L’Église
Catholique
À Paris

Éditoriaux de curés de paroisses de Paris

Protection des plus fragiles

Au lendemain de la remise du rapport de la CIASE sur les abus sexuels dans l’Église, les curés des paroisses de Paris se sont adressés à leurs paroissiens. Voici une sélection de quelques-uns de leurs éditoriaux.

Sainte-Elisabeth de Hongrie (3e)

Honte et effroi

À la réception du rapport de la CIASE, Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Évêques de France, a exprimé « sa honte et son effroi », avant de demander pardon aux personnes victimes d’actes pédo criminels perpétrés dans un cadre ecclésial. Honte pour les actes commis et effroi devant l’horreur des histoires vécues. Ce faisant, il a dit sa détermination à agir, manifestant le désir unanime de l’Eglise de se placer dorénavant d’abord du côté des victimes. Je crois d’autant plus sincère cette détermination de l’Église que les deux sentiments exprimés par Mgr de Moulins-Beaufort sont précisément ceux qui transparaissent immédiatement des témoignages des personnes victimes : elles ont éprouvé et elles éprouvent encore bien souvent de la honte (alors qu’elles sont victimes) et de l’effroi (c’est-à-dire une épouvante, une terreur, une angoisse) face à la pression exercée par leur agresseur. Gageons que l’Eglise, déjà engagée sur ce chemin depuis plusieurs années, trouvera rapidement les moyens d’être une maison toujours plus sûre, où nul n’aura plus à éprouver ni honte, ni effroi.

Père Sébastien Waeffler, curé

Saint François-Xavier (7e)

