Europe : « Exister comme communion de communautés »

Alors que les élections européennes se profilent, le Brexit se rapproche, dessinant un avenir incertain pour le projet politique européen. Dans ce contexte, Antoine Arjakovsky, historien et chercheur au Collège des Bernardins, milite pour retrouver une « métaphysique forte » au fondement de l’Union européenne.

Paris Notre-Dame – Le département de recherche Politique et religions du Collège des Bernardins clôturera, en 2019, un séminaire de deux ans intitulé Passé et avenir de la civilisation européenne. De quoi s’agit-il ?

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Antoine Arjakovsky est historien et co-directeur du département de recherche Politique et religions au Collège des Bernardins, aux côtés du P. Jean- Baptiste Arnaud.
© Laurence Faure

Antoine Arjakovsky – En 2014, devant le Parlement européen, le pape François a défendu une vision personnaliste de la civilisation européenne et de son projet politique. Vision issue de la pensée du philosophe chrétien Emmanuel Mounier, que nous avons souhaité, à travers ce séminaire, promouvoir concrètement. Car il y a une urgence absolue à redéfinir l’humanisme qui est au fondement de l’Union européenne (UE). Ces dernières décennies, c’est un « humanisme des traités » qui a prévalu, fabriqué à partir de l’individu, sujet de droits. Or à Strasbourg, en 2014, le pape a rappelé que l’homme ne devait pas être d’abord regardé comme un absolu mais comme un être relationnel. Nous devons retrouver une métaphysique forte qui s’appuie sur la personne comme être inter-dépendant et créateur. Sinon, l’individu et ses droits risquent de devenir un principe abstrait : de grandes puissances peuvent adhérer à la Déclaration universelle des droits de l’homme, et mettre leurs dissidents en prison… L’humanisme personnaliste que nous défendons promeut aussi un individu compris comme sujet de droits. Mais il ajoute que ces droits ne peuvent s’accomplir que par autrui, en vue d’un bien commun.

P. N.-D. – Le 29 janvier prochain, vous présenterez justement dix « propositions pour un nouveau personnalisme européen », réunies dans un ouvrage [1]. Quelles sont-elles ?

A. A. – Ces propositions ont été rédigées avec notre conseil scientifique – au sein duquel des membres de l’Institut Jacques Delors, de la Fondation Robert Schuman, des Semaines sociales de France, etc. Nous proposons, par exemple, qu’une histoire commune de l’Europe soit enseignée dans chaque État dès l’école primaire. Il y a urgence, pour créer une démocratie participative européenne, à construire une conscience européenne commune. De nombreux citoyens ont peur d’être dissous dans un ensemble bureaucratique européen. Alors qu’il s’agit plutôt d’exister comme communion de communautés. Nous proposons d’ailleurs de redynamiser les communautés intermédiaires de nos démocraties que sont les syndicats, les associations, les Églises, les familles... qui ont la capacité de créer un vrai dialogue social, quasi-inexistant aujourd’hui, laissant l’individu seul face à un État abstrait et à ses promesses de prestations sociales.

P. N.-D. – L’avenir de l’UE semble s’assombrir, à l’heure du Brexit et de l’éveil de nationalismes...

A. A. – Nous pensons justement que c’est en redéfinissant notre philosophie de départ que nous préparons l’avenir. Les applications concrètes sont à notre portée : recréer du lien social, repenser la sécurité européenne pour intégrer la société civile à la construction de la paix, promouvoir un capitalisme à visage humain... La finalité de l’UE est dans sa devise : « Unie dans la diversité. » Si nous arrivons à montrer qu’il est possible de former une union politique sur le modèle de la communauté de communautés, nous deviendrons une vraie puissance mondiale, protectrice des peuples.

Propos recueillis par Laurence Faure

[1Collège des Bernardins, Retrouver le goût de l’aventure européenne : dix propositions pour un nouveau personnalisme européen, Bayard, 2019.

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