. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes amis » (Jean 13, 25). Susciter de l’amitié entre chrétiens de confessions et de sensibilités diverses est aussi un moyen de prévenir les situations de concurrence confessionnelle. Les groupes chrétiens les plus dynamiques sont parfois les moins enclins au dialogue et encore moins à l’Évangélisation commune : pourtant, c’est le même Esprit qui pousse les uns et les autres.

P. Jérôme Bascoul

Méditations et Prières

Horaire de messes
Faire un don
Trouver ma paroisse