Comment recevoir dans notre paroisse le rapport de la CIASE
"La vérité nous rendra libre..." (Jean 8, 32)
La parution, ce mardi 5 octobre, du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) nous fait connaître une affreuse réalité, pire que ce que nous pouvions imaginer, et fait traverser, à notre Église catholique en France, une bien effroyable et douloureuse « opération vérité ». Face aux chiffres glaçants révélés, nous pouvons, à juste titre, éprouver de l’effarement et même des sentiments de révolte et de honte.
Aujourd’hui, je souhaite simplement comme curé, en communion avec mes frères prêtres et diacres, éclairer quelques pistes afin que nous puissions tous ensemble à SFX faire face à cette terrible réalité et travailler à une Église toujours plus digne de l’humanité et du Christ.
La Parole du Seigneur : « La Vérité vous rendra libre… » doit, plus que jamais, guider et éclairer nos réactions et nos attitudes. La vérité peut être crucifiante mais elle est un passage obligé pour sortir des ténèbres.
1 - Chacun d’entre nous, disciples du Christ, se doit de reconnaître et d’accepter, pour ce qu’elle est, la vérité sombre et douloureuse révélée par ce rapport.
Oui, nous le reconnaissons, notre Église a, pendant ces décennies, manqué gravement à la dénonciation, à la réparation et à l’accompagnement de tant de drames. Cela est insupportable. Que ce mal soit un problème de la société tout entière ne l’excuse pas.
2 – Notre élan de compassion et de prière pour les milliers de victimes de ces crimes et abus doit être unanime. C’est à elles que nous pensons en premier et pour lesquelles nous prions. Aujourd’hui, il est difficile de savoir, à notre niveau, comment réparer l’irréparable mais nous devrons aussi reconnaître leurs droits à une réparation.
3 – Chacun de nous, baptisés, ne peut, avec toute l’Église, que condamner avec force et gravité tous ces actes.
Le fait qu’ils furent commis par des prêtres et des religieux desquels on attend légitimement la bienveillance et la bienfaisance du Christ, la vie de l’Esprit Saint et le pardon pour nous conduire au Ciel, augmente le scandale et le traumatisme.
4 – Oui, nous reconnaissons humblement qu’une partie, même petite, de notre Église et du corps sacerdotal qui a reçu du Christ la mission sacrée de montrer le chemin de la sainteté, a grandement failli et meurtri des petits. À cause de cela, nous pouvons nous ressentir blessés dans notre confiance en l’Église qui, faite pour donner la Vie, a été, par quelques-uns de ces membres, vecteur, directement ou indirectement, d’une œuvre de mort.
5 – Je veux aussi penser à tous mes frères prêtres et religieux qui ont donné leur vie pour le Christ et qui travaillent inlassablement en fidèles serviteurs pour prendre soin des brebis qui leurs sont confiées. Sachant que l’immense majorité d’entre eux n’est pas la cible de ces condamnations et souffre avec nous, je veux rendre grâce pour le ministère, parfois imparfait mais fidèle, qu’ils assument dans la joie de leur vocation.
Fort heureusement, beaucoup d’entre eux ont été pour vous source de joie et de confiance. Que leur exemple vous réjouisse et vous stimule encore malgré le regard accusateur que beaucoup pourront poser sur eux, en ces temps.
6 – Comme ce fut le cas depuis vingt siècles au cours des graves crises que l’Église a pu causer ou a traversées, je crois de toute mon âme, que l’Esprit Saint fera jaillir, en notre temps, de nouvelles et magnifiques figures de sainteté. Elles seront et elles sont déjà, à la suite d’un Don Bosco, éducateur de la jeunesse, d’une Mère Teresa, d’un abbé Pierre, amis des petits et des pauvres ou d’un Carlo Acutis, jeune adolescent récemment béatifié, des relais bienfaisants de la présence et de l’amour du Christ dans nos paroisses, nos confessionnaux, nos écoles, nos aumôneries, nos hôpitaux…
7 – Je n’oublie pas que l’Église est née le Jeudi et le Vendredi saints avec des hommes et des femmes pécheurs, qui n’ont pu participer à la réalisation de sa mission qu’en se recentrant continuellement sur le Christ, le seul Saint.
Probablement, c’est parce que ces prêtres et religieux ont ainsi cessé de mettre le Christ au centre qu’ils ont failli grandement. Pour chacun de nous, baptisés, l’appel est clair : Revenir, en toute chose, au Christ qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Seul ce recentrement sur le Christ de toute la vie de l’Église, de notre paroisse et de chacun permettra de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là et nous donnera la claire vision et le courage des changements de comportements et des réformes nécessaires. La véritable colonne vertébrale de l’Église, c’est le Christ. Elle est solide !
8 – L’Église n’est pas uniquement, ni d’abord, le Corps des prêtres mais le peuple des Baptisés que nous formons.
À chacun revient donc, selon sa vocation et en s’appuyant sur la miséricorde du Seigneur, d’œuvrer à la sainteté du Corps entier de l’Église que le Christ a voulu et pour laquelle Il a livré sa vie.
(...)
Nous donnons rendez-vous, à ceux et celles qui le souhaitent, ce mardi 12 octobre, à l’église pour porter ces intentions dans la prière devant le Saint Sacrement exposé de 19h15 à 20h.
À 20h, M. Paul Airiau qui a participé au travail de la CIASE viendra nous rencontrer pour nous en expliquer le contenu et les préconisations. Nous pourrions faire de cette soirée du 12 octobre une soirée de jeûne comme le Seigneur nous y appelle face au mal et au péché.
J’ose prier pour que ce douloureux rapport, courageusement demandé par les Évêques de France, ne fasse pas de l’Église du Christ un bouc émissaire à abattre mais ouvre, aussi, ce chemin de vérité à d’autres institutions et membres de notre société.
En implorant la grâce de Dieu et sa consolation, gardons le cap pour que nous sortions de cette crise purifiés, fortifiés, et transformés.
Continuons à marcher dans l’Espérance car le Seigneur est avec nous dans la barque… et Sa victoire est certaine…

Père Bruno Lefèvre Pontalis

Saint Pierre du-Gros Caillou (7e)

Regarder la vérité en face
Mardi dernier, 5 octobre, a été rendu public le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), présidée par M. Jean-Marc Sauvé. Cette commission a été mise en place par la Conférence des évêques de France et à son initiative. Elle a fonctionné d’une manière totalement indépendante. La mission qui lui a été confiée est triple : faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Église catholique depuis 1950 ; comprendre les raisons qui ont conduit à sous-estimer la gravité des faits et à les traiter d’une manière inappropriée ; faire des préconisations pour que ces actes ne se renouvellent pas et soient traités à la hauteur de leur gravité, afin que les enfants ne courent aucun risque dans les institutions catholiques. « Faire de l’Église une maison sûre » : telle est la volonté de nos évêques, telle doit être notre souci à chacun.
Le nombre estimé de personnes qui ont été victimes dans leur enfance d’abus sexuels de la part de prêtres, de religieux ou de laïcs travaillant dans des institutions éducatives catholiques est considérable et consternant. Nous en sommes profondément blessés. Il est heureux que l’Église ait eu le courage de regarder la vérité en face. C’est une exigence de vérité et de justice. C’est aussi un service rendu à l’ensemble de la société. Il est juste que les victimes aient été enfin entendues, qu’elles aient pu exprimer ce qu’elles avaient vécu, et qu’une aide financière, personnalisée en fonction des besoins d’assistance, soit prévue. Il est nécessaire que des dispositions soient prises pour l’avenir afin d’écouter les victimes et de prévenir ces faits. La collégialité, le débat et le respect du droit sont les conditions de la bonne santé spirituelle et morale de toute communauté chrétienne.
En ce jour de rentrée paroissiale, portons un regard de foi et d’espérance sur l’Église : un regard lucide, qui n’idéalise pas, mais qui ne cède pas non plus au découragement. L’Église est constituée de femmes et d’hommes pécheurs, mais elle est aussi l’Église du Christ, sanctifiée par l’Esprit. Dieu émonde son Église, Il ne l’abandonne pas. Il donne la force d’affronter la tempête. Une paroisse est une communion fraternelle et missionnaire qui se reçoit du Christ et de son Eucharistie. Voilà ce qui nous est donné et demandé de construire à travers toutes nos activités. Je souhaite que chacun puisse trouver sa place dans notre communauté et participe activement à sa vie. Notre paroisse est confiée à la responsabilité de tous. Vivons en enfants de lumière dans la joie de la foi et avec la force de l’espérance.

