La pratique du dialogue et les progrès de l’unité

Les chrétiens se sont dressés les uns contre les autres et pourraient recommencer à le faire. Les affrontements n’ont pas seulement eu lieu entre catholiques et protestants ou catholique et orthodoxe, mais au sein de mêmes ensembles confessionnels. Nous relevons quelques exemples de chemins de réconciliations dont ce numéro d’œcuménisme Information se fait l’écho. Le Vatican était représenté par Mgr Brian Farrell ; dans un entretien il revient sur le sens de cette adhésion des Églises réformées à ce texte.

« Les monothéismes seraient vecteurs de violence » à cause de leur prétention à affirmer l’unicité de la vérité. Cette affirmation, nous est resservie périodiquement. Pour nous contenter d’une apologétique du christianisme, nous pourrions dire qu’Antigone nous montre assez la cruauté, au nom de la raison d’Etat, de la cité païenne antique grâce à la critique que Sophocle peut en faire avec sa tragédie. Les polythéismes antiques ou ceux d’aujourd’hui, les grandes religions, dont le christianisme, peuvent toutes servir à justifier violence et arbitraire. Mais il convient d’affirmer qu’aucun précepte de violence n’est nécessaire pour la pratique de la religion. Le don de la sagesse peut être reçue par tout homme qui la cherche et la désire, qu’il y voit ou non un reflet de ce qu’est Dieu. Cela dit les chrétiens se sont dressés les uns contre les autres et pourraient recommencer à le faire. Les affrontements n’ont pas seulement eu lieu entre catholiques et protestants ou catholique et orthodoxe, mais au sein de mêmes ensembles confessionnels. Nous relevons quelques exemples de chemins de réconciliations dont ce numéro d’œcuménisme Information se fait l’écho.
Luthériens et Réformés ont réaffirmés au niveau de leurs instances mondiales, le 5 juillet dernier à Wittenberg, « le fait d’être un en Christ » et leurs responsabilités dans l’obscurcissement de ce témoignage commun, tant par la concurrence confessionnelle que par la promotion d’idéologie aux conséquences sociales funestes. Luthériens et réformés mettent en avant le processus de « diversité réconcilié » qui leur a permis au niveau de nombreuses Églises locales de « porter un témoignage commun par leur culte et leur action pour le monde ».
La partie des russes vieux ritualistes ayant réintégré l’Église russe, l’édinovérié se voit accordé une place et une reconnaissance : « l’édinovérié est une section du vieu ritualisme, accepté dans la communion de l’Église de Russie sur la base de l’unité de la foi, l’édinoverié est le vieux ritualisme réconcilié avec l’Église russe et universelle ». Ce vieux ritualisme accepté se voit aujourd’hui mieux reconnu par l’Église russe orthodoxe qui le faisait vivre sous de nombreuses restrictions ou qui l’instrumentalisait pour réduire les « vieux-croyants » restés dans le schisme.
Le théologien Serge Boulgakov dans son livre Sous les remparts de Chersonèse, se livre à un examen de conscience suite à la catastrophe que fut pour l’Église russe la révolution bolchévique. Il évoque le schisme vieux croyant (Raskol) et la tentative de réintégration que constitue l’édinovérié, il voit dans cet épisode de l’histoire de l’Église russe la suite de la mise sous tutelle de l’Église fille par l’Église mère de Constantinople et par suite de la mainmise du pouvoir politique russe. Serge Boulgakov plaide pour que l’Église retrouve la plénitude de son unité qui passe non par un rattachement à Rome, mais par l’accueil en commun du don initial de l’unité qui fut un moment retrouvé lors du concile de Florence en 1439.
Le travail de lecture commune de leur histoire entre catholique et orthodoxe de l’ex Yougoslavie autour de la figure du bienheureux cardinal Stepinać c’est aussi à relever. Saint pasteur pour les uns persécuteurs pour les autres, tous se sont mis autour d’une table pour poser le problème historique en faisant tomber les passions et dans le respect mutuel, les divergences non résolues n’ont pas empêché un progrès dans le dialogue œcuménique, qui s’est renforcé.
La violence est dans le cœur de Caïn qui jalouse son frère et nous sommes tous ses descendants. Mais si Jésus est le nouvel Abel, il nous apprend aussi la pitié, mot devenu rare dans nos propos car, nous en sommes souvent dépourvus dans nos rapports et que ce sentiment n’est pas noble. Avoir pitié est avilissant, autant pour celui qui sollicite la pitié que pour celui qui y cède. Pourtant dans la parabole le maître affirme : « ne devait-tu pas à ton tour avoir pitié de ton frère ? ». Dieu a eu pitié de nous, il se laisse émouvoir par notre état de pécheur, alors que notre conscience obscurcie ne nous reproche rien. Le Psaume affirme : « oui je connais mon péché » cette connaissance est une révélation nécessaire pour que Dieu puisse « créer en nous un cœur pur ». Que le Seigneur puisse nous donner une connaissance de notre part de responsabilité dans cette situation de péché contre l’unité de son Église. Cette situation dont nous nous accommodons hélas souvent fort bien.
P. Jérôme Bascoul

Éditorial

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