Père Jacques de Longeaux, curé

Sainte-Trinité (9e)

À l’homme, c’est impossible

L’homme riche qui s’adresse à Jésus maîtrise sa vie. Sa richesse lui permet d’être généreux dans sa prière, ses aumônes, sa vie vertueuse. Son sens de la vérité lui montre qu’il ne peut s’en contenter : que lui faut-il faire de plus ? “Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens, suis-moi !” répond Jésus. Mais s’il vend tout, cet homme perd la maîtrise : il devra accepter que le Christ montre le chemin, donne le tempo, le mène par où lui-même il ne voudrait peut-être pas aller... Choisir ce lâcher- prise est pour lui impossible... La déflagration qu’est le rapport Sauvé nous place dans une situation finalement plus simple. Nous avons à choisir ce à quoi la situation nous contraint, mais la choisir avec le Christ. La suite du Christ passe par la Croix : or la malédiction du péché y est comme placardée (cf. Ga 3, 13), elle n’échappe plus au regard de tous.
Sœur Véronique Margron, recevant ce rapport, soulignait que “nul ne sait ce qu’est l’espérance s’il n’a pas connu la désespérance”. Tant que nous croyons qu’une chose est possible pour nous, nous ne pourrons nous lâcher totalement en Dieu et nous laisser enseigner le chemin. “A l’homme impos- sible, mais non pour Dieu !” Aujourd’hui avec toute l’Église nous sommes sur la croix, solidaires dans le péché, mais le regard du Christ sur nous reste un regard d’amour, celui qui l’a poussé à donner sa vie. Choisir d’y être avec le Christ passe par l’acceptation de la honte, l’intercession pour les victimes, l’engagement pour une fraternité plus vraie...

Père Hervé Guillez

Saint-Vincent de Paul (10e)

Plus coupante qu’une épée

« Elle est vivante, la Parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes ».
C’est en ces termes que l’épitre aux Hébreux parle de la Parole de Dieu en ce dimanche. Je vous propose un petit exercice : remplacez « la Parole de Dieu » par « la parole des victimes ». Relisez le texte et prenez quelques minutes de silence…
J’entends des objections : « Non, tout de même, les victimes ne sont pas Dieu… ». Oui, bien sûr, mais Dieu ne nous parle-t-il pas d’une façon singulière par leur bouche ? Leur chair et leur âme blessées ne nous mettent-elles pas à nu ? N’avons-nous pas des comptes à leur rendre ?
Jésus, le Fils de Dieu venu en notre chair, victime du péché des hommes, livré à l’amusement des soldats, malmené, bafoué, torturé (abusé ?) et tué dans sa Passion, accomplit les Écritures. Dans sa chair blessée, il porte la chair blessée de tous les petits, de tous les pauvres, de tous les vulnérables de l’histoire de son peuple. En lui, dans son corps, sont présents tous les abusés de l’ancien testament (ils sont nombreux). En lui, dans son corps, sont assumés par avance les victimes d’abus dans l’Église, et hors de l’Église.
Le Christ, livré à la haine des hommes sur la croix, est le porte-parole de tous les sans voix. Leurs vies dévastées se donnent à voir dans son corps transpercé. Ils sont présents d’une façon singulière dans le corps eucharistique auquel nous communions. Sa voix est la leur.
Puisse cette Parole nous éclairer. Elle est « plus coupante qu’une épée ». Les abuseurs ont leur responsabilité propre. Mais la surdité et l’aveuglement de l’entourage des victimes nous concernent tous. Laissons-nous être rejoints à la jointure de l’âme et de l’esprit. Dans un grand silence.

Père Paul Quinson, curé

Saint-Hippolyte (13e)

D’une manière ou d’une autre, nous avons tous été ébranlés par le rapport de la CIASE, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église, paru mardi dernier. Monseigneur Aupetit avait prévenu que cela serait « une épreuve de vérité et un moment rude et grave ». Les chiffres annoncés dans le rapport sont sidérants : depuis 1950, en France, il y aurait eu environ 330 000 enfants victimes d’abus sexuels par des prêtres, religieux, religieuses, ou laïcs en mission d’église. Il y a eu environ 3000 pédocriminels parmi les prêtres et religieux. Comme l’a dit Monseigneur Ravel, évêque de Strasbourg, nous n’avons « aucune raison de contester ou de diminuer ce rapport et ces chiffres. ». En tant que chrétiens, nos premières pensées et prières vont aux victimes. En tant que prêtres, nous ne pouvons nous empêcher de penser : comment des hommes qui prêchent l’amour et la Bonne Nouvelle ont pu faire tant de mal à des enfants ? Mais cela ne doit pas nous faire croire que seuls les auteurs de ces actes sont responsables de toute cette souffrance : certes il y a eu des prédateurs sexuels, mais il y a aussi eu beaucoup d’imprudence, de silence, voire de complicité de la part de beaucoup de monde. Et cela a créé les conditions pour que de tels actes se produisent.
Voilà pourquoi ce combat contre la pédophilie doit être celui de tous. Nous avons la responsabilité d’étudier toutes les propositions de ce rapport pour faire de l’Église un lieu sûr pour tous, et en particulier pour les plus petits. Nous avons par exemple à réfléchir à nos pratiques afin de voir comment y mettre davantage de prévention, de capacité à réagir aux situations anormales, de prudence. Car la confiance n’exclue pas la prudence. Les évêques de Paris, dans une visio-conférence, nous ont assuré de leur détermination à le faire, avec l’ensemble des évêques de France. Nous avons aussi à faire ce travail au niveau de notre paroisse, de nos familles, de nous-mêmes.

Pères Philippe, Michaël, Tanneguy

Notre-Dame de l’Arche d’Alliance (15e)

L’heure de vérité

Mardi dernier, la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (CIASE) a remis publiquement le rapport que l’Église lui avait commandé il y a 3 ans. Ce rapport est accablant et constitue une « heure de vérité » pour l’Église. De même que les prophètes de la Bible dénonçaient les malversations religieuses de leur temps et invitaient à la conversion, de même nous pouvons recevoir l’amère lumière de ce rapport comme une exigence de Dieu. C’est pourquoi nous sommes invités à prier pour toutes les victimes des abus sexuels dans l’Église et à lire ce rapport.
Les révélations du Pape Benoît XVI faites dans l’avion qui le conduisait à Fatima le mardi 11 mai 2010 sont vérifiées : « La plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église et donc l’Église a un besoin profond de ré- apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon, mais aussi la nécessité de la justice ».
« L’heure de vérité » est donc arrivée pour l’Église, afin qu’elle corresponde enfin à sa vocation et qu’elle se réforme. Mais cette « heure de vérité » est aussi la nôtre : allons-nous accepter, dans les circonstances présentes, de répondre à l’interpellation de Jésus dans l’évangile « Viens, suis-moi » ? La Parole de Dieu nous invite à nous engager pour le Seigneur, même lorsque cela n’est pas très « tendance ». Appauvris par les crimes de certains membres de l’Église, nous pouvons encore mieux nous décider pour le Christ qui veut embellir et bonifier nos vies. « Tout est possible à Dieu ».

Père Vincent Guibert, curé

Notre-Dame de la Croix (20e)

Le Mal.

L’abominable s’est donc produit dans l’Église ; nous le savions depuis longtemps, mais sans imaginer les proportions inouïes que le rapport de la CIASE a dévoilées. L’Église « Une, Sainte, Catholique et Apostolique » a donc engendré cela : par un nombre effarant de prêtres, de religieux, de religieuses, et par une proportion certes moindre, mais cependant non négligeable de laïcs engagés en son sein (34%), elle a enfanté l’immonde, elle a fait vivre un enfer, un véritable enfer à des enfants à qui elle était censée donner la pureté et la beauté du Ciel, de Dieu, du Christ. Pire encore, et parce qu’il faut accepter que notre regard soit conduit jusque là : certains prêtres prédateurs se sont servi, dans une perversion suprême de leur ministère, des mots de Jésus, des actes mêmes du salut et de la grâce à eux confiés par le Seigneur, ils se sont servis du plus aimable et du plus saint, pour aller porter jusqu’au tréfonds de l’être de leur victime, leur immonde putréfaction intérieure. Quel scandale, quelle honte. Mais surtout, surtout ; quel crime odieux et écrasant, quelle peine, quel glaive de douleur planté dans la chair, le cœur, l’âme, l’esprit des victimes. Nous ne pouvons pas (plus !) passer à côté de leur cri étouffé, de leurs larmes, de leur douleur infinie, de leur plaie béante, de leur histoire bafouée.
(...)
Mais elle est aussi victime. Car ces enfants abusés, ces familles trompées, tous ceux qui se confient en elle et qui sont trahis, c’est bien l’Église aussi. C’est bien l’Église surtout, c’est bien l’Église en même temps, ou l’Église d’abord. Elle est aussi, comme Église, celle qui a été profanée en la personne de ces plus petits qui sont les frères de Jésus, qui sont Jésus lui-même, qui sont son Corps et donc son Église. Ils sont l’Église « Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Irrévocablement. Par l’amour de Dieu pour eux. Alors, c’est comme si dans une perversion redoublée, pathologique et criminelle, l’Église, en dévorant ses propres enfants se dévorait aussi elle-même.
(...)
Deux choses me retiennent dans l’Église ; Jésus et l’amour qu’il a pour elle, les saints.
Jésus d’abord. Il est ces enfants abusés. Il est le trahi par excellence par cette prostituée qu’est son Église en ses membres pervertis. Il est l’amour qui la sauvera, parce qu’il en a indissolublement fait son Épouse, jusqu’à assumer, dans sa justice et sa miséricorde, le plus immonde en Elle. Le plus laid en moi. Le plus laid en chacune de nos vies. Il est le Saint, l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Et même, le péché de l’Église. Il est l’Agneau immolé et vainqueur reposant dans le cœur de tous ceux qui ont souffert et souffrent encore du Mal étalé devant nos yeux. Il est leur consolation. Leur victoire finale. L’amour triomphant en eux de tout Mal. Leur Résurrection promise et déjà octroyée.
Les saints me retiennent aussi. Tous ceux qui aujourd’hui comme hier se battent, offrent leur vie, leurs souffrances, leur labeur pour l’amour de Dieu et de son Église. Abandonner, déserter, ce serait tourner le dos à toutes ces figures en lesquelles l’Église a resplendi dans sa beauté évangélique : la Vierge Marie d’abord, et tous ceux que nous aimons et dont les cœurs embrasés et brûlants nous ont rapproché du foyer Trinitaire. Ce serait tourner le dos à saint Pierre, saint Paul, les Apôtres, Marie-Madeleine, saint François, la grande et la petite Thérèse, le curé d’Ars, saint Vincent de Paul, saint Martin, et j’en passe tant, toutes ces vies aimées et admirées qui nous ont attirés vers le Christ par le don irrévocable d’elles-mêmes dans la charité. Et ce serait trahir tous les saints anonymes, de tout ordre et de tout état, qui aiment et qui servent aujourd’hui, sans relâche et humblement, au cœur de combats parfois héroïques et secrets.
Parmi ces saints, il y a tous ceux qui œuvrent ici, à Notre Dame de la Croix comme en tant d’autres lieux. Votre fidélité à la grâce du Seigneur, l’amour que vous avez pour Lui et pour sa maison, le regard surnaturel qu’il vous permet de poser sur l’Église malgré les scandales qui vous y secouent et vous y blessent, tout ceci m’oblige d’autant plus à me donner à vous et à servir résolument le Seigneur en vos âmes.
En vous servant du mieux que je le pourrai ; en aimant l’œuvre de sa grâce en vous, je ferai, nous ferons (avec le père Baptiste et le père Joseph que je me permet d’associer ici), tout notre possible pour être trouvés comme vos fidèles serviteurs en Jésus.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde. Qu’il soit notre force, notre courage, notre rempart, notre consolation, notre lumière. Il est Vivant. Ressuscité. Il est à nos côtés. Maintenant. Et pour toujours. C’est notre seule espérance. La seule réelle clarté en laquelle le Mal est définitivement vaincu. « Si le Christ n’est pas Ressuscité, vaine est notre foi » (Rm 15, 14). Telle sont la foi et l’espérance, de sa Bien-Aimée, de son Église ; telle est notre foi, notre espérance.

Père Stéphane Palaz, curé